Sony s'est mis dans de beaux draps en annonçant son intention de cesser la vente de nouveaux jeux PlayStation sur disque à partir de 2028, mettant ainsi fin à une ère de supports physiques qui perdurait depuis les débuts du jeu vidéo. La levée de boucliers des fans est non seulement rapide, mais aussi virulente. Il semble que la colère des joueurs envers PlayStation atteigne ici un niveau inédit depuis vingt ans, voire depuis toujours. Le tweet annonçant la nouvelle a suscité un nombre ahurissant de réactions : 57 000 réponses et 55 000 retweets, dont 99 % expriment une vive colère. Quiconque ose dire « en fait, c'est une bonne chose » se fait littéralement submerger par une vague de critiques négatives. Internet regorge d'articles et de vidéos dénonçant cette décision.
Je ne crois pas avoir vu une telle situation depuis 2006. Vous vous en souvenez ? C'est l'époque où Sony, grisé par le succès de la PS2, pensait pouvoir vendre la PS3 à 600 dollars lors de son lancement. En tenant compte de l'inflation, cela représenterait plus de 1 000 dollars aujourd'hui. Qui plus est, Ken Kutaragi, de chez Sony, avait déclaré dans une interview que l'objectif pour la PS3 était que « les consommateurs se disent : "Je vais travailler plus d'heures pour m'en offrir une". Nous voulons que les gens la désirent, indépendamment de toute autre considération. » On imagine aisément l'accueil réservé à ces propos.
C'était aussi l'époque où la Xbox 360 coûtait 300 dollars au lancement, avec une version « Premium » à 400 dollars. La levée de boucliers et la pression de la concurrence furent telles qu'en juillet 2007, Sony ramena le prix à 500 dollars. En octobre de la même année, la marque lança un modèle doté d'une capacité de stockage inférieure à 400 dollars, se rapprochant enfin des tarifs de la Xbox. La PS3 Slim sortit à 300 dollars en 2009, mais à ce stade, il était largement admis que le lancement initial avait nui à toute la génération de la console.
D'autres scandales et épisodes ayant suscité la colère des fans ont émaillé les années suivantes. En 2011, il y eut la tristement célèbre faille de sécurité qui paralysa le PSN pendant 23 jours ; toutefois, il s'agissait là d'un incident malheureux plutôt que d'une décision délibérée de la part de Sony. Pendant un certain temps, Sony a été le dernier à résister au jeu multiplateforme (crossplay), une position qui a suscité davantage de critiques à mesure que la popularité de Fortnite explosait, jusqu'à ce que l'entreprise finisse par céder. Plus récemment, en 2024, Helldivers 2 a poussé Sony à exiger de tous les joueurs PC qu'ils associent leur compte Steam à un compte PSN ; cela posait problème car le PSN n'est pas disponible dans 170 pays, entraînant l'arrêt de la vente du jeu dans ces régions. Helldivers 2 a été submergé par des centaines de milliers d'avis négatifs, et Sony a fait machine arrière en quelques jours seulement.
On peut observer une tendance ici : les « mauvaises décisions » ont presque toutes été annulées après la révolte des fans. Mais cette histoire de disques ? Il semble s'agir d'une stratégie de plus grande envergure, dépassant le cadre d'une simple décision révocable sur un coup de tête. Il ne s'agit ni d'une baisse de prix ni d'une obligation de lier un compte. Cette question touche à la conception et au lancement de toute la prochaine génération de consoles ; c'est une initiative potentiellement révolutionnaire pour l'industrie, sans équivalent dans cette liste. C'est pourquoi je dirais qu'elle est probablement plus marquante que la polémique sur le prix de la PS3, car elle reflète un problème plus vaste qui couve depuis deux générations, depuis que Microsoft a tenté d'orienter les joueurs dans cette direction. Cela dit, certaines informations indiquent que Microsoft s'apprête lui aussi à abandonner les disques physiques pour sa future console, la Xbox Helix.
Je ne sais pas si l'on pourra faire marche arrière comme pour les autres cas. Cette situation a uni la quasi-totalité de la communauté des joueurs, mais on a l'impression d'être face à un conflit entre une force irrésistible et un objet inamovible. Au bout du compte, toutefois, il semble bien que les consommateurs risquent de perdre cette bataille.
Source :
https://www.forbes.com/sites/paultassi/2026/07/02/sonys-playstation-disc-decision-is-its-biggest-scandal-in-20-years/