L'excitation en roue libre...
Quand on replonge dans la ludothèque de la NES, il y a des noms qui résonnent comme des échos sacrés de notre enfance. Excitebike est de ceux-là. Sorti en 1984 au Japon pour accompagner les débuts de la Famicom, ce titre est instantanément devenu l’un des fers de lance de Nintendo. Un jeu que tout le monde a croisé au moins une fois dans sa vie de joueur, et qui trimballe avec lui une aura de classique absolu.
Mais qu'en est-il aujourd'hui, une fois la nostalgie mise de côté ?
Le visuel PAL
Une dream team à la genèse du mythe
Pour comprendre l'importance d'Excitebike, il faut regarder qui est installé aux commandes du jeu à l'époque. Nintendo veut frapper fort et confie le projet à sa division R&D1, chapeautée par un certain Shigeru Miyamoto. Pour la programmation, il s'associe à Toshihiko Nakago et son studio SRD.
C’est une collaboration historique : les deux hommes testent ici des technologies de défilement d'écran (scrolling) horizontal et des calculs de trajectoires qui serviront, à peine quelques mois plus tard, à donner naissance au légendaire Super Mario Bros.. Pour l'époque, voir cette petite moto rouge bondir sur des bosses en relief avec une telle fluidité, c’était une véritable prouesse technique. Le jeu cartonne, s'exporte partout dans le monde et pose les bases du genre.
Un gameplay pointu... puis la douche froide
Au départ, on lance le jeu avec un grand sourire. On a le choix entre courir seul contre le chrono ou défier d'autres motards sur la piste. (A ce sujet ce sont 2 modes Time Attack, les adversaires sont juste là pour faire rager, les 2 modes sont des "contre la montre" quoi qu'il arrive). On saisit la manette NES, et on découvre un système de jeu etonnament profond, voyez plutôt :
- Le bouton A sert à accélérer normalement.
- Le bouton B sert à enclencher le turbo, indispensable pour franchir les plus gros obstacles.
- La croix directionnelle permet de gérer l'inclinaison de la moto dans les airs et d'assurer une réception parfaite.
Les premières pistes s'enchaînent bien, on s'amuse à dompter la physique des sauts. Et puis, très vite, le vernis craque. C'est là que la frustration commence à s'installer, sournoisement.
On réalise rapidement que la jauge de température du turbo grimpe à une vitesse folle. Si vous avez le malheur de la laisser déborder, la moto s'arrête net sur le bas-côté. Vous êtes alors spectateur forcé de votre propre échec pendant de longues secondes, à attendre que le moteur refroidisse. Et là le fun commence déjà à recevoir un premier coup de pied dans les bijous de famille...
C'est raide tout ça...
C’est à ce moment précis qu’Excitebike révèle sa vraie nature. Ce n'est pas un jeu d'arcade fun et permissif, c'est une simulation rigide et punitive. Y jouer aujourd'hui, c'est comme essayer de piloter une magnifique voiture de collection de 1984 : c'est super beau à regarder, c'est la classe à l'ancienne, mais il n'y a pas d'ABS, pas de direction assistée, l'embrayage est dur comme du bois et il n'y a pas de clim sous la canicule (histoire d'être raccord avec l'actualité).
Le moindre pixel d'écart lors d'une réception de saut vous envoie directement dans le décor. Et là, c'est le drame : vous devez marteler les boutons comme un bourrin pour que votre petit pilote court à pied récupérer sa bécane, pendant que les secondes s'envolent. L'inertie est lourde, les collisions avec les adversaires gérés par l'IA sont ultra-rageantes, et le manque de souplesse global transforme rapidement ce qui devait être une partie de plaisir en un véritable exercice de try-hard stérile.
Le fameux "Design Mode" (qui permet de créer ses propres circuits) était une révolution pour l'époque, mais il ne suffit pas à sauver l'expérience de jeu quand la physique elle-même devient un calvaire à gérer.
Range ta moto, frérot
Excitebike mérite amplement sa place au panthéon du jeu vidéo pour ce qu'il a apporté à l'industrie et pour la carrière incroyable qu'il a initiée (notamment ses caméos réguliers dans Mario Kart). Mais manette en main, le constat est cruel : le jeu m'est littéralement tombé des mains ! Passés les trois premiers circuits et l'effet nostalgie, la rigidité globale et la frustration permanente prennent le dessus sur le fun. À réserver donc aux historiens du pixel ou aux téméraires du chrono ; pour ma part, j'ai besoin d'un minimum de confort pour m'amuser.
Fiche technique: Titre: Excitebike Développeur: Nintendo R&D1 Editeur: Nintendo Genre: Course Année: 1984 Autres supports: Arcade, e-Reader, 3DS, Famicom Disk System, Game Boy Advance, Switch, NEC PC88, Sharp X1 Nombre de joueur(s): 1 Localisation: