description : Groupe officiel de Gamekyo, où vous pourrez retrouver tests, aperçus, avis de DLC, bilan de Season Pass et parfois des "retour sur" quand la situation le permet.
Conditions de test : effectué à partir d’un code review Switch 2, seule console à pouvoir encore survivre sous la chaleur intensive. Mais avec modération.
Hé bien moi, j’aime beaucoup les jeux Yoshi. Je ne suis pas le seul mais je ne fais pas non plus partie de la masse qui se contente tout simplement d’ignorer les aventures du dinosaure vert à la langue bien pendue, peut-être parce qu’il y a suffisamment de platformer à bouffer chez Nintendo (et c’est vrai) peut-être aussi parce que dans son style « lent mais plein de secrets », il y a également mieux autant dans le chill (Kirby) que le défi (les deux Donkey Kong de Retro). Mais c’est toujours des petites expériences sympathiques qui ont le mérite de vouloir souvent se différencier un peu dans leur patte esthétique, surtout sur Wii U avec le laineux Wooly World. Donc l’annonce d’un nouveau jeu ne peut que faire plaisir pour se reposer l’esprit, surtout quand ça crame dehors, mais avec The Mysterious Book, il y avait un doute, un je ne sais quoi pas bien clair dans la communication qui laissait craindre que cette fois, ça n’allait pas du tout être pareil. Et effectivement…
Bon déjà bonne surprise : c’est quand même vachement beau sur le plan esthétique. Un pur style visuel autant dans les animations que le rendu qui mixe de la 3D et un superbe aspect crayonné forcément en adéquation avec le contexte (chez les platformer Nintendo, on parle plus souvent de contexte que de scénario), brillant et parvenant surtout à offrir une vraie identité là où, on peut le reconnaître aujourd’hui, Crafted World pouvait presque se faire passer pour un spin-off de Paper Mario. Bien sûr, ça n’exploite aucunement la puissance de la machine, mais c’est mignon, les bruitages sont rigolos, les musiques sont agréables et en bref, la forme va parfaitement bien avec ce que l’on a l’habitude d’attendre d’un jeu Yoshi. Mais c’est sur le fond que Nintendo va créer la surprise, aussi bonne que mauvaise selon vos goûts.
Car quel que soit votre avis sur la question, si vous y jouez, personne ne pourra nier que Yoshi and the Mysterious Book est de loin l’épisode le plus inventif de la sous-franchise. Un peu à l’instar d’un Mario 3D World ou d’un Mario Galaxy 2, chaque niveau est l’objet de nouvelles idées, un peu comme si chez Good Feel, on s’était réuni un beau matin autour d’une table, avec au bout un grand tableau représentant l’intégralité des bestioles que l’on a l’habitude de rencontrer dans les différents jeux. « Donc vous me prenez chacun une créature, et au lieu de devoir lui sauter sur la tronche, vous me trouvez une idée coopérative de gameplay avec. Et interdit de copier les uns sur les autres ! » Résultat, un nouveau jeu made in Nintendo façon Kinder Surprise où on ne sait jamais ce qui nous attend au stage suivant, et si tout n’est pas forcément très réussi, et surtout très précis selon les situations, l’objectif est parfaitement atteint et prouve qu’il y a un vrai travail de fond au-delà de la banale plate-forme.
Le problème, c’est qu’il manque un truc dans ce jeu, justement : l’aspect platformer. Et en fait oserait-on dire l’impression d’être devant un vrai jeu. On dirait que si toutes les idées sont là, il n’y avait personne pour les mettre en place dans le style de « niveau » que l’on souhaitait dans un jeu du genre, et à la place, une espèce de « tableau » généralement pas bien large (mais bien condensé) où l’on doit accomplir un objectif principal en exploitant les créatures, et des trucs plus secondaires à coté, parfois pas fastoches à deviner (surtout quand ça mixe plusieurs bestioles à un stade avancé) mais on peut débloquer avec le temps des indices. C’est très particulier. Les jeux Yoshi, surtout les derniers, réservaient parfois des niveaux un peu spéciaux sortant un peu du cadre et cette fois, il n’y a maintenant plus que ça au point de créer une sorte de manque pour la vraie formule, et une redondance devant la nouvelle et son aspect fourre-tout qui, personnellement, a fini par me lasser. Les secrets y sont moins intéressant à débusquer, la durée de vie est assez courte, et il ne faut pas espérer le moindre challenge au-delà de la recherche : on est tout simplement invincible. Très particulier encore une fois.
