Je vais commencer par le contexte : Scarlett, une jeune princesse du Danemark au XVIe siècle, vit heureuse avec son père, un roi très aimant (même si sa femme n'est pas du même avis et on comprend très vite, a quel point), jusqu'à ce que le frère de celui-ci orchestre un coup d'État pour le destituer et le faire condamner à mort. Lors de l'exécution, Scarlett, qui tente désespérément de le rejoindre, arrive trop tard et découvre le corps de son père au sol, sans avoir pu entendre ses derniers mots murmurés, ce qui devient une obsession.
Plus tard, lors d'un bal au palais, un complot autour de gobelets empoisonnés se trame : Scarlett ingère le poison et, alors qu'elle s'effondre en proie à des spasmes, le frère du roi lui confirme qu'il a anticipé son geste pour ne pas la laisser entraver ses plans.
À cet instant, elle bascule dans un endroit indéfini, une sorte d'entre-deux hors du temps où les gens semblent être entre la vie et la mort et risquent de disparaître dans le néant.
Là-bas, elle rencontre un secouriste japonais de notre époque, un personnage à l'opposé d'elle : alors qu'elle est une princesse guerrière, violente et nourrie par la vengeance, lui incarne l'empathie et la bienveillance.
Cette inversion des rôles classiques est au cœur du film, tout comme la tension entre ces deux êtres : lui insiste sur le fait qu'il est vivant et tente de soigner les gens, tandis qu'elle se considère comme morte.
Au niveau technique, le mélange d'images de synthèse et de dessin traditionnel est réussi pour l'ambiance, bien que cette hybridation crée une sensation visuelle étrange, presque perturbante par moments.
L'animation est excellente lors des combats, mais le rendu des personnages reste parfois irrégulier.
Pour autant, l'ensemble reste clair et le rythme est équilibré : le film prend son temps pour explorer des sujets profonds -la mort, le néant, le rapport au temps, la rédemption- sans être ennuyeux.
Ce qui est marquant, c'est ce ton "candide" et naïf : si on est cynique, ça ne marche pas, il faut accepter de se laisser porter par ce message de paix.
Dans un monde où les personnages se battent pour des futilités - ici, un conflit fratricide pour le pouvoir au sein du même royaume - cette naïveté fait du bien.
En tant que cartésien, je sais que ce lieu d'entre-deux n'existe pas, mais je saisis l'intention du film : il met à nu l'absurdité de la guerre et de la vengeance.
À la fin, quand on comprend pourquoi ils sont là, tout devient évident.
Le film renvoie à une réalité plus grande : puisque la vie est absurde et qu'on finit tous par disparaître dans le néant, se battre pour des prétextes est un gâchis total.
Il y a aussi l'idée que la portée de nos actes dépasse le cadre de notre existence.
Finalement, ce film plaide pour une chose simple : il faut profiter de la vie tant qu'on est là. C’est cette conclusion qui rend l'expérience intéressante, au-delà de la technique.
C'est une œuvre qui, au final, m'a laissé une impression plutôt positive.
PS : C’était une séance particulière, j'étais seul dans la salle.