Parmi les nombreux jeux annulés du Virtual Boy, Dragon Hopper a longtemps laissé un goût amer aux passionnés du casque rouge – oui, ça existe ! Parce qu’à l’instar de Bound High, le jeu prometteur était terminé, présenté officiellement à l’E3 1996 et prêt à être commercialisé, son annulation fut durement ressentie par une petite communauté, d’autant plus qu’aucune ROM n’a jamais pu être trouvée en 30 ans.
La recherche a finalement pris fin lorsque Nintendo propose parmi les Virtual Boy Classics sur Switch Online ce jeu inédit d’Intelligent Systems (son 2e jeu pour la console après Galactic Pinball), au moment où le studio s’apprête à sortir son prochain titre, Fire Emblem – Fortune’s Weave. Il n’est jamais trop tard… même s’il ne faut pas traîner éternellement non plus ! La propriété sur le nom « Dragon Hopper » a en effet été enregistrée depuis par un autre studio pour un jeu mobile (sans intérêt), ce qui explique que le jeu est listé sur les supports de communication officiels de Nintendo sous le titre « D-Hopper ». Voilà, c’était pour l’anecdote.
Derrière ce jeu, on trouve en tant que directeur Ryota Kawade, un jeune développeur qui gagnera plus tard une reconnaissance en tant que directeur en chef de Paper Mario, sa suite La Porte Millénaire ainsi que Super Paper Mario. Et pour les compositions, on retrouve Minako Hamano, une compositrice souvent associée à la série Metroid
Alors, après 30 longues années dans des cartons – un record partagé avec Zero Racers –, Dragon Hopper est-il le hit Virtual Boy que certains espéraient ?
> Le concept
De rares vidéos de Dragon Hopper ont permis d’en avoir un furtif aperçu, sans répondre toutefois à toutes les interrogations à son sujet. Parfois présenté hâtivement comme un jeu d’aventure à la Zelda – et proposant par ailleurs japonais et anglais –,
Dragon Hopper est en réalité un jeu de plateformes en vue du dessus (un sous-genre peu répandu) avec quelques éléments de recherche dans les stages traversés.
Les yeux rivés sur le casque rouge, on comprend ce choix : la 3D relief accentue l’effet de profondeur, permettant de voir les plateformes en contrebas ou d’apercevoir les plateformes en hauteur lorsque l’on saute. Il faut ainsi parfois se jeter dans le vide pour atteindre une plateforme plus bas, créant un effet de vertige plutôt saisissant. Certes, les Mario 3D (dès Super Mario 64) proposeront aussi ce type de gameplay vertical durant certains niveaux – l’Horloge Tic-Tac notamment –, mais la caméra étant placée derrière Mario, les jeux n’offraient pas le même rendu que Dragon Hopper (réalisé en 2D)… jusqu’à Super Mario 3D Land sur 3DS ! Pour exploiter en effet la 3D stéréoscopique de la portable et produire une sensation de vertige, quelques niveaux ont adopté une vue similaire à Dragon Hopper et accentuer la progression de Mario du haut vers le bas.
Le jeu est disponible en japonais et en anglais
Au niveau de l’histoire en revanche, on est ici sur une proposition bien plus classique. En tant que Dorin, prince dragon du royaume de Celestia, vous devrez secourir vos parents ainsi que votre bien-aimée, capturés par un premier ministre comploteur qui réalise un coup d’État. Dans sa fuite, le prince est recueilli par des fées, dont l’une va l’accompagner pour lui conférer des pouvoirs magiques. Sur son chemin pour remonter jusqu’à Celestia, Dorin devra également libérer les esprits des 4 éléments, qui lui permettront de se transformer en différents types de dragons : terre, eau, feu et vent.
Le niveau introductif permettra de se familiariser rapidement avec la maniabilité particulière de Dragon Hopper, mais à moins que vous soyez sujet à des nausées à cause des effets de zoom constants chaque fois que votre dragon de héros saute, le confort visuel est très appréciable. Il est très rare de ne pas savoir quelle direction prendre, un simple saut permettant d’apercevoir les plateformes du niveau supérieur, tandis que celles du niveau inférieur demeurent visibles même en ayant pris de la hauteur. Une bonne distance d’affichage qui permet de bien appréhender les séquences de plateforme, d’autant qu’à l’instar de Yoshi, Dorin peut encore planer quelques petits instants en l’air en remuant des ailes. Même si on n’échappe pas toujours aux longues chutes pour repartir de tout en bas, on est tout de même ici extrêmement loin des séquences les plus retors de Mario 64 : Dragon Hopper est un jeu de plateformes assez permissif, et ce n’est vraiment qu’à la toute fin que vous serez confronté aux passages les plus tendus.

S’il s’avère relativement facile, le jeu ne va cependant pas se laisser dompter simplement, d'autant qu'il faudra explorer un niveau de fond en comble pour trouver une clé, un esprit ou la boutique. Comptez entre 3 et 4 heures pour surmonter les 6 niveaux et atteindre la fin, non sans quelques Game Over au passage.
