(Testé sur PlayStation 4 Pro)
Je n’ai jamais accroché à Monster Hunter. J’aime bien farmer dans un paquet de titres, tout comme la course à la puissance et tout ce qui y est associé… Mais j’ai toujours trouvé la franchise très brutale en terme d’accessibilité. Il y a eu des efforts avec les derniers sur 3DS, remarqués par les connaisseurs, moins par celui qui s’y lançait la première fois car même si on t’offre une cinématique pour essayer de faire croire qu’il y a un scénario, tu étais quand même passé les premières minutes abreuvé d’informations et d’items sans savoir exactement quoi faire. Et il n’y a pas de fonction pause dans Monster Hunter, incluant le World. Parce que Monster Hunter, c’est comme Dark Souls voyez : les développeurs ont tellement pensé aux features onlines pour leur produit que même lorsque tu y joues hors-ligne et donc 100 % solo, on te refuse la pause. Sans justification. Comme si un joueur, c’était un mec reclus dans les tréfonds d’une cave, qui n’avait pas le droit de quitter son jeu le temps de deux minutes pour aller voir le facteur qui sonne, sauver sa maison d’un début d’incendie, ou tout simplement se libérer d’un caca pressant en plein boss.
Bon ce n’est pas si grave et de toute façon, ce n’est pas sur cette fonction que l’on attendait forcément Monster Hunter World. Et si je spécifie plus haut ne jamais avoir adhérer à la franchise, c’est parce que n’est pas moi qui était directement en charge des différents tests sur le site jusque là. Tout comme de ceux des Souls. J’en ai essayé certains sans percer plus que ça et les rumeurs il y a un an d’un épisode console de salon m’en ont fait bouger une sans faire remuer l’autre. A l’inverse de mon esclave de frère, bien plus spécialisé en la matière (comme des Souls d’ailleurs, et j’arrête là pour la comparaison) qui a soulevé le sourcil aux premiers bruits de couloirs. Lui souhaitait un épisode avec enfin une vraie gueule graphique. Moi je voulais un épisode enfin accessible sur ses débuts sans devenir un bête truc casual. Le bol : Capcom a dit ok aux deux.

Déjà parce que Monster Hunter World est beau. Pas toujours égal en fonction des recoins, mais dans la grande majorité des situations incroyablement satisfaisants, autant pour ceux qui se lanceront dans la licence que pour les fans qui peuvent avoir la larme à l’œil en repensant au fait qu’il y a encore un mois, le plus bel épisode canonique disponible en magasin (uniquement au Japon d’ailleurs) s’appelait Monster Hunter XX sur Switch, un remaster tiré de la 3DS. On a enfin franchi ce foutu cap que l’on attendait depuis des années et World surprend par ses nombreux détails à l’écran, son travail sur la faune et la flore, et tout simplement la vie qui se dégage de cet ensemble. Même les cinématiques ont fait l’objet d’un soin tout particulier avec notamment une incrustation parfaite d’un avatar pourtant créé, chose que beaucoup n’arrivent pas encore à faire convenablement aujourd’hui.
Bon donc, l’autre il a eu son jeu beau, maintenant c’est mon tour. Et là encore, c’est la pleine satisfaction de voir enfin un épisode qui a compris que pour convaincre un plus large public, tout en gardant les fans, il fallait enfin sortir de certains fondamentaux qui sentaient la poussière. Un proche m’a dit après essai que cela ressemble à un épisode fait par des occidentaux. Ce n’est pas loin de la vérité car il est surtout fait « pour » les occidentaux, ou en tout cas pour démocratiser la licence hors du Japon. La tâche était ardue mais accomplie tant j’ai pris mon pied après avoir pourtant lâché tous les autres épisodes de la série après quelques heures.

Outre l’interface devenue enfin limpide, on sent la méticulosité sur un paquet de détails, en mode « ok, on va faire un effort, depuis le temps » mais sans en faire trop non plus pour ne pas froisser le public historique. Il n’y a par exemple toujours pas de barre de vie sur les ennemis, mais on a au moins les points de dégâts pour savoir au premier coup d’œil ce qui fait vraiment mal. Le craft est toujours profond, et demandera une bonne dose de farm, mais l’arbre de création est désormais on ne peut plus clair sans parler de la possibilité de lister des souhaits pour savoir directement au retour au Hub s’il est possible d’avoir son armure top-classe. La « chasse » est toujours là, mais il n’y a plus besoin de savoir au par coeur où a filé le traîne-la-patte car une sorte de fil radar nous propose de suivre la bête à la trace, à condition bien sûr de ne pas s’amuser entre temps à renifler d’autres traces de pas qui nous emmèneront sur le mauvais chemin. L’encyclopédie est de toute manière là pour combler ces erreurs puisqu’à force de combattre et d’en apprendre sur les grosses bêbêtes, on bénéficiera de bonus pour la chasse, dont la possibilité d’afficher le bestiau directement sur le map.
Plus que jamais, Monster Hunter World a donc voulu s’attarder sur la masse en misant sur l’essentiel, à savoir l’affrontement et la montée en puissance. On le ressent constamment tant la majorité des lourdeurs font partie du passé sans y perdre au change sur ce que doit apporter la licence. On lance une mission, on débarque dans la zone qu’il faut et c’est parti pour filer voir le gros opposant tout en pouvant faire des choses à coté sans casser le rythme, comme le loot de matériaux qui se fait maintenant par le biais d’un unique bouton sans avoir besoin de fouiller son inventaire à la recherche d’un filet à papillon ou d’une pioche, tous ces objets étant qui plus est incassable. Ironie de tout cela : c’est parce qu’il souhaite être l’épisode le plus accessible que World est également celui qui expédie le plus vite la phase de tuto.

