Né le 27 avril 1966, Yoshihiro Togashi est un mangaka qui a acquis une grande renommée grâce à ses deux séries shōnen, Yû Yû Hakusho et Hunter x Hunter. Le mari de Naoko Takeuchi, (Sailor Moon) commence à dessiner en 1986 plusieurs histoires courtes, telles que Sensei wa toshishita et Jura no mizuki, mais il se distingue réellement en 1987 en remportant le 34e grand prix Tezuka à l'âge de 20 ans.
Plus tard, Yoshihiro Togashi publie un manga sur le thème de l'amour intitulé Ten de Shouwaru Cupid, une œuvre qui laisse des souvenirs d'échec à l’auteur, cette échec laissera place au succès en 1990 avec la publication de Yû Yû Hakusho, un shōnen qui a laissé une empreinte indélébile sur toute une génération de jeunes lecteurs.
Yoshihiro Togashi : « Avec le manga sur le thème de l'amour, j'avais l'impression de m'être attaqué à une tâche trop difficile, car j'essayais de faire quelque chose qui dépassait mes capacités. Pour ma prochaine œuvre, je voulais donc travailler sur quelque chose qui me plaisait vraiment et qui pourrait gagner en popularité. Finalement, j'ai réalisé que ce serait un manga sur le thème des combats. Après tout, les combats sont un élément incontournable des histoires de Shonen Jump. J'ai donc décidé de tenter ma chance dans ce domaine pour voir ce que cela donnerait. »
Yû Yû Hakusho raconte les aventures de Yusuke, un collégien qui passe son temps à sécher les cours et à se battre avec d'autres voyous. Pourtant, il va surprendre tout le monde en se sacrifiant pour sauver un enfant d'un accident de voiture. Les autorités célestes n'ayant pas anticipé son acte héroïque, il se retrouve sans place dans l'au-delà. Il lui est alors proposé de retrouver son corps s'il parvient à réussir une épreuve particulière. C'est ainsi que débute l'histoire de ce détective spirituel, qui se satisfait de mener de modestes bonnes actions pour aider les esprits à atteindre le paradis.
Ce manga au allure de furyo proposant plusieurs histoires courtes se transforme au fur et mesure en un bon gros shōnen de baston. Cette œuvre, qui fut adaptée, en anime et en live action propose une narration maîtrisée, des idées plutôt originales et des personnages à la fois attachants et charismatiques, il était inévitable que ce titre devienne un succès.
« Yu Yu Hakusho » était censé être un manga de combat, mais il n'y avait pas de combats au début à la place, il y avait de belles histoires touchantes. Mon supérieur n'était pas à l'aise avec cette idée, car c'était mon premier manga de combat. Il m'a donc demandé de commencer par une « belle histoire » et de passer aux combats à partir du 30e volume environ. J'ai accepté afin d'obtenir le feu vert. »
Bien qu'il soit difficile pour lui de garantir que les chapitres seront terminés à un rythme régulier, l'auteur souhaite avoir le contrôle sur son œuvre et conclut sa série de manière assez inattendue.
« Évidemment, j'apporte beaucoup de ma propre touche personnelle dans les mangas que j'écris, mais je veille également à y ajouter certains des éléments traditionnels qui font du Shōnen Jump ce qu'il est. Donc, quand je dis que je veux arrêter d'écrire des mangas, c'est très différent de quand un véritable génie comme Akira Toriyama annonce la même chose. Je suppose que c'était un peu froid de ma part de le dire comme ça (rires), mais c'est vraiment ce que je pensais à l'époque. Après cela, mon objectif était de créer un manga qui soit vraiment irremplaçable. »
Togashi continue avec le manga Level E, une œuvre composée de récits courts mettant en scène des extraterrestres vivant sur Terre, présentée dans un style graphique nettement plus réaliste, tout en affichant un humour plus accentué. Chaque volume dépeint une histoire indépendante avec des personnages différents.
« Je voulais montrer aux lecteurs quelque chose que je n'avais pas pu leur offrir dans mes œuvres précédentes, en leur prouvant que j'étais capable de construire une histoire et de la mener à bien sans laisser de détails en suspens. Pour que les lecteurs puissent découvrir quelque chose que j'aurais moi-même envie de lire, je devais rompre avec le moule dans lequel j'étais catalogué en tant que mangaka et leur montrer quelque chose de complètement différent de « Yu Yu Hakusho ».
Sa prochaine série Hunter X hunter, est dominé par une imprévisibilité peu commune dans les Shōnen, en observant les sondages des lecteurs pendant la dernière partie de Yû Yû Hakusho, il en conclut que les titres populaires étaient soit des mangas de sports, soit des mangas de combat avec un vainqueur et un vaincu, de cette conclusion est née un nouveau manga atypique.
