Yo mina,
On a longtemps cru que la guerre des consoles se jouait entre trois logos, deux manettes et quelques exclus qui font hurler les forums. Sony contre Microsoft, Nintendo dans son coin avec ses champignons et ces pervers de Maskass, Valve qui regarde tout ça depuis Steam en mode “je vends déjà les jeux, amusez-vous avec vos générations".
Mais depuis quelques mois, il n'y a plus de doutes qu’un quatrième joueur est entré dans l’arène. Pas Sega qui revient avec une Dreamcast 2, faut pas déconner. Non. Le vrai boss caché, c’est l’IA.
Pas l’IA qui te fait un PNJ qui répond “bonjour voyageur” avec deux secondes de latence. L’IA industrielle. Celle des data centers, des GPU par palettes, des serveurs qui avalent de la RAM, du SSD, de l’électricité et probablement l’âme de quelques ingénieurs au passage. Et ce marché-là est en train de cogner le jeu vidéo là où ça fait mal : les composants.
Résultat ? Les prochaines consoles risquent d’arriver dans un monde complètement absurde. Un monde où tu paies plus cher une machine qui, techniquement, ressemble déjà à du hardware d’il y a trois ou quatre ans. Avant, la logique était simple : nouvelle génération = plus de puissance pour un prix plus ou moins stable. Aujourd’hui, on commence à voir l’inverse : ancienne génération qui augmente, nouvelle génération qui panique, et joueur qui regarde son portefeuille comme une cinématique de fin de film d'horreur.
Microsoft, de son côté, prépare "Project Helix", sa prochaine machine pensée comme un pont entre Xbox et PC. Le nom est joli, presque scientifique, comme si la console allait séquencer ton ADN pour savoir si tu préfères Halo ou Steam. Officiellement, Microsoft parle d’un SoC AMD custom (SteamOs??), de la prochaine génération de DirectX et de FSR, d’un gros bond en ray tracing, et d’un hardware alpha envoyé aux développeurs dès 2027. Donc ce n’est pas juste une rumeur de cave Discord : Microsoft veut bien faire une nouvelle machine, mais une machine qui sent très fort le PC déguisé en console.
Et c’est logique. Xbox n’est plus seulement une console. C’est Game Pass, le Microsoft Store, Windows, le cloud, le PC, les handhelds partenaires, et probablement un jour un nouveau frigo Xbox!!. La vraie question, c’est : est-ce que Project Helix sera une console classique (avec un OS Xbox), ou une boîte Windows optimisée pour vendre du Xbox partout ? Parce que si Microsoft laisse Steam tourner dessus, c’est une mini-révolution. S’ils le bloquent, c’est une guerre froide avec Valve depuis le salon.
Pendant ce temps, Sony a lâché une bombe : à partir de janvier 2028, les nouveaux jeux PlayStation ne seraient plus produits en disque physique. Les jeux sortis avant cette date ne sont pas censés être impactés, mais symboliquement, c’est énorme. C’est la fin d’un monde. Celui où tu pouvais acheter ton jeu, le revendre, le prêter, le retrouver dix ans après dans une boîte un peu jaunie, et te dire : “tiens, j’avais donc payé ça 70 balles à l’époque, j’étais jeune et faible.”
Sony explique que le digital domine déjà largement les ventes, autour de 80 % des ventes complètes en 2025 selon les données rapportées. Donc d’un point de vue business, c’est compréhensible. Mais d’un point de vue joueur, collectionneur, magasin, occasion, grande surface, c’est un séisme. Les Micromania, Leclerc, Fnac, Amazon et compagnie ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais ils vont devoir vendre autre chose : des codes, des cartes PSN, des éditions collector sans disque, des goodies, des manettes, du stockage, peut-être même des bundles “clé digitale + steelbook vide”. Le futur est magnifique : on va collectionner des boîtes qui contiennent du vent premium. Alors que souvent dans le Business, s'occuper des 20% les plus importants des clients (les fans, les collectionneurs) c'est potentiellement un retour à 80% en aura +2 en éloquence pour vendre aux autres 80% qui achètent en digital.
Et c’est là que Valve devient fascinant. Parce que Valve a fait le chemin inverse de Sony et Microsoft. Sony et Microsoft ont bâti leur empire sur le hardware, les disques, les générations, les boîtes sous la télé. Valve, lui, a d’abord construit "la boutique". Steam a tué le physique sur PC il y a longtemps, au bon moment, presque proprement. Aujourd’hui, plus personne ne pleure vraiment l’absence de boîte PC. C’est oublié. Digéré. Accepté. Le joueur PC râle sur les compilations de shaders, pas sur l’absence de 5 DVD.
Et maintenant que Steam est devenu une énorme machine à vendre du jeu digital, Valve arrive avec le hardware : Steam Deck, puis Steam Machine, Steam Frame, Steam Controller. La nouvelle "Steam Machine" est bien présentée comme un PC gaming compact sous SteamOS, pensé pour le salon et pour la librairie Steam. Valve ne vend pas une console pour créer un marché. Valve vend une machine pour exploiter un marché déjà conquis. C’est toute la différence.