Conditions de test : effectué à partir d’un code review sur PlayStation 5 Pro, non sans un petit retard lié aux fériés (donc la faute des enfants, pas la mienne).
Housemarque n’a pas toujours appartenu à PlayStation, mais ça fait quand même 20 ans qu’on a tendance à les associer à eux, soit les deux-tiers de vie du studio, toujours au rapport pour des titres plein de boulettes à tendance Arcade jusqu’à l’évolution récente sur PlayStation 5, celle de la voie du rogue-lite, l’un des genres les plus prisés de la scène indé, moins pour un first-party et encore moins dans le domaine du AAA. Il y eut donc Returnal, parfaite réussite établissant d’entrée de jeu les talents de l’équipe suédoise jusqu’à pousser PlayStation à sortir le chéquier deux mois plus tard pour sécuriser la boîte (faut dire que Xbox était très carnassier à l’époque) et 5 ans après, les mecs tentent déjà de renouveler l’essai avec Saros. Et c’est en fait encore mieux.
De mémoire de joueur, et j’ai quand même une sacré liste de jeux derrière moi, rarement un « shooter » (dans le sens très large du terme) m’a fait ressentir un quelque chose dès les premières secondes de gameplay. Ce « quelque chose » au moment de simplement pousser le stick qui fait dire que l’expérience va être top. Doom 2016 assurément, Control aussi en y repensant. On ressent instantanément une maniabilité parfaite et une fluidité ultime. Du velours. Et ce n’est qu’un début avant de découvrir tout ce talent de Housemarque dans le rythme, les échanges ultra nerveux, ce système qui récompense la prise de risque en absorbant ou contrant les attaques ennemies, l’abondance rapide de « boulettes » venues de leur époque Resogun & co où les mecs faisaient déjà l’apologie des effets de particule à outrance… De la bonne grosse intro qui met dans le bain avant de crever lamentablement car nous sommes dans un rogue, et la mort est une routine à laquelle on ne peut échapper, mais ici tout de même un peu plus souvent que d’habitude.
Après le reveal du jeu, on se demandait pourquoi ne pas avoir appelé tout simplement ce jeu Returnal 2, qu’importe l’absence de lien scénaristique, et aujourd’hui on comprend pourquoi. Saros est différent et représenterait presque une sorte de second départ pour cette nouvelle voie prise par Housemarque, comprenant peut-être par sécurité financière qu’un rogue sous forme de AAA a besoin de se vendre un minimum et donc d’être assez accessible pour un public plus large. Car Returnal ne l’était pas vraiment. Bien sûr qu’on pouvait finir par y arriver puisque l’on peut arriver à tout avec de la volonté, même Sekiro (peut-être), Mais Returnal avait de gros pics de difficulté pouvant impacter les moins courageux en plus d’un principe de sessions pas vraiment courtes, et l’habituel risque de stagner un peu niveau montée en puissance à partir d’un certain point. Tout cela, Saros le corrige d’un claquement de doigts, pour le meilleur et pour le pire.
Alors attention, Saros n’est pas forcément plus facile, ou en tout cas pas toujours (y a quelques beaux pics par moment), juste qu’il élimine la majorité des frustrations. Cela passe notamment par un arbre de compétences où dépenser les sortes de points d’xp accumulés pendant un run, avec des bonus essentiel dont très rapidement la deuxième « vie » mais globalement c’est du HP/MP/XP. En cas de trépas, il y a bien évidemment un pourcentage de perte du gain mais qu’importe, si vous avez tapez un bon run, vous aurez quand même l’impression d’être devenu plus puissant avec cette envie immédiate d’y revenir, qu’importe le mur qu’il y a eu en face. Qui plus est, le rythme de chaque run étant dantesque, il m’est arrivé de vouloir taper une session rapide pour finalement enchaîner 2h30 non stop à en avoir les yeux qui piquent, et le soupir face à l’heure trop tardive pour en remettre une cartouche.