Cette nouvelle histoire démarre sur l’île de la Baleine ou vit Gon Freecss, ce jeune garçon de 12 ans quitte son île natale pour devenir Hunter et ainsi espérer retrouver son père disparu.
Au cours de son périple, Gon va se lier d'amitié avec trois autres personnages principaux, Kurapika, Léolio et Kirua qui ensemble vont connaître de multiples aventures, surmontant des défis qui les feront progresser tout au long de la série.
Togashi décrit notamment comment il a eu l’idée du protagoniste Gon :
« Au départ, j’ai voulu faire en sorte que Gon soit un bon garçon qui dominerait les sondages tels qu’un « Personnage que vous voudriez avoir comme fils » mais alors que la publication approchait, ou du moins pendant que j’étais sur les travaux préparatoires, j’ai senti que ça ne lui correspondait pas trop. Un garçon qui abandonnerait sa mère adoptive pour devenir un Hunter n’est pas vraiment un bon garçon, n’est-ce pas ? C’est là que j’ai commencé à penser : « Celui là, c’est un gamin complètement fou !. ». Cependant, je ne pouvais pas y faire grand chose. Après tout, c’est une façon de réagir assez normale pour un garçon qui a été abandonné par son père pour devenir un Hunter. C’est un personnage qui s’est créé naturellement. »
« Si j’avais fait de mon protagoniste un « garçon propre sur lui » et que je l’avais lancé dans un manga de combat, il y aurait eu des soucis pour le mettre en scène lorsqu’il aurait voulu en découdre. Pourtant, ça aurait pu être une histoire amusante à écrire, mais j’ai pensé que ce n’était pas ce que voulais faire avec Hunter. Je ne voulais pas brusquer le lecteur qui venait lire des combats. En faisant de mon héros, Gon, un « gamin fou », j’ai pu écrire des combats sans avoir à représenter les conflits moraux du personnage. »
Pour créer ces personnages, Togashi s’inspire notamment de plusieurs mangas, romans, et films qu’il a vu, mais aussi de musiques, de plusieurs personnages historiques, d’artistes et d’athlètes. Pour créer l’apparence de Kirua, l’auteur, s'est inspiré de l'artiste Kuroyume et de son clip « Shounen », ainsi que les travaux du mangaka Atsushi Kamijō et du manga MPD Psycho, écrit par Eiji Otsuka et illustré par Sho-u Tajima.
Hunter X Hunter se distingue par sa narration élaborée et sa capacité à renverser les conventions du shōnen traditionnel, tout en explorant la profondeur psychologique de ses personnages, abordant par la même occasion des thèmes matures et en proposant des combats ingénieux centrés sur le Nen. Togashi demeure un expert dans son domaine, il explique par ailleurs comment il a développé le contexte de l'histoire en réalisant trois story-boards :
« Une fois que j'ai eu une idée générale du cadre (une histoire dans un autre monde qui se concentre sur la profession de Hunter), j'ai senti que je pouvais continuer l'histoire aussi longtemps que je le souhaitais. J'ai donc décidé que l'objectif de la série serait de « continuer aussi longtemps que possible » et qu'elle devrait commencer par le personnage principal passant l'examen de Hunter. Au début de la série, j'ai décidé d'écrire trois storyboards et une scène où le personnage principal échoue à l'examen et où l'histoire fait un bond en avant d'un à plusieurs années dans le futur. Je n'ai décidé du contenu de l'examen qu'à la veille du début de la série, car je voulais profiter du fait de ne pas savoir ce qui allait se passer. Finalement, après en avoir discuté avec mon éditeur, l'idée que Gon échoue à l'examen a été rejetée.
Cependant, j'avais déjà décidé que les fondements de l'histoire, l'ami (Kirua) et le méchant (Hisoka), apparaîtraient au début de l'examen. Je décide d'abord de ce qui doit être fait en termes de structure narrative, puis je travaille sur les détails avec un grand sentiment d'urgence jusqu'à la dernière minute. À cet égard, j'avais une idée approximative du déroulement de l'histoire, mais comme l'idée du saut dans le temps avait été rejetée, j'ai dû dessiner la partie juste avant et réviser mes plans initiaux. Je me souviens que je n'ai probablement pas pu terminer le manuscrit cette semaine-là. »
Une des forces de l’œuvre réside aussi dans ces personnages complexes, Togashi classe chaque détail de ces personnages en trois catégories :
En premier l'apparence, en second la personnalité et en troisième les circonstances, qui sont déterminées sans un ordre particulier dans le déroulement du récit, pour Kirua, l'auteur envisageait déjà qu'il soit un ami de Gon. Ses "circonstances" se définissent de manière approximative par ses capacités physiques hors du commun et le fait qu'il provienne d'une famille d'assassins. Son "apparence" a été façonnée pour s'adapter à ces circonstances et à son histoire, tandis que sa "personnalité" a été influencée par les échanges qu'il a eus avec Gon et les deux autres personnages.
