Le personnage de Miguel est excellent et l'animation incroyable dans les émotions transcrites sur les visages, surtout le combats à main nues avec Miguel, qui est plus un plaquage au sol qu'un père abusif pourrait faire subir à son fils. C'est intéressant de voir que ce conflit entre Miguel et Miles culmine dans une lutte littérale pour le CONTROLE. Ni le père de Miles, qui cherche avant tout à être un bon père (et demande de la validation à la mère de Miles tout le temps), ni l'oncle de Miles ne sont des personnalités perverses. Quand l'oncle étrangle Miles, il lâche Miles dès qu'il comprend son identité, et meurt. On peut dire que l'oncle de Miles se sacrifie, malgré sa propre déchéance, il a suffisamment d'empathie et de capacité à aimer pour ne pas entraîner Miles dans sa déchéance criminelle. L'arc de rédemption de Aaron est magnifique.
C'est dommage, mais il faut revoir le premier film, et retourner cette suite une deuxième fois, pour ne pas être distrait par le style graphique, le montage épileptique, les dimensions bigarrées et l'histoire un peu éculée en mode teenage drama / multiverse.
Miguel est donc le personnage le plus intéressant, et c'est par rapport à lui qu'il faut lire tous les autres, par contraste, même.
Miguel est un pervers. Evidemment que c'est le méchant, c'est évident rien que dans son design!
Il y a des tas de clins d'oeil à peine marqués, comme "Miguel, you're gonna die." de la part du Peter blond cendré (j'insiste que le Peter mentor de Miles est blond lui aussi). Et aussi le fait que Miguel se fasse traiter de "good guy", souvent en négatif "You don't look like a good guy", disent les pilotes de l'hélico avant que celui-ci ne se fasse dégommer par le Vautour, et sauver in extrémis par les "vrais" Spiderpeople.
Miguel a aussi la même motivation que Kingpin dans le premier film, quoi qu'il semble s'être repenti. On a donc une suite thématique de l'arc de Kinpin.
Miles n'est pas un Spiderman, c'est un usurpateur qui est très énervé quand on remet en question sa légitimité en tant que Spiderman. "You've got CLAWS ? Are you SURE you're Spiderman ?", demande Miles. Cette scène au bout de la course-poursuite est la plus forte du film, c'est la catharsis, après le plot twist, où les masques tombent. C'est celle qui révèle le véritable conflit, non plus moral pour sauver le Spiderverse, mais personnel entre les deux. Notez que le combat a commencé dès le début entre Miles et Miguel, avant même que Miguel ne dise quoi que ce soit.
La rencontre est tellement chargée et prégnante, elle a été tellement "forshadowed", qu'on peut palper l'électricité ambiante. Les observateurs détendent l'atmosphère, le Spider Punk Brit est complètement détaché et pas du tout affecté par le numéro de Miguel, Gwen est totalement codépendante et retombe en enfance, et Peter joue le rôle de l'entremetteur.
Mais tout de suite, Miles, qui n'a aucun respect pour son héritage latino (il a eu un B en espagnol alors que c'est sa langue maternelle, reprend sa mère quand elle parle Spanglish), "insulte" Miguel en le ramenant à son ethnicité par le biais de la empanada, que Miguel jette à la poubelle, un acte d'agression frontale, avec un propos médisant -- en espagnol, évidemment. D'ailleurs, ils énumèrent leurs pédigrées, preuve que la question est présente. Le Mexique n'est pas Puerto Rico. Ensuite, Miguel balance carrément la poubelle à la gueule de Miles.
Contrairement à Miles qui subit la société qui l'encadre, Miguel, lui, est au sommet, et veut tout contrôler d'en haut, en ayant une société entière de Spiderpeople à sa botte.
C'est une allégorie du contrôle par Miguel de l'identité de Spiderman, qu'il a "usurpée" (comme dans le comic). Dans le comic, Miguel est accro à une drogue que produit son employeur, et endosse le rôle de Spiderman dans une origine story peu convaincante. On voit dans ce film qu'il se pique avec un pistolet qui lui donne ses pouvoirs, qui ne sont donc pas acquis.
Dans la bagarre avec Miles, Miguel est beaucoup plus fort, et Miles se débat comme un enfant incapable de faire le poids. La scène est extrêmement malaisante pour qui a connu ce genre de maltraitances, par exemple avec un père violent.
On voit que Miles est profondément dégoûté, effrayé, et lui demande quel est son problème. Miles n'accepte pas la dictature de Miguel, et renvoie toujours ses reproches à l'envoyeur, là d'où ils n'auraient pas dû partir.
Miles a raison. L'évènement qui devait tuer l'inspecteur/capitaine du monde indien était bien provoqué par "Spot", donc rien à voir avec le canon. Mais Miles de rétorquer : c'est de ta faute, rien que de ta faute.
Miguel dit à Miles "Stop pretending you know what you are doing." C'est... pas vraiment du gaslighting, mais un peu quand même. Clairement, Miles cherche à échapper à l'emprise de Miguel, tandis que Miguel tente non seulement par la force mais aussi par la manipulation mentale de ramener Miles dans son giron.