Le débat est donc ouvert sur l’identité même d’un rogue car évidemment, en adoptant une pression moindre face à l’échec et une augmentation en puissance plus poussée, on gagne en rythme (et de manière folle) ce que l’on est susceptible de perdre en sentiment d’accomplissement. Ça ne lui enlève pas le statut du genre lui-même, jusqu’il entrouvre plus grand la porte d’une nouvelle école tout aussi intéressante et répondant aux besoins d’un autre public (et pourquoi pas aussi le même, ne soyons pas fermés). Qui plus est, des options sont bien présentes pour modeler un peu la difficulté avec très rapidement la mise en place d’un modulateur à bonus/malus dont on ne peut abuser des effets. Mais la plus grande différence avec bien des concurrents (Returnal inclus d’ailleurs) vient probablement de la progression. Avant, chaque run imposait le même point de départ et un cheminement, possiblement de plus en plus rapide, entre les différents biomes jusqu’au final. Saros fait lui le choix de points de téléportation au début de chaque biome, sans rendre forcément les choses plus faciles et c’est même l’inverse selon votre envie : vous gagnez du temps (et serez quoi qu’il arrive plus puissant qu’au moment de votre précédente mort) mais débuter du début, à l’ancienne, c’est donc une route vers davantage de bonus une fois revenu au mur précédent, surtout que le personnage obtient petit à petit de nouvelles aptitudes (dont un grappin) pour aller piocher des trucs auparavant inaccessibles.
C’est grisant. C’est même incroyablement grisant et ce Saros valide décidément une année déjà pleine de belles surprises alors que nous ne sommes qu’en mai. On peut néanmoins lui reprocher des choses, comme un scénario certes beaucoup plus intéressant que prévu, avec doublage FR (notez bien ça, en face…), mais à la mise en scène d’un RPG Bethesda. Alors oui, ce n’est pas la grande spécialité de Housemarque, des anciens de trips très arcade, mais c’est en revanche totalement celle de Sony donc c’est toujours dommage pour un représentant de plus en plus important des PlayStation Studios. Le jeu se rattrape en revanche sur son ambiance sonore et surtout visuelle, et si certes les « blocs » de biomes ne sont pas aussi variés d’un bout à l’autre, c’est parce que chacun possède une version « Eclipse » (parfois obligatoire, parfois disons moins) où la difficulté est boostée autant par la puissance des ennemis que le risque de corruption, mais pour de meilleures récompenses « d’xp ». Et surtout quelle très jolie DA, servant aussi bien le plaisir des yeux que la narration.
Au final en y regardant de plus près, d’autres éléments éloignent Saros du rogue standard, le genre étant tellement prisé qu’il ne peut que muter comme celui des Soulsborne. L’aléatoire notamment. Il est présent, mais pas de manière aussi invasif autant pour les bonus que le matos lui-même. On pourra justement lui reprocher de ne pas proposer beaucoup d’armes différentes (de toute façon, on privilégiera l’espèce de lance-fléchettes dès que possible, et surtout pas le pompe). Mais là encore, cet éloignement de la génération aléatoire, néanmoins présente, pour quelque chose de plus stable valide encore cette tentative de proposer sa propre école puisqu’il est impossible de louper totalement un run par la faute à pas de bol (= le loot pourri). Les hardcore du genre pourront s’y amuser en rechignant un peu d’avoir tout torché en moins de 30h, mais la réussite est là pour un nouveau public tant Saros représente peut-être la meilleure porte d’entrée au genre. Et en AAA.
Conditions de test : effectué sur PlayStation 5 Pro à partir d’un code review.