« La référence la plus utile pour (2) la personnalité est « placer les personnages dans des scènes et des situations que je crée moi-même ». Même si j'ai une idée approximative de la personnalité des personnages, ils font souvent quelque chose de différent de ce à quoi je m'attendais lorsque je les fais interagir entre eux dans des situations spécifiques. Par exemple, même si un personnage est défini comme ayant « un sens aigu de la justice », sa position changera en fonction de la définition de la justice et de sa situation. Sa réaction aux objections de l'autre personne peut être l'occasion de modifier et de compléter sa personnalité et sa situation. Ce processus est le véritable plaisir de la création et le moteur de la formation des personnages. Si les personnages ne sont pas d'accord avec la direction prise après ces interactions, le développement de l'histoire changera. J'essaie également d'inclure des valeurs, des croyances, des tendances comportementales, des goûts et des préférences que j'ai du mal à accepter dans chaque personnage afin qu'ils ne deviennent pas des « copies de l'auteur », et Gon en est un parfait exemple. »
Le succès de Hunter x Hunter a engendré plusieurs adaptations animées qui ont aidé à populariser la série. La première version animée, composée de 62 épisodes, a été diffusée entre 1999 et 2001, suivie de plusieurs OAV. Bien que cette adaptation ait été bien reçue par les fans, elle se terminait au milieu de l'arc Greed Island.
Une autre a vu le jour en 2011 qui a été réalisé par le studio Madhouse, cette série, comportant 148 épisodes, retrace l'histoire jusqu'à la conclusion de l'arc des Élections, cette version reste incontournable en raison de sa qualité d'animation et de sa fidélité au manga d'origine.
En plus de ces deux films non canonique sortis en 2013 "Phantom Rouge" et "The Last Mission" l'anime de 2011 réussit à maintenir un bon rythme, en y ajoutant des couleurs plus éclatantes et une bande originale plus entraînante laissant derrière elle une aventure qui se savoure jusqu’à son dernier épisode.
Takahiro Yoshimatsu, character-design (Hxh 2011) : « Dans l’œuvre de Yoshihiro Togashi, il y a effectivement une évolution graphique, mais aussi une évolution du ton du récit, par rapport à la dureté des événements. Le producteur de la série voulait néanmoins aller jusqu'au bout et sa volonté a permis de faire glisser la série vers un créneau horaire plus tardif, ciblant les personnes plus adultes. Nous avons ainsi pu adapter le ton et les images le plus fidèlement possible au manga. »
Hunter x Hunter à un rythme de publication irrégulier, avec de longues pauses entre les chapitres, principalement en raison des problèmes de santé de Yoshihiro Togashi, et de ses douleurs au dos. L'auteur s’est adapté à ces difficultés et à choisit une organisation qui lui correspond le mieux pour continuer son œuvre qui n’arrête pas de surprendre le lecteur.
Yoshihiro Togashi reste fascinant par ses décisions scénaristiques et son imagination sans bornes, un mangaka qui explore pleinement ses idées et qui a su influencer plus d'un auteur.
Yoshihiro Togashi « Ceci étant dit, je dois finir d’écrire Hunter x Hunter. On est arrivé à un point où, soit l’histoire se termine, soit je meurs avant que cela n’arrive… mais j’ai bien l’intention de la terminer ! Même si on peut dire qu’à un certain point de l’histoire (quand Gon rencontre Ging), elle s’est terminée. Je crois même que certains lecteurs ont du penser : « Mais… ce n’était pas censé être le but du héros ? ». Effectivement, j’ai bien écrit cette partie dans ce sens. Cependant, je n’avais pas vraiment prévu de couper l’histoire à ce moment là et j’espère que mes lecteurs voient qu’il y avait matière à continuer. En tant que lecteur du Jump moi-même, je me souviens avoir pensé : « Ce manga ne devrait-il pas s’arrêter là ? » et m’énerver en le voyant continuer encore et encore… Cependant, Hunter x Hunter est une série qui, dans son état actuel, ne me donne pas cette impression et en me mettant dans la position du lecteur, j’ai même envie de continuer à la lire. En tant qu’auteur, il y a encore beaucoup de choses que je veux écrire, que j’aimerais écrire et tout ce que je peux espérer, c’est qu’il y ait des gens qui voudraient bien m’accompagner dans ce voyage. »
J