Conditions de test : effectué sur Xbox Series X en complément du bro davantage spécialisé dans ce genre d’expériences où il faut savoir prendre le temps que je n’ai plus.
Il y a quasiment 12 ans, à une époque lointaine où
Capcom voulait constamment sortir de nouvelles licences majeures (ça a un peu évolué depuis…), sortait
Dragon’s Dogma, un pari fou de la part de Hideaki Itsuno : proposer une production clairement occidentale dans sa forme avec un contexte médiéval-fantastique et un véritable monde ouvert pour une progression tout sauf accessible, encore moins pour les impatients. Pour le Japon, une véritable révolution et des présentations locales pleines de « Wooooo ! » quand l’avatar grimpait sur un rocher, mais pour le public, même occidental, un résultat peut-être un peu trop en avance sur son temps et un relatif échec commercial. Dans le sens où ça s’est bien vendu mais pas à 10 millions comme souhaitait au départ son réalisateur. Plus d’une décennie plus tard, ce même public bouffe maintenant des Souls tous les 2 mois, ne compte plus ses open-world et n’a visiblement plus aucun problème à tabasser pendant 30 minutes des gros sacs à PV vu l’incroyable succès de
Monster Hunter World sur tous les supports. L’heure est donc venue pour une nouvelle chance.
Et on peut effectivement bien parler de nouvelle chance pour la franchise dans tous les sens du terme car pas question de changer la formule. L’audience a évolué d’elle-même et
Capcom a quelque part raison de lui proposer le même plat s’il est soudainement du goût d’un plus grand nombre. D’où un contexte semblable, d’où une patte esthétique identique, d’où une progression finalement très proche… et d’où peut-être aussi le fait que l’écran titre affiche un «
Dragon’s Dogma » sans numérotation, comme si l’équipe voulait faire passer le message d’une proposition de refonte et non d’une suite. On pourrait d’ailleurs parler plus simplement de soft-reboot, donc une nouvelle proposition intégrée à la chronologie existante sans avoir besoin de s’attarder sur ce qui était sorti auparavant.
Pour cela que le scénario fait un bond en avant en résumant rapidement la situation au travers d’une des rares vraies cinématiques du jeu (c’est assez radin de ce côté) : il y a bien longtemps que l’ancien insurgé devenu roi a trépassé, laissant la monarchie menait à bien les affaires du territoire jusqu’à la réapparition d’un dragon et le même déroulé que par le passé, à savoir votre avatar qui dans un élan de courage va tenter le 1V1 pour évidemment se faire rétamer la gueule. Face au potentiel du malheureux, le dragon se dévoue à la procédure connue des fans de la licence, donc prendre le coeur du vaillant pour lui donner en échange la marque de l’insurgé et donc un aura d’élu pouvant commander/invoquer des « pions » alliés. C’est donc exactement pareil, sauf que le scénario est cette fois plus fourni par la présence d’un jeu politique bienvenu : la monarchie en place voit d’un très mauvais œil l’apparition d’un nouvel insurgé (donc amené à devenir roi s’il mène à bien sa quête), jusqu’à en élire un faux pour davantage embrouiller le peuple. Si de nombreux proches du trône souhaitent donc votre mort au plus vite, des alliés haut placés n’hésiteront pas en douce à prêter main-forte au véritable futur souverain que vous êtes.

Mais avant tout cela, vous allez commencer par créer votre avatar et le pion qui l’accompagnera tout au long du jeu, en établissant dès le départ une certaine synergie par le système de classe évidemment toujours présent et très libre dans la progression vu que vous pourrez changer à loisir moyennant quelques PC. On prévient d’ailleurs d’entrée que le guerrier est tout sauf la classe idéale pour débuter tant sa lourdeur comme sa lenteur auront le mauvais goût de vous user moralement en quelques heures, et que vous aurez donc tout intérêt à opter pour un mage pour mieux gérer les situations, ou carrément un voleur pour ses aptitudes DPS et ses esquives. Quoi qu’il arrive encore une fois, vous pourrez changer par la suite, découvrir de nouvelles classes dont la gourmandise archer-mage qui combine le meilleur des deux mondes, sans oublier qu’il sera de nouveau possible dès le départ de recruter deux autres pions auprès de la communauté, soit gratos s’ils sont de même niveau (mais n’oubliez pas de changer de temps en temps car eux n’évoluent pas), soit contre des ressources si vous voulez des plus boostées. Sinon, si vous avez des potes plus avancés que vous, c’est gratos quoi qu’il arrive, mais ça peut vous mener à une sorte de mode facile.
A partir de là s’ouvre la grande aventure, et c’est un euphémisme, car sans parler forcément de la taille de la map qui n’est pas non plus titanesque,
Dragon’s Dogma 2 va comme pour le premier prendre un soin bien attentif à pousser le joueur à l’appréhender en prenant tout son temps. On va se souvenir longtemps de cette déclaration de Itsuno, celle où il disait ouvertement que l’abus de voyages rapides signifiait que le voyage à pied n’était pas intéressant. Et ici, la téléportation n’est pas monnaie courante vu que liée à un objet à utilisation unique d’ailleurs bien cher (sinon à 3€ en micro-transaction, on dit ça comme ça) et s’il est toujours possible d’utiliser cette fois des caravanes pour les routes principales (avec le risque d’attaques ennemis sur la route), la majorité de vos déplacements se fera à pattes telle une certaine communauté en Terre du Milieu.