Je suis du genre mauvaise langue, aussi bien à cause de la sagesse que l’âge, donc Pragmata, je n’y croyais évidemment pas, et je ne parle pas de la qualité du jeu mais juste de son existence tant depuis son annonce il y a déjà 6 ans, Capcom semblait être reparti pour nous faire une Deep Down. Mais le miracle a eu lieu et l’éditeur est donc ENFIN parvenu à pondre une nouvelle licence AAA, quelque chose qui ne lui était pas arrivé depuis Dragon’s Dogma en 2012, car il faut le dire, Kunitsu-Gami et Exoprimal, c’était rigolo, mais c’est surtout un peu oublié et personne ne nous en voudra tant c’était destiné à être de simples tentatives sans trop y croire commercialement (ce fut d’ailleurs deux flops). Par contre pour Pragmata, on croise déjà les doigts pour un minimum de ventes tant les développeurs méritent que l’on s’attarde sur leur nouveau bébé.
Nous incarnons ici Hugh, un mâle blanc accessoirement spationaute qui vient enquêter sur une base lunaire suite à un possible problème (spoil : il y a bien un problème), et après une rapide série d’événements qui vous laisse quasiment pour mort, vous êtes sauvé par « Diana », une androïde aux allures de petite fille, amnésique dans un premier temps pour ne pas foutre en l’air le scénario. Et là, comme les bande-annonces l’indiquaient, va très vite s’amorcer une adorable relation type père/fille qui il faut bien l’avouer fonctionne parfaitement. C’est narrativement vu et revu mais qu’importe, ça fonctionne, parce que Hugh a tout du mec cool qui évite de se poser des questions quand il s’agit de sauver quelqu’un, robot ou pas, et Diana est juste l’innocence incarnée avec sa bouille adorable. Bon elle parle trop même in-game, mais on fait avec.
En revanche et c’est le premier défaut que l’on doit pointer : le scénario est incroyablement convenu et même sans aucune surprise tant le principal plot twist est tellement obvious qu’on le devine 3h avant. C’est dommage car avec un tel changement de cadre par rapport aux habitudes de Capcom, il y avait un truc à tenter mais la seule originalité viendra donc du contexte scénaristique, celui d’un futur proche où un upgrade de la technologie a permis de mettre au point de gigantesques imprimantes 3D capable de fournir des robots en un claquement de doigts, et même une ville entière si besoin. Malheureusement là encore, sorti de la ville justement (que tout le monde a déjà vu en partie dans les présentations de gameplay), Pragmata ne brille pas vraiment dans ses décors qu’ils soient en intérieur ou extérieur. C’est beau, et encore heureux avec le RE Engine, mais on n’est jamais surpris si ce n’est par le 60FPS ultra stable même quand les effets se déchaînent à l’écran, avec tout de même une petite mention pour la DA des ennemis où l’on sent que les mecs ont voulu se faire plaisir à plus d’un moment.
Heureusement, Pragmata a d’autres qualités et parmi elle son excellent rythme. C’est bien simple, hormis de rares séquences où Hugh/Diana se posent un peu, il n’y a quasiment aucun temps mort grâce à un mélange parfaitement dosé entre combats, exploration et micro-puzzle. Un rythme il faut le dire aussi bien aidé par le level-design se voulant assez linéaire et de toute façon sans risque de se perdre vu que l’expérience est d’une certaine façon chapitrée en une demi-douzaine de niveaux que l’on peut revisiter une fois obtenu certaines capacités pour chopper des collectibles majoritairement utiles dans le Hub. Car le Hub, on y reviendra souvent (chaque checkpoint est un téléporteur pour y retourner) pour booster nos stats et la puissance de chaque élément de notre équipement, en plus de renforcer notre relation avec Diana (on débloque des dessins, wouhou), obtenir des skins sans payer et se lancer dans des missions défis de quelques dizaines de secondes, pas bien difficiles mais parfois vachement rageantes (celle où il ne faut surtout pas se faire attraper par des ennemis invisibles, comment vous dire à quel point je n’avais pas autant contenu mes nerfs depuis des années).