On voit de manière générale que Miguel est très critique envers les autres "c'est stupide".. puis il se retient et déclare que lui aussi est stupide, en fait. Son air renfrogné est comique au début, et il a toujours un Comic relief pour le faire passer pour un type qui se prend trop au sérieux. Je pense à l'hologramme orange qui sert d'assistant personnel à la J.A.R.V.I.S. qui aime jouer avec ses nerfs. On notera que quand Miguel s'énerve, il ne sait pas quoi dire, et demande à tout le monde de poursuivre "Spiderman". Etrange. C'est le signe :
- Qu'il ne s'inclue pas dedans lui-même car il s'oublie lui-même (la catégorie "Spiderman"). Spiderman est un "il" et non pas un "je", un autre et non pas un soi.
- Qu'il s'attend à ce que les autres lisent ses pensées. D'ailleurs avec l'hologramme, il lui demande de montrer le truc et l'hologramme demande le plus naturellement du monde "quel truc" ? ET MIGUEL S'AGACE COMME UN CONNARD.
- Que Miguel considère bel et bien Miles comme "un Spiderman", même comme "Spiderman" tout court, contrairement à son accès de rage où il explique à Miles qu'il est une anomalie et qu'il est un imposteur parce que son Peter Parker est mort à cause de lui. On décèle ici une forte dose de ce qu'on appelle en psychologie LA PROJECTION NARCISSIQUE. Il est donc probable que Miguel soit en réalité lui-même responsable de la morte de son variant.
Peter blond cendré, le mentor de Miles dit à Miguel : "Pourquoi tu n'es pas marrant ? On est tous marrants." Et le comique réside alors dans les caractères contrastés du Miguel bougon et faussement calme, bouillonnant à l'intérieur et du Peter bout-en-train. Là encore, on note que Miguel n'est pas comme les autres Spiderman, qu'il est un outsider. Notez la façon dont Miguel dit "PEter!", comme le Green Goblin de Willem Dafoe, EXACTEMENT PAREIL, ce qui le signale DIRECT comme le méchant.
Ensuite, Miguel n'existe que par les autres et à travers les autres. Il a pris la place de son variant, il prend l'identité de Spiderman (canon du comic), et il dispute à Miles sa légitimité en tant que Spiderman. Mais cette critique est en réalité de la projection, comme on l'a vu, qui est provoquée par la remarque de Miles concernant les griffes de Miguel et sa légitimité en tant que Spiderman.
Miguel se sent aliéné par la contradiction de son identité, par tout ce qui ne va pas dans son sens. Quand il n'est pas là, il inspire la peur chez les autres. Il utilise les Spiderpeople en les manipulant. Gwen passe d'une personnalité moqueuse et sarcastique (elle prévient Miguel sans le prévenir, du coup le Vautour le dégomme, et elle a un rôle de comic relief), à une soumission totale en l'espace de quelques mois (elle n'envoie plus aucune pique à Miguel et lui est totalement soumise). Mais ce qui peut passer pour un gain de maturité est en réalité un embrigadement. Gwen est une mineure fugueuse qui est manipulée par une bande de loubards, bande qui menace de la chasser tout en la maintenant dans une emprise et un contrôle permanents du fait de cette menace d'abandon. C'est caractéristique des victimes d'abus.
Ce n'est pas un hasard que Miguel soit introduit sans son masque de Spiderman, lors du premier face à face avec Miles. Ce n'est pas un hasard qu'il soit placé en hauteur avec plein d'écrans, comme un control freak qui espionne tout le multiverse. Comme le dit Miles, lorsque Miguel tente de le faire douter de son identité : "I am Miles Morales, I was bitten by a radioactive spider, AND I'M SURE YOU KNOW THE REST, JERK!" Parce que Miles a compris que Miguel espionnait constamment les autres et surtout, c'est plus insidieux que ça, cela est une critique IRONIQUE AU POSSIBLE de l'idée que se fait Miguel de la continuité au sein du multiverse. En gros, j'ai pas besoin de te dire qui je suis parce que tu es un monsieur je sais tout.
Miles est un être de lumière qui voit à travers le jeu pervers et hypocrite de Miguel, un être noir. Miles comprend que la continuité du multiverse est une supercherie
Ce n'est pas JUSTE une différence de point de vue et de morale, comme Captain America / Iron Man dans Civil War. C'est PERSONNEL-IMPERSONNEL, c'est vicéral.
Peter cendré dit à Miles : "Tu es une merveilleuse personne et je voudrais que ma fille te ressemble car j'adore passer du temps avec toi." Peter sert ici de "plot device", pour définir Miles comme un être lumineux, sain, positif, authentique, et Miguel comme l'homme qui, par contraste, ne lui offre PAS cette sécurité affective qu'il a voulu obtenir en ayant sa fille, en plus des remarques reloues qui prédisent le décès de Miguel dans le prochain film, et son imposture originelle. Peter est sur la voie de la rédemption, mais le fait qu'il mette sa fille en danger, montre qu'il n'a pas tourné la page et qu'il peut encore rechuter.