Tout y est, juste que c’est tout simplement devenu moins chiant, mais pas plus facile pour autant. Alors certes, le début de l’aventure ressemblerait presque à une promenade de santé, porté par un scénario classique (banal même, autant le dire), qui nous refourgue objectif sur objectif avec possibilité néanmoins d’ajouter du fedex derrière pour grappiller bonus supplémentaires afin de passer moins de temps dans les passages de farm en session libre. Sauf si vous n’avez pas l’instinct premier de ne pas vous attaquer inutilement au plus gros (qui vous feront très vite comprendre que ce n’est pas encore le moment de venir les titiller), l’aventure se traverse tranquillement en solo jusqu’à l’arrivée de soudains gros pics si vous n’avez pas pris le temps de bosser un peu votre craft derrière. On notera d’ailleurs que chaque mission du mode Histoire doit être faite obligatoirement en solo une première fois avant de s’y atteler à plusieurs, avec fonction drop-in/drop-out, très utile pour un appel à l’aide ou si vous souhaitez aller aider x inconnu en galère.
Une souplesse sur tous les aspects qui se ressent également dans la prise en main quelle que soit l’arme adoptée. Tout est plus nerveux même si tout dépend avant tout de l’arme, car vous ne manierez pas un katana comme on utilise un combo épée/bouclier ou un beau gros marteau. Les 14 styles sont toujours présent et c’est toujours un bonheur de voir autant de différences concrètes dans la façon de jouer en fonction de votre choix, surtout que même des armes comme l’arc gagnent drastiquement en intérêt grâce à un bien meilleur système de visée que par le passé. Seul le Cor de Chasse reste en retrait de la communauté, l’arme ne tirant que son plein potentiel qu’en coopération par sa fonction de buff/debuff mais le fait est qu’il n’y a jamais de mauvais choix en solo (vous pouvez de toute façon modifier votre équipement dans le campement d’une zone en cas de problème) et encore moins à plusieurs où vous pourrez vous constituer de vraies bonnes team suffisamment variées.

Indéniablement chronophage mais tout de même répétitif par son style (même si ce sentiment est toujours grandement atténué à plusieurs), Monster Hunter World est de ces produits qui pourra vous avaler des dizaines d’heures de votre vie les semaines avançant, même si les plus gros fans de la série tilteront rapidement que, quel que soit la façon de qualifier ce nouvel épisode, il fait office de nouveau départ, avec le contenu qui va avec. C’est à dire moindre que les plus gros épisodes de l’ère PSP & 3DS.
Le mode Histoire est déjà bien long et il y a suffisamment de trucs à faire en post-game pour s’occuper entre tout ce qui est lié aux craft et les quêtes de haut-rang, mais il n’empêche pas que certains jugeront et avec légitimité que le nombre de créatures a forcément été revu à la baisse (même si on évite le coté best-of avec 17 inédits sur les 29 gros monstres présents) et surtout qu’il faut se contenter de cinq zones, certes très variées. Là encore, on peut expliquer cela par le fait que la table fut retournée pour tout remettre à plat, de par la progression enfin sans transition dans une même zone, un décors qui offre des interactions pour aider en combat, le cycle jour/nuit, un level-design qui fait davantage dans la verticalité et dans le coté tentaculaire (au point de parfois s’y perdre) et une densité accrue pour permettre de découvrir encore de nouvelles choses après plusieurs sessions.
Le suivi majoritairement gratuit compensera heureusement cela en partie, entre nouvelles quêtes, events et créatures, mais on se doute que Capcom en garde surtout en stock pour l’avenir (rien que la mise en retrait des styles de Generations est éloquent), déjà au travers d’un inéluctable Monster Hunter World Ultimate, mais également par d’évidentes suites à l’avenir. En attendant, il y a déjà de quoi s’occuper plus de cent heures sans problème.
En conclusion :
Suscitant diverses moqueries pour un début de génération assez fainéant au regard de son passif (et Deep Down, au fait ?), Capcom retrouve doucement une véritable stature dans l’industrie, finalement en adéquation avec le grand retour ces derniers temps du marché japonais. Tout comme Resident Evil 7 (qui est en plus le meilleur jeu PS VR à ce jour), c’est par la prise de risque qu’est né Monster Hunter World car, et on le sait, il aurait suffit d’un épisode exclusif Switch pour s’assurer directement quelques millions d’exemplaires écoulés par la force tranquille.
Au lieu de cela, l’éditeur a fait preuve d’une vraie volonté de renouveau pour à la fois offrir aux fans l’épisode dont ils n’osaient plus rêver, mais également un cadeau aux réticents d’une époque qui peuvent enfin se lancer dans l’aventure sans avoir besoin d’une dizaine d’heures pour véritablement trouver le potentiel, ni d’un wiki en PDF pour s’offrir un équipement décent. Restera peut-être le reproche d’un contenu un peu plus léger que les derniers gros représentants de la série mais c’est le prix à payer pour un nouveau départ.