> Un classique pour le Virtual Boy… 30 ans plus tard
Pour un jeu de 1996, on attendait forcément autre chose que la réalisation proposée par Dragon Hopper, ce qui montre bien là les limites du Virtual Boy ;
ce qui ne l’empêche d’être charmante malgré son rouge et noir. Les dessins sont vraiment très mignons, avec un prince Dorin aux faux airs de Mew, et les boss sont de taille conséquente. Reste que la caméra est tout de même assez proche du héros, ce qui offre une visibilité limitée pour anticiper les arrivées d’ennemis. La solution sera ainsi de sauter bien haut pour s’offrir un meilleur champ de vision, mais il arrive assez souvent de se prendre un projectile ennemi qu’on aura vu un peu trop tard.
Fort heureusement, votre héros ne meurt pas en un seul coup et dispose de nombreux cœurs d’énergie, de quoi encaisser tout de même une bonne vingtaine de coups. Et si cette énergie n’est toujours pas suffisante, votre fée dispose par défaut d’un pouvoir de régénération de cœurs.
Les pouvoirs de la fée ne sont pas illimités non plus, et il faudra penser à trouver des pastilles pour les recharger, ainsi que des médailles étoile pour en acheter des supplémentaires : outre la régénération, votre fée peut ainsi vous rendre invisible, vous octroyer une barrière temporaire, transformer les ennemis en grenouilles… Le choix étrange de Dragon Hopper, c’est de rendre ces achats de pouvoirs aléatoires : lorsque vous dépensez vos médailles, vous ne saurez pas quelle est votre récompense. Sauf que Dragon Hopper n’est pas un roguelite, et vous pouvez ainsi passer toute une partie sans obtenir en cours de route un pouvoir vraiment utile. Bon, en même temps, le pouvoir le plus utile – et de très loin –, vous l’avez en fait depuis le début, et face aux boss, la régénération de cœurs est même impérative pour survivre.
Pouvoirs pas très utiles donc, mais qu’en est-il des transformations ? Car oui, votre petit dragon et sa pauvre attaque charge est tout de même bien faible en début de partie, et même si vous pouvez sauter sur la plupart des ennemis pour les tuer, le rayon d’action est limité. Pas de chance, la première transformation (le dragon de terre) est peu utile et vous rend nettement plus lent, mais ça s’arrange par la suite avec un dragon de glace déjà plus puissant, puis un dragon de feu (qui crache des boules de feu) qui deviendra un choix par défaut, et enfin un dragon du vent qui plane plus longtemps.
On ne passe pas non plus son temps à changer constamment de transformations, mais arrivés aux derniers niveaux, on se concentrera essentiellement sur deux d’entre elles (feu et vent).
D’aussi longs développements sur les pouvoirs, mais pour en venir en fin de compte au point qui coûte sans doute à Dragon Hopper le titre de meilleur jeu du Virtual Boy, surtout face à un VB Wario Land plus solide sur la console :
par défaut, le gameplay se suffit presque à lui-même et n’a pas vraiment besoin des pouvoirs supplémentaires autrement que pour des fonctions très accessoires (traverser le sol, geler l’eau, faire fondre la glace). Cela n’entame en rien la qualité globale du jeu, mais traduit toutefois un manque de profondeur et de richesse. A moins de vouloir le compléter à 100 % en trouvant toutes les médailles étoiles et débloquer tous les pouvoirs de la fée, Dragon Hopper n’offre pas de challenge supplémentaire une fois terminé, la seule difficulté cachée (dans le menu Debug) étant un niveau facile.
Dragon Hopper n’allait donc pas sauver le Virtual Boy s’il avait pu sortir en 1996 comme initialement prévu,
mais il aurait été – avec Zero Racers – un ajout salutaire à sa ludothèque ; un vrai bon titre qui aurait même mérité bien meilleur sort que de rester dans un carton durant 30 longues années, avec une sortie sur 3DS qui n’aura jamais été envisagée un seul instant.
Verdict : « Oui ! »
A côté des chefs d’œuvre et des grands classiques, chaque console avait aussi besoin de ses très bons jeux qui soutenaient son catalogue, et le Virtual Boy – en plus d’avoir une ludothèque bien peu fournie – manquait également cruellement de bons titres.
L’ironie, c’est qu’avec la ressortie des inédits sur le Switch Online, le Virtual Boy dispose dorénavant d’un catalogue bien plus présentable, et Dragon Hopper fait assurément partie des titres à découvrir sur cette console.
Visuel de boite prévu pour la sortie en 1996
A lire également :
Avis sur gameforever.fr pour Dragon Hopper
Astuce :
- Menu « Secret Options » : à l’écran-titre, effectuer la combinaison suivante : G droite, D gauche, G haut, D bas, G gauche, D droite, G bas, D haut, Select, Start
(*) G = stick gauche, D = stick droit.
Le menu permet de choisir son niveau, de jouer aux deux mini-jeux, de débloquer le mode Facile ou encore obtenir tous les pouvoirs de fée.