On peut soupçonner que Miguel a embrigadé Gwen, la japonaise et Peter juste pour avoir le moyens d'obtenir la confiance le Miles et de faire pression sur Miles, pour un but détourné. Ce serait une technique en accord avec la construction du personnage de Miguel en tant que pervers, car les amis de Miles serviraient de "Flying monkeys".
Quand Miguel se présente à Miles, son ascenseur est ultra lent et Gwen dit que c'est "son truc", pour être théâtral et intimidant, et elle conseille à Miles de laisser passer cette passive-agressivité manifeste. En fait, tout le monde décrit Miguel comme un tyran qui aime jouer avec les émotions des autres pour créer la peur en eux, mais tout le monde JUSTIFIE le comportement de Miguel, ou demande à Miles de TOLERER le comportement de Miguel. Ce sont des "enablers", des personnes qui encouragent et soutiennent le pervers et donc contribuent au maintien de son emprise.
Miguel est ce qu'on appelle un PERVERS NARCISSIQUE, un supervillain qui revient toujours dans les histoires. C'est un homme qui semble vouloir le bien de tous mais pense avant tout à lui. C'est quelqu'un qui ne peut pas imaginer que d'autres personnes puissent avoir un point de vue différent de lui, et qui est dans le contrôle au point d'assassiner les proches de Spiderman. Le pervers narcissique va chercher à assassiner la réputation de sa victime, et si la victime est saine d'esprit et donc résiste, il va l'attaquer sauvagement, en lui disant qu'elle ne vaut rien, que ses traumatismes sont sa responsabilité, qu'il est à l'origine des problèmes de tout le monde.
Là on a un miroir intéressant avec "Spot" le "dalmatien - vache" qui affirme que Miles l'a créé au même titre qu'il a créé Miles en allant chercher des araignées dans le multiverse. Mais pourquoi des araignées ? Passons. Spot dit à Miles qu'il est le supervillain de l'histoire, mais on comprend bien que c'est Miguel, le "twist villain". Si on considère le Spot comme un "plot device", alors on comprend pourquoi il sert de clown pour faire des blagues, c'est pour perdre en crédibilité devant Miguel. La quête de crédibilité est le leitmotiv de ce personnage.
Là ou le Spot est un narcisse vulnérable et pathétique qui demande de l'attention et de la considération et dont la voix et la toxicité sont constamment retournées contre lui-même, comme une autocritique permanente, Miguel lui est un narcisse sûr de lui.
Le Spot est un trou sans fond, littéralement comme figurativement "I'll feel my holes with more holes" est le seul horizon de progression de cet être misérable. Il est au plus bas, ayant perdu son visage (donc son identité), ses amis, son travail et même sa famille et sa colère et sa rancune sont des structures identitaires. Il n'a pas la possibilité de jouer un double jeu, en tant qu'outil narratif, ni de porter un masque.
Miguel quant à lui est un véritable pervers narcissique mégalomane, toxique, au sommet de son pouvoir et avec une emprise totale sur son environnement, et qui perd les pédales quand des émotions fortes comme la colère ou les reproches à Miles prennent le dessus sur lui. On rappelle que la colère et la vengeance sont au contraire structurantes et orientent l'existence du Spot.
Un mot sur le rapport à la famille. La famille du SPOT l'a rejeté. Miguel a perdu sa famille. Miles n'a pas ces deux problèmes diamétralement opposés et pourtant similaires.
Il est NOTABLE que Miguel ne montre pas son PROPRE "évènement canonique", car il me semble que ni son "oncle/père" ni son "officier de police/capitaine" ne décèdent.
La règle, enfin, est que la personne qui n'appartient pas à l'univers ambiant "glitche" ou "buggue". Ce n'est JAMAIS le cas de Miguel dans ses souvenirs. Oui, mais Miguel a des bracelets anti-glitche. PEUT-ETRE, MAIS C'EST L'INVERSE qui se passe : tout l'univers glitche SAUF LUI. Sans aller trop loin dans l'interprétation des règles, et sans présumer que c'est un reveal qui aura lieu, Miguel ne considère pas, dans ses souvenirs, que c'était lui le problème, ou plutôt, il dit qu'il se repent, que c'est de sa faute, mais les images montrent QUE C'EST L'UNIVERS AUTOUR DE LUI QUI EST FAUX, pas lui. Est-il retourné dans sa dimension ? C'est ce qu'a l'air de dire l'un des personnages du début. Gwen : "he lets me crash in his dimension".
J'opte pour une explication simple. En tant que pervers narcissique, Miguel est un mythomane pathologique, et rien de ce qu'il dit n'est vrai. Il n'est donc pas étonnant que les images contredisent les mots dans ses souvenirs.
Les expressions faciales de Miles pendant qu'il se fait plaquer au dos de la structure par Miguel et qu'il se débat sont remarquables et si on laisse le "jeu d'acteur" faire son effet, si on regarde en ne se laissant pas éblouir par le festival de formes et de couleurs, alors on comprend que ce Across the Spiderverse est une vraie suite thématique au premier film.
Je pense que cette suite corrige un défaut du premier méchant, Kingpin, qui n'avait pas de réelles motivation à s'en prendre à Miles.