On ne peut néanmoins cacher que Pragmata serait jugé passable s’il se contentait de cela, comme si Capcom n’osait pas non plus aller trop loin pour éviter le moindre faux pas. Ce n’est pas un bête Resident Evil dans l’espace comme pouvait l’être considéré Dead Space à une époque, mais on s’étonne néanmoins que passé quelques phases à gravité légèrement réduite, absolument rien ne fait dans la prise de risque si ce n’est évidemment ce fameux gameplay hacking sur lequel va entièrement se reposer l’originalité. Vous savez à quoi vous attendre vu les nombreux trailers mais c’est vraiment manette en main que l’on comprend tout l’intérêt de ce système réclamant, comme un Helldivers II d’une certaine façon (histoire de citer un jeu joué par des millions de personnes), de combattre et se mouvoir tout en devant simultanément résoudre un petit puzzle (obligatoire pour briser la défense d’un ennemi pour ensuite le shooter). C’est simpliste à prendre en main, ce qui ne va pas empêcher de s’emmêler les pinceaux à plus d’une reprise mais c’est oserait-on dire le but, du moins jusqu’à ce que l’on maîtrise de plus en plus les choses au point de devenir un automatisme.
Qui plus est, si l’on peut encore une fois reprocher à Pragmata d’être classique même dans le renouvellement de ses situations, il en est tout autre des combats. Rien que par le hacking, le système ne fait qu’évoluer d’un bout à l’autre du jeu avec de nouvelles fonctionnalités et des bonus comme affaiblir plusieurs ennemis d’un coup ou les faire se retourner les uns contre les autres, et il en est de même pour le matos avec les armes classiques, les spéciales et les choses d’appoint comme le leurre temporaire pour occuper les vilains. Après on n’ira pas jusqu’à parler de build (hormis pour les modules à équiper en nombre très limité malgré une liste grandissante) pour la bonne et simple raison que tout ce que vous avez en main a des munitions très limitées, hormis votre arme principale soumise à la surchauffe. Le jeu nous invite pourtant à balancer la sauce dès que l’occasion se présente, déjà parce qu’on trouve constamment de l’équipement au sol, et aussi parce qu’en cas de problème, un simple passage au Hub permet de nous recharger. Le jeu aurait d’ailleurs pu nous épargner quelques allers-retours en nous permettant de nous rééquiper directement à chaque checkpoint, mais bon.
Il vous faudra plus ou moins une douzaine d’heures pour parvenir aux crédits de fin, la variable étant évidemment là entre l’envie de faire toutes les zones à 100 % ainsi que l’intégralité des médailles des nombreuses missions défis (là vous pouvez grimper à 16h de jeu), tandis que vous descendrez à 8h en ligne droite et sans trop suer vu que le jeu est tout de même relativement facile à quelques pics près, et il est d’ailleurs dommage que le mode « Difficile » ne soit pas accessible sans avoir terminé le jeu une première fois. A ce propos, il y a un vrai intérêt à relancer un run par la présence d’une option NG+ vous épargnant ce que vous avez déjà fait, mais ouvrant la porte à quelques sympathiques bonus dont on ne dira rien, et même une dizaine de missions supplémentaires pour motiver à l’investissement.
Conditions de test : effectué sur PlayStation 5 Pro à partir d’un code review, sans aucun regret sur tout ce temps passé à ses côtés.
Crimson Desert est disponible depuis bientôt un mois donc je n’aurais pas l’audace d’user de mes phalanges pour vous détailler chaque point d’un jeu que désormais tout le monde connaît, déjà par ceux qui y jouent depuis des dizaines d’heures, quand certains autres continuent de le regarder d’un œil curieux. Il faut dire que l’on est ici dans un cas très particulier. Pour chaque jeu ou presque, tout le monde peut y aller de son avis voguant du GOTY à la bouse immonde, des mots du professionnels au simple joueur, chacun avec une objectivité assez relative, mais rares sont les jeux à avoir autant diviser que Crimson Desert, non pas par un simple découpage de qualités/défauts mais bien dans l’intérêt que certains y portent quand d’autres ont eu du mal à le trouver. Mais déjà, c’est quoi exactement Crimson Desert ?
Pour faire simple, vous prenez du Zelda Breath of the Wild, du Assassin’s Creed et du Red Dead Redemption 2, et vous secouez le tout pour étaler ça sur une map tellement énorme que communs sont qui ont passé plus de 50 heures sans même avoir quitté la première région. Et lorsqu’on prend les choses de loin, il n’y a rien de vraiment difficile à saisir. Vous incarnez Kliff, membre du clan des Crinières Grises lâchement assassiné par un méchant balaise suite à une bataille visiblement perdue d’avance, mais vous ressuscitez peu de temps après grâce à une force mystérieuse qui a besoin de vous autant que l’inverse. Le début du jeu sera donc de saisir le pourquoi du comment, pour ensuite retrouver vos compagnons, rétablir votre clan (et votre « camp ») puis viendra le moment d’aborder les choses sérieuses. Donc pour certains après plus de 100h de jeu, faut être prêt pour l’investissement.
