Tout roule pour Nintendo ou presque. Après
un lancement record pour la Switch 2 en juin dernier, la firme de Kyoto affiche
des ventes de consoles en plein boom… mais ses chiffres côté software font grincer des dents. Selon un rapport de
Bloomberg signé
Takashi Mochizuki et
Vlad Savov,
les ventes de jeux ne progressent pas au même rythme que le parc de machines, une tendance qui inquiète certains analystes malgré la valorisation record du constructeur.
La console s’est déjà écoulée à 10,36 millions d’unités, mais seulement un peu plus du double en jeux.
Un ratio bien plus faible que celui de la Switch originale, qui avait atteint près de trois jeux vendus pour chaque console sur la même période en 2017.
Le contraste est d’autant plus frappant que
Mario Kart World, le principal moteur du lancement, s’est écoulé à 9,57 millions d’exemplaires, dont 8,1 millions en bundle avec la console. Autrement dit,
la grande majorité des ventes du titre provient des packs imposés en début de commercialisation, ce qui donne donc un succès un peu artificiel. De son coté,
Donkey Kong Bananza, pourtant salué par la critique, n’a atteint
que 3,49 millions d’exemplaires, un score honnête mais
en dessous des standards de Nintendo en année de lancement.
La principale explication réside dans le choix stratégique de rendre la Switch 2 rétrocompatible avec tout le catalogue Switch. Une aubaine pour les fidèles de la marque mais
un casse tête pour les analystes. Car
cette générosité freine mécaniquement les ventes de nouveaux titres : 84 % des possesseurs de Switch 2 sont d’anciens joueurs Switch, déjà équipés d’une ludothèque fournie.
Nintendo assume ce compromis :
la firme préfère miser sur la continuité et la fidélisation plutôt que de forcer ses fans à repasser à la caisse. Un choix à contre courant d’une industrie qui pousse souvent à la rupture générationnelle, mais qui retarde la phase la plus rentable du cycle :
la vente massive de jeux à forte marge.
Pour les observateurs, cette approche s’inscrit dans la philosophie habituelle de la maison : prendre son temps. Comme le souligne l’analyste
Amir Anvarzadeh (Asymmetric Advisors),
le titre Nintendo est aujourd’hui “valorisé à la perfection”, et la moindre faiblesse dans les ventes de jeux pourrait peser lourdement sur son cours.
Pourtant, rien d’alarmant pour Kyoto. Le constructeur mise sur le temps long et sur ses futures exclusivités maison pour maintenir l’intérêt, dans un marché globalement en ralentissement sur les nouveautés.
Les joueurs, constate Bloomberg, passent désormais plus de temps sur leurs jeux existants que sur les nouveautés, une tendance générale à l’échelle de l’industrie.
Nintendo continue de parier sur la qualité et la régularité plutôt que sur la surproduction. Chaque lancement doit rester un événement, à l’image de
Mario Kart,
Donkey Kong ou des futurs titres encore tenus secrets.
La firme ne s’affole pas : pour elle, il vaut mieux que les fans jouent encore à leurs anciens jeux plutôt qu’ils s’en détournent.
La Switch 2 a conquis les salons, mais son catalogue peine encore à transformer cet engouement en revenus logiciels massifs. Une situation transitoire, selon Kyoto, mais qui rappelle que
dans l’écosystème Nintendo, la patience est toujours la première exclusivité.