Ce que je veux dire par là, c'est :
1. Le retrait des jeux sur Steam est lié à la mort du physique (la timeline tend à le montrer, je crois assez peu aux coincidences)
2. les jeux first party que vous achetez en physique sur PlayStation n'ont pas plus de valeur à leurs yeux que les jeux achetés sur Steam.
Alors là tout de suite je m'attends de votre part à :
Réaction 1 : 'tain l'autre casse couille, lui aussi nous fait son article PlayStation JPP
déso
Réaction 2 : En plus je vois pas le rapport qu'est ce qu'il a fumé l'abruti... 
(et moi j'ai plus de genoux)
J'ai tenté vaguement d'expliquer ça sous un article l'autre jour, je vais essayer de vous expliquer comment j'en arrive à cette
conclusion aussi grotesque et pourquoi Sony n'envisage certainement pas de changer son fusil d'épaule (ou encore moins durablement).
Le démat comme prison
Changer de génération de console a toujours représenté un risque : celui de voir une partie des joueurs partir chez la concurrence et le physique posait et pose encore un problème évident dans cette logique.
Au fil du temps, les constructeurs ont compris qu'une console n'était plus seulement une machine, mais la porte d'entrée vers un écosystème.
La bibliothèque de jeux est devenue le meilleur outil pour fidéliser les joueurs sur le très long terme.
En étant aujourd'hui derrière Xbox et Steam sur le dématérialisé, Sony prend le risque que son écosystème retienne moins efficacement ses joueurs que celui de ses concurrents.
Votre catalogue physique finira tôt ou tard par devenir inutilisable sur le futur écosystème PlayStation.
À l'inverse, un catalogue dématérialisé peut vous suivre pendant des décennies. Et c'est précisément là que réside sa véritable valeur.
Sony ne cherche pas seulement à vendre des jeux en démat.
Il cherche à faire en sorte que votre bibliothèque vous accompagne partout, afin que changer d'écosystème devienne de plus en plus difficile.
Plus votre historique, vos achats et votre vie de joueur sont liés à votre compte PlayStation,
plus il devient coûteux psychologiquement comme économiquement d'aller voir ailleurs.
Le véritable produit n'est donc plus seulement la console. C'est l'écosystème lui-même.
Le démat comme outil d'interopérabilité et d'accessibilité
Depuis la PS4, les joueurs PlayStation peuvent se créer un catalogue de jeux compatible sur PS5, et à n'en pas douter sur PS6.
Quelle meilleure méthode pour retenir les joueurs que de vendre un jeu une fois, et le rendre accessible sur tout son écosystème ?
Exemple : votre catalogue PS6 est 100 % physique et incompatible donc avec la future PlayStation Portable / ou la Playstation Portal pour le cloud gaming (car le hardware coute beaucoup trop cher désormais)
Si vous décidez d'acheter un nouvel hardware nomad/cloud,
la probabilité que vous choisissiez du PlayStation est largement plus élevée si vous retrouvez votre vie de joueur dessus que l'inverse.
Mais comment garantir une compatibilité totale avec un jeu physique ?
Avec une machine nomade ? Du Cloud ? Sur du matos non propriétaire ?
Car même si des leaks nous ont prouvé que Sony travaillait sur un launcher PC (ça semblait aussi impossible que de sortir des jeux PC pour certains mais bon, on connaît la suite...

), si le business les oblige pour survivre ou les incite pour toucher beaucoup plus de territoires à revenir sur PC, autant maximiser les chances que ça se passe sur leur launcher (pour les commissions entre autre).
La compatibilité d'un catalogue démat déjà rempli ne peut qu'aider à passer du temps sur leur launcher plutôt qu'un autre et à son assimilation sur PC.
Donc ce n'est pas que du full démat (pour des raisons de bénéfices évidemment) que Sony souhaite mettre en place, c'est mettre des billes pour du full cross-play afin de renforcer son écosystème.
D'ailleurs,
élément révélateur : ce n'est pas la PS6 qui sera full démat, c'est tout l'écosystème PlayStation qui le deviendra.
C'est une nuance, mais qui a pourtant une importance cruciale pour comprendre le move actuel de PlayStation.
Le consommateur n'obtient jamais le beurre, l'argent du beurre, et le cul de la crémière
Souvenons-nous de l'annonce des Steam Machines il y a quelques mois.
Il me semblait à l'époque évident que ça allait pousser Sony à revoir la place du PC dans sa stratégie.
Jusqu'ici, Steam était davantage un écosystème complémentaire qu'un véritable concurrent frontal à la Xbox et c'est pourquoi j'ai longtemps défendu l'idée des jeux Sony sur PC, avant qu'ils le fassent.
Mais si Steam devient capable d'exister dans le salon, sur une machine portable, en plus du PC, alors il commence à jouer exactement sur le terrain où Sony veut construire le PlayStation de demain et même plus encore.
Les premières rumeurs d'un retrait des jeux first-party sur PC n'ont d'ailleurs pas tardé.
Move complètement logique que les fidèles de la marque ont accueilli avec beaucoup de joie (un peu trop même pour certains), car il était évident que ce revirement n'était pas un move solitaire, mais qu'il faisait partie d'un plan plus grand, et que la suite allait probablement être moins reluisante : le fameux retour de bâton dont je parlais
Car tout simplement,
si la croissance ne peut plus venir d'un élargissement du public, elle viendra forcément d'une meilleure monétisation du parc existant.
Et pour rentabiliser au maximum des joueurs déjà captifs, le dématérialisé est une arme redoutable. Il permet de garder la main sur les prix, de faire progressivement disparaître le marché de l'occasion et surtout de conserver le joueur dans un circuit entièrement contrôlé par Sony.
Au fond, aujourd'hui, la console n'est presque plus le produit. Le véritable produit, c'est le joueur qui reste dans l'écosystème pendant dix ou vingt ans.
Conclusion
Tous ces changements sont finalement étroitement liés.
Le retrait des jeux sur Steam, la disparition du physique, la volonté de construire un catalogue entièrement interopérable Playstation, les futurs appareils portables, le cloud gaming, un éventuel launcher PC, l'IA... Pris séparément, chacun de ces choix peut sembler anodin et indépendant.
Ensemble, ils racontent une stratégie beaucoup plus globale : faire de PlayStation une prison, heu, un écosystème capable de suivre le joueur, et de survivre aux défis financiers actuels.
Sony n'épargne définitivement pas sa fanbase, et rappelle que les moves qu'ils font (judicieux ou non) ont un seul objectif : renforcer leur écosystème, le rendre plus solide et plus rentable à court terme, mais aussi plus résilient et attractif sur le long terme.
Évidemment, aujourd'hui, Sony préfère mille fois vous vendre un jeu physique sur PlayStation plutôt qu'un jeu sur Steam.
Mais sur le long terme, ces deux ventes partagent exactement le même problème : elles ne construisent pas réellement le PlayStation de demain, et doivent disparaître, d'où cette double décision prise en même temps (ou presque).
Un disque finira par devenir obsolète. Nous savons aussi bien que Sony qu'il existe une épée de Damoclès au-dessus du physique et une licence Steam, elle, appartient à Valve.
Le paradoxe, c'est que ceux qui hier étaient les plus heureux du retour au "only PlayStation" sont aujourd'hui les plus dégoûtés par la disparition du physique, et sont les mêmes qui chercheront des alternatives à Playstation demain.