Et pour la deuxième fois, Crimson Desert est finalement bien moins obscur que ce que certains pouvaient laisser entendre. C’est un immense monde ouvert où l’on peut se perdre durant des heures à faire des choses totalement annexes mais la structure principale est des plus limpides (à quelques énigmes près) : des missions principales, des missions secondaires de x factions ou plus random (genre primes), des combats plein de parades et d’esquive, un (gros) paquet de boss et un personnage qui augmentera en puissance exclusivement par le build, que ce soit la puissance de son équipement (que l’on peut booster à la forge ou avec des orbes de bonus) et un arbre de compétences (incluant l’augmentation de PV/MP/Endurance). Et pour accéder à tout cela, il faut de la thune, des matériaux à loot et des orbes à chopper en déboîtant des gueules et en terminant de petits défis, que ce soit en faisant des actions particulières ou en résolvant des micro-puzzles éparpillées sur la map façon sanctuaires de BOTW. En vrai, y a quoi de dur ? Hormis potentiellement le début ?
Crimson Desert peut se montrer très brutal durant les premières heures, beaucoup l’ont relevé, mais avec le recul, on se rend compte que la faute ne vient pas du jeu, ou en tout cas pas totalement, mais de mauvaises habitudes que l’on a acquises depuis bien longtemps. Concrètement, on pourrait dire qu’il existe deux types de jeu. Il y a ceux qui vont se la jouer faussement ouvert en nous enfermant dans une ligne plus ou moins droite pour mieux distiller les éléments essentiels au fur et à mesure, et il y a ceux qui vont très rapidement vous donner le plus important en vous expliquant comment faire avant de vous laisser découvrir comment exploiter tout cela de manière totalement libre. Le problème de Crimson Desert, c’est que dans un élan de non-binarité oserait-on dire, il fut incapable de s’identifier comme l’un ou l’autre, préférant faire les deux en même temps. Ça veut dire quoi ? Hé bien imaginez un J-RPG quelconque. A un moment du scénario principal, il va vous proposer de faire de la cuisine (en gros c’est l’instant tuto), pour que seulement après cela, vous serez libre de faire la popote quand vous le souhaitez. Ici, pour faire simple, vous pouvez le faire dès le départ et qu’importe si le tuto n’arrive que plus tard. Et c’est là où beaucoup se sont sentis perdus car cette façon de faire concerne un paquet d’éléments du jeu.
Donc voilà, dans bien des cas, lorsque vous faîtes face à un élément du gameplay que vous ne comprenez pas, ce n’est pas parce que vous êtes trop cons ou que le jeu ne vous explique pas les choses, c’est juste qu’il ne vous l’a pas encore expliqué. D’un côté on comprend l’envie pour les développeurs de vouloir laisser le joueur majoritairement libre et très rapidement, mais de l’autre, cela donnera souvent des situations où au détour d’une simple quête annexe, on va vous expliquer un truc que vous aviez parfaitement compris de vous-même (ou avec l’aide du net) 30 heures avant. Donc bref, chacun fera son choix dans la découverte du gigantesque monde à disposition mais si j’avais un conseil à vous donner, évitez de trop vous éparpiller, faites juste en sorte d’avoir un matos un minimum forgé et de la bouffe en stock, et attendez de commencer à développer votre camp pour seulement là embrasser la liberté.