Le problème, c’est que même Valve se prend le mur des composants. La Steam Machine annoncée autour de plus de 1000$, elle arrive sans être le monstre absolu que certains attendaient, et surtout avec cette impression étrange : cher, compact, pratique, mais déjà limité par les réalités du mobile chip, du ray tracing timide et d’un marché RAM/SSD devenu fou et donc 8Go seulement de VRAM (Ciao la 4k).
Et là, tout se rejoint. RAM, NAND, SSD : les prix montent parce que les data centers IA aspirent une partie énorme de la production mondiale. Des analyses de marché ont déjà rapporté des hausses fortes sur la NAND et la DRAM fin 2025, avec une demande enterprise qui met tout le monde sous pression.
Donc quand Sony réfléchit à la PS6, Microsoft à Helix, Valve à sa Steam Machine, et Nintendo à maintenir sa Switch 2 dans un monde où même les vieux composants deviennent chers, tout le monde joue en fait contre le même boss : le prix du silicium, de la mémoire et du stockage.
C’est pour ça que je pense qu’il ne faut pas lire les stratégies actuelles comme des plans écrits depuis dix ans sur un tableau blanc. Ce sont des adaptations. Des mouvements de survie. Sony ne tue pas le physique uniquement parce qu’il déteste les collectionneurs. Sony veut récupérer la marge, contrôler les prix, réduire la logistique, pousser son store, et se rapprocher du modèle Steam. Microsoft ne pousse pas une Xbox-PC par simple amour de Windows. Microsoft sait que la console fermée devient risquée si elle coûte 800 ou 1000 euros. Valve ne sort pas une Steam Machine chère par plaisir de se faire démonter sur les forums. Valve vend une porte d’entrée vers Steam, pas seulement une boîte.
La vraie fracture de la prochaine génération pourrait donc se faire en deux camps.
D’un côté, Valve et Nintendo. Deux philosophies opposées, mais une même résilience. Nintendo vend du hardware techniquement modeste, mais protégé par ses licences, ses familles, ses enfants, ses parents nostalgiques et ses jeux à 70 balles qui ne baissent jamais vraiment. Valve vend du hardware PC pas forcément donné, mais branché sur la plus grosse librairie digitale du jeu vidéo PC, avec des soldes, une compatibilité énorme, SteamOS, Proton, et un joueur déjà éduqué au tout digital.
De l’autre, Sony et Microsoft. Deux géants qui doivent réussir une transition beaucoup plus violente. Ils ont encore un pied dans le physique, un pied dans le digital, une jambe dans la rétrocompatibilité, l’autre dans le cloud, et le bassin bloqué entre des générations de joueurs qui n’ont pas toutes les mêmes attentes. Le joueur PS5 qui a 40 disques ne veut pas entendre “merci pour votre fidélité, veuillez racheter votre vie en digital”. Le joueur Xbox veut savoir si sa prochaine machine sera une Xbox, un PC, ou une 3DO avec le Game Pass.
Sony a pourtant une carte énorme à jouer : transformer la fin du physique en opportunité. Imaginez un système propre où tu insères ton disque PS4 ou PS5 dans une PS5/PS6 compatible, et Sony te convertit ta licence en version digitale attachée à ton compte. Même avec une vérification, même avec une petite procédure, même avec un système limité. Là, on aurait une vraie transition. Pas juste “le futur est digital, bisous les pauvres”. On aurait une passerelle. Une façon de dire : votre ludothèque compte encore.
Parce que la rétrocompatibilité, ce n’est pas seulement un bonus technique. C’est un capital émotionnel. Les gens gardent leurs jeux préférés. Ils gardent leurs souvenirs. Et si Sony arrive à transformer cette mémoire physique en librairie digitale, alors ils peuvent faire ce que Valve fait depuis longtemps : enfermer gentiment le joueur dans une bibliothèque confortable, pratique, pleine de promotions, et difficile à quitter.
C’est peut-être ça, le vrai sujet. Le physique meurt, mais ce n’est pas seulement le disque qui disparaît. C’est le rapport de force qui change. Avant, tu possédais un objet. Demain, tu posséderas une autorisation. Et derrière cette autorisation, il y aura un store, un algorithme, une promo personnalisée, un abonnement, un cloud, une option premium, un “upgrade PS6/Switch 2 à 10 euros”, et peut-être une notification qui te dira que ton jeu préféré est à -60 % alors que tu l’as presque déjà acheté deux fois à -50%.
Bienvenue dans la next-gen : moins de plastique, plus de marge.
Alors est-ce que ça va tuer le marché ? Non. Des consoles à 800 ou 1000 euros se vendront. Il y aura toujours des joueurs passionnés, des early adopters, des gens qui veulent le nouveau jouet même s’il coûte le prix d’un week-end à Barcelone sans les tapas. Mais ça va fragmenter encore plus le public. Certains resteront sur PS5. D’autres iront sur PC. Certains prendront une Switch 2 parce que Mario reste Mario. D’autres achèteront une Steam Machine parce qu’ils ont déjà 600 jeux Steam et aucun souvenir de leur mot de passe Epic avec le double de jeux gratuis (merci Fortnite).