Et comme dit le réalisateur, il fallait rendre les choses intéressantes et elles le sont. Même si fait de routes principales que l’on peut se contenter de suivre d’un point A à un point B, la carte est blindée de choses qui casseront notre routine, de coffres parfois bien cachées ou prétendument inaccessibles, une grotte dangereuse, des ennemis au détour d’un rocher attendant l’embuscade, un marchand salvateur, une simple rumeur qui n’est jamais innocente, un pion qui trace son chemin pouvant être recruté, une maisonnette en apparence sans intérêt mais cachant ses secrets… ou encore de simples médaillons éparpillées partout sur la map façon noix de Korogu, également à échanger contre récompenses. Les grands voyages peuvent se montrer fatiguant mais dans le bon sens du terme, où l’on a l’impression d’avoir accompli quelque chose en arrivant à destination, tel un vrai groupe d’aventurier de RPG sur table avec son lot de matos à revendre en étant bien plus puissant qu’au départ. Et si la perspective de devoir faire ensuite le retour peut faire souffler, c’est pour finalement s’apercevoir que le level-design est tellement bien foutu et riche qu’on peut exploiter une toute autre route ou simplement découvrir que la principale cachait encore des choses, en plus de faire revenir des ennemis en groupe plus intense.
Bien entendu, certains pesteront devant ce type de progression expressément lente où on impose finalement un choix de game design plutôt que de laisser chacun faire à sa sauce. Peut-être pour masquer le fait que l’histoire en ligne quasi-droite reste assez courte, ou peut-être tout simplement car multiplier les voyages rapides aurait sérieusement brider l’augmentation en puissance et fait perdre de l’intérêt à l’existence des pions toujours là pour vous donner des indices. Car au-delà de l’exploration intense et les nombreuses annexes,
Dragon’s Dogma 2 reste comme avant un jeu avant tout orienté vers ses combats dont la découverte reste toujours aussi brutale pour les non-initiés. Bien loin de l’action-RPG classique, la licence n’a jamais nié certaines proximités avec
Monster Hunter et de nombreux adversaires façon sacs à PV où le terme victoire prend tout son sens. Des combats qui d’une certaine façon gagnent en réalisme par une lourdeur accrue dans les déplacements n’empêchant pas des échanges viscérales où chacun a son rôle si tant est que vous ne débarquez pas naïvement avec 4 guerriers, et les aléas propres à l’aléatoire, du genre un face-à-face inattendu contre un cyclope qui n’a pas encore pris son café alors que votre équipe est à bout de souffle, ou un troll qui vous choppe pour vous envoyer du haut d’une colline à 200m vers une flotte source de Game Over. Comme un voyage rapide finalement, mais vers la mort.
Comme pour continuer de vouloir nous mener la vie dure,
Capcom a pris soin de prouver qu’une belle collaboration (et heureusement l’IA fait généralement son taf en combat) permet de surmonter toutes les complications et il y en a, entre notre stock de magnifiques compétences mais dont ne peut en sélectionner qu’un nombre limité, obligeant à recruter un soigneur si votre mage souhaite juste abattre les enfers sur l’ennemi, ou encore le fait qu’il est désormais plus long de réanimer un allié (et inversement). Des Game Over, vous allez en voir mais heureusement, le jeu n’est pas trop punitif pour ce qui est de la rapide réapparition grâce aux nombreuses auto-save… si vous faîtes attention du moins. Car sachez de suite que dans un soucis de pousser le joueur à réfléchir dans l’accomplissement d’une quête qui peut échouer misérablement, le jeu sauvegarde constamment et il n’y a qu’un seul slot permanent. Le seul moment où on vous donne un choix, c’est dans la mort où vous pourrez reprendre l’auto-save ou votre dernière save manuelle et si vous prenez cette dernière par mégarde alors qu’elle date de 2h auparavant, vous effacerez d’un claquement de doigt tout ce que vous avez accompli.
On le redit mais
Dragon’s Dogma 2 restera un jeu qui réclamera de l’investissement (vous pouvez même supprimer l’essentiel du HUD pour le trip), où chaque voyage est source de découvertes, de surprises et d’affrontements parfois titanesques avec des résolutions parfois inattendues, mais c’est également un jeu lent et même potentiellement frustrant quand par la faute à pas de bol ou d’une IA défaillante, une quête se retrouve plombée, parfois parce que la victime se fait emmener vers d’autres cieux par un gros piaf, parfois parce que ce même donneur de quête part dans la mauvaise direction sans trop savoir pourquoi, tombant sur une embuscade quand ce n’est pas un rocher sur le coin de la gueule. On peut heureusement les ressusciter, et même qu’on en rigole en partageant ses anecdotes, mais sur le moment, ça ne fait pas du tout rire. On ne pourra pas non plus s’empêcher de constater qu’en conclusion, cette suite n’est rien d’autre qu’une refonte du premier certes richement améliorée mais une refonte quand même allant jusqu’à singer les mêmes situations dont (une partie) du final, comme une envie de nouveau départ en se disant que cette fois, niveau audience, ce sera la bonne.