Mais quel que soit votre façon de faire, vous ne pourrez être qu’impressionné par le travail fourni par Pearl Abyss en matière d’exploration. On s’y perd et on prend plaisir à s’y perdre, certes parfois avec cette sensation de ne pas avoir accompli grand-chose après une longue session, mais il y a cette envie d’y retourner et d’en voir toujours plus, le jeu parvenant justement à distiller ses ajouts et ses surprises, peut-être même parfois un peu trop quand on se rend compte qu’on peut limite découvrir certaines choses au bout de 100h (alors que ça aurait pu être vachement utile avant si on avait pensé à s’y attarder). Certains reprocheront néanmoins que les récompenses ne sont pas toujours à la hauteur, notamment au niveau de l’équipement lorsque l’on finit par comprendre que tout se vaut à quelques variables près (au final, c’est le skin la vraie récompense) mais d’un autre côté, maxer une simple pièce d’équipement demande un tel investissement que l’on aurait soufflé à l’idée de devoir recommencer à chaque coffre ouvert.
J’oserais dire que même s’il ne marquera pas autant son temps qu’un The Witcher 3 ou Zelda BOTW pour le citer une nouvelle fois, nous aurons quand même « un avant un après » Crimson Desert, ne serait-ce que par la comparaison naturelle qui se fera à l’avenir sur certains titres. Je n’estime à aucun moment qu’il en fait trop sur sa proposition (bon allez, le Housing, c’est vraiment très accessoire en fait…), juste qu’il se montre maladroit dans ses intentions, et cela se remarque notamment dans les combats de boss dont les victoires ne donnent que rarement pleine satisfaction. On dirait du Soulsborne, de loin, mais les pattern sont tellement imbitables qu’il faut souvent se la jouer gros bourrin, et quand bien même on aimerait miser sur la méthode du skill ou de la réflexion (certains imposant telle ou telle façon de faire), à quoi bon se prendre la tête dans un jeu qui ne limite jamais le soin/la bouffe dans son inventaire ?
Mais ce qui empêchera définitivement Crimson Desert de briller parmi les plus grands, et je dirais même d’avoir mis tout le monde d’accord d’entrée de jeu malgré ses aléas majoritairement corrigés dans les rapides mises à jour, c’est (et beaucoup le savent désormais) sa narration tout simplement pitoyable. Le pire c’est qu’il faut pourtant reconnaître que le jeu fourni des efforts ignorés par d’autres (hello Bethesda), avec de vraies animations durant une bonne partie des dialogues. On sent à plus d’un moment que ça veut se la jouer Rockstar dans la mise en scène de simples échanges, mais l’écriture est standard, le scénario bien trop étiré pour y accorder le moindre rythme, et surtout, c’est peut-être le pire, il ne se dégage rien de 99 % du casting. Ça essaye, surtout avec nos compagnons, mais on oublie tout dès que la cinématique se termine, peut-être aussi parce que toutes les mimiques du monde ne peuvent donner une vraie personnalité, d’où un héros tout simplement random, et deux autres personnages jouables qui le sont tout autant au point que la majorité se contentera d’ignorer leurs existences en dehors de rares moments obligatoires. Et ça, toutes les mises à jour du monde n’y changeront rien…
Conditions de test : effectué à partir d’un code review à un rythme très lent, déjà parce que c’est voulu, aussi parce que madame a squatté le jeu en estimant, et sans donner d’argument, avoir la priorité.
Au-delà de la collectionnite, le concept même de Pokémon et de ses multiples créatures aux compétences diverses ouvre à la franchise toutes les portes possibles. Et la Pokémon Company n’a pas hésité à franchir la plupart. On a eu de la baston, du MOBA, du puzzle-game, du temps réel et même du jeu narratif comme du safari-like, et pendant que le peuple se demande pourquoi personne n’a proposé l’idée d’un Party Game dédié ou même du Kart, voilà qu’on nous pond un cosy-game. Presque logique tant le genre est populaire et totalement justifié scénaristiquement : pourquoi il y aurait encore des combats de pokémons sur un territoire où il n’y a plus d’humains pour les exploiter ? La PETA valide.