Et quelque part, Valve a peut-être eu la meilleure stratégie de résilience. Pas parce que leur hardware sera le plus puissant. Pas parce que SteamOS va sauver le monde avec un pingouin et deux lignes de Proton. Mais parce que Valve a déjà gagné la bataille culturelle du digital. Sony et Microsoft doivent convaincre leurs joueurs que le futur sans disque est acceptable. Valve n’a plus besoin de convaincre personne. Le joueur PC a déjà signé le pacte il y a quinze ans, souvent pendant une promo à -75 % alors qu'il a Backlog de pété déjà!.
C’est là que la bulle IA frappe fort. Elle ne fait pas qu’augmenter les prix des composants. Elle force toute l’industrie à accélérer une mutation qu’elle aurait peut-être préféré étaler sur dix ans. Moins de physique. Plus de stores. Plus de cloud. Plus de services. Plus d’algorithmes. Plus de machines chères qui essaient de justifier leur prix avec des mots comme “neural rendering”, “ray reconstruction”, “AI upscaling” et “expérience premium”.
La next-gen ne sera peut-être pas seulement une guerre de puissance. Ce sera une guerre de plateformes.
Sony veut devenir plus Steam que jamais, sans perdre son prestige console. Microsoft veut faire une Xbox qui ressemble de plus en plus à un PC sans avouer complètement que Steam est dans la pièce. Nintendo continue de vendre du rêve familial avec du hardware prudent et des marges de samouraï. Valve, lui, regarde tout ça avec son gros catalogue digital et se dit probablement : “Bienvenue dans mon monde.”
Et nous, joueurs, au milieu ? On va râler. On va comparer. On va insulter les prix. On va dire qu’on attend les promos. Puis on achètera quand même un truc, parce que GTA 6, Bloodborne 2 ou le prochain Mario 3D aura cliqué au bon endroit dans notre cerveau sans disque dans la boîte même.
La vraie question, ce n’est donc pas seulement : “combien coûtera la PS6 ou Project Helix ?”
La vraie question, c’est : dans cette époque où l’IA mange les composants et où les stores mangent le physique, qui va réussir à nous faire croire qu’on gagne encore quelque chose dans l’histoire?
Curieux de vous rendre curieux.
non, c'est un pc
On arrive à une fracture de génération ou les plus anciens aimaient le physique et pouvaient se contenter du digital à moindre mesure puis la nouvelle pour qui le jeu n'est qu"ONLINE", ( Fortnite, etc ) et qui ne voient aucuns problèmes à suivre l'addiction présente sans y voir les inconvénients.
Ca fait des années que l'industrie au global suit l'avancée inéluctable du jeu digital et elle fait en fonction.
Pour les anciens comme moi c'est dommage.
On arrêtera peut-être de jouer... ou pas.
En tout cas la nouvelle génération trouvera géniale de jouer avec une belle puce sur le crâne.
On en reparle dans pas si longtemps je pense.
Bel article en tout cas.
le but d'une entreprise c'est que tu donnes le plus d'argent possible et qu'en retour tu reçoives le moins possible...
j'étais pas encore né que le monde capitaliste existait déja
stardustx
si c'est pas le cas je m'en excuse
Et si Sony arrive à transformer cette mémoire physique en librairie digitale, alors ils peuvent faire ce que Valve fait depuis longtemps : enfermer gentiment le joueur dans une bibliothèque confortable, pratique, pleine de promotions, et difficile à quitter. et tout ça devant un écran. Nous sommes nés avec 5 sens dont celui du toucher, qui est le prolongement de la vue.
Bébé, ce sont des gestes naturels.
Le contraire est donc superficiel.
Je fais défiler des jaquettes virtuelles sur ma Wii, ou je lis des notices virtuelles sur ma PSVita, il n'y a aucun plaisir si ce n'est de celui de zapper sans prendre le temps. Vous voulez diluer la nature humaine derrière un écran, de la techno. Ce monde est fou à lier.
L'IA fait flamber le hardware : La véritable révolution actuelle ne vient pas des consoles elles-mêmes, mais de l'explosion de l'IA industrielle. Les data centers saturent la production mondiale de composants (RAM, SSD, silicium), provoquant une hausse des coûts qui force les constructeurs à concevoir des machines plus chères pour une puissance technologique qui stagne.
La fin brutale du physique et la mue des géants : Face à cette crise des coûts, Sony s'apprête à abandonner les disques physiques dès 2028 pour maximiser ses marges sur le digital, tandis que Microsoft prépare avec "Project Helix" une machine hybride à mi-chemin entre la Xbox et le PC afin de diluer le risque lié au hardware traditionnel fermé.
L'avantage culturel de Valve et Nintendo : Dans cette guerre des plateformes, Nintendo reste protégé par ses licences familiales fortes, et Valve tire profit de son avance historique. Ayant déjà converti les joueurs PC au tout-numérique depuis quinze ans, Valve vend sa Steam Machine pour exploiter un marché digital déjà conquis, là où Sony et Microsoft doivent mener une transition culturelle violente et risquée.