Donc nous voilà catapulté sur une île à moitié déserte et surtout à moitié en ruine. Que s’est-il passé ? C’est secondaire mais néanmoins à découvrir au fil du temps majoritairement dans de simples documents pour bien montrer que la narration, même présente, n’est pas le cœur du jeu. Nous incarnons ici un simple Metamorph qui ne se souvient pas de grand-chose de son passé si ce n’est la gueule de son dresseur, lui permettant par souvenir de se métamorphoser en ce dernier (c’est là que vous créez votre avatar en gros). Quelques pas vous feront croiser la route d’un Bouldeneu en mode professeur, et la « collaboration » (en vrai, il ne va pas foutre grand-chose à part vous donner des conseils) va naître pour redonner vie aux différents biomes de cette île, attirer de nouveaux plein de bestioles et ainsi vivre en parfaite harmonie sans apprentis dresseurs pour faire chier le monde à beugler des ordres.
Pokopia est le jeu typique aux bases simples mais qui vont sans cesse gagner en profondeur à coups de possibilités. En vérité il n’y a jamais de grandes surprises, si ce n’est l’excellente exploitation de la franchise à partir des bases posées par un Dragon Quest Builders de la même équipe. On est loin d’un simple jeu d’exploration et de construction (même si c’est très présent, évidemment), car le jeu s’amuse constamment à ajouter des surcouches à la fois en vous prenant la main tout en laissant une liberté. L’un des points centraux reste la découverte de nouvelles bestioles en leur créant un style d’habitacle garantissant un meilleur taux de spawn, avec en exemple simple un banc à côté d’un sac de frappe qui va attirer un Tygnon. Et une nouvelle bestiole, c’est aussi l’ouverture de quêtes pour améliorer son confort à partir de quelques indices, mais aussi potentiellement une nouvelle compétence que Metamorph pourra copier pour exploiter les éléments, couper, détruire, construire, nager, etc.
Très rapidement, on a à peine entrevu le premier biome que l’on se sent soudainement débordé par le nombre de choses à faire jusqu’à comprendre que cette pression, on se la met tout seul. Pokémon Pokopia est un jeu 100 % chill et il n’y a aucune difficulté. L’expérience invite à prendre son temps et à ne jamais se presser sur quoi que ce soit. Les défis se renouvellent constamment, le semblant de fil rouge peut tout à fait attendre et un copain sera tout aussi heureux si vous accomplissez sa requête dans les 5 minutes ou 2 semaines après. Vous choisissez votre façon de progresser, et que vous optiez pour des sessions allant de 15 ou 20 minutes à une soirée entière, rien ne gâchera l’expérience et rien ne sera frustrant, si ce n’est à la rigueur le besoin d’attendre plusieurs heures (temps réel) pour valider certaines constructions plus massifs que la moyenne, mais ce n’est pas comme s’il n’y avait pas une tonne de choses à faire en attendant.
Ceux qui voudront se contenter d’une ligne plus ou moins droite en auront pour une trentaine d’heures, ce qui est déjà un bon investissement pour s’occuper en attendant les beaux jours, tandis qu’il est impossible d’estimer convenablement le temps que vous bouffera ce jeu si vous êtes fans du genre. Les services et défis sont majoritairement faciles à accomplir, mais rien ne vous empêche de pousser à fond les possibilités de construction et décorations avec toujours plus d’éléments à débloquer chaque jour, intérieurs comme extérieurs, et tout cela sans compter les Îles Rêves (spots à farm, avec créatures trèèèès rares, que l’on peut visiter quotidiennement), les Îles Nuages (équivalent du mode créatif à 4 joueurs en ligne) et même une simple zone toute vierge pour tout faire à votre convenance.
Bref, Pokémon Pokopia trouvera sans mal son public, de toute façon c’est déjà le cas, et c’est assez mérité car encore une fois, sans révolutionner le genre lui-même, il répond aux principales attentes que l’on peut se faire du genre. Alors bien sûr, on pourrait dire que le jeu vivra dans l’ombre d’un Animal Crossing infiniment plus profond sur l’aspect social avec les PNJ, et il y aura toujours la team estimant qu’il était tout à fait possible d’offrir un peu d’action comme Dragon Quest Builders 2, mais plutôt que de reprocher au jeu ce qu’il ne comptait pas faire, on peut néanmoins pointer de vrais défauts, autant pour le genre (map pas très claire, des imprécisions sur certaines compétences, absence de vue à la première personne qui aurait pu être très pratique en construction…) que pour la licence elle-même : pourquoi pas de shiny les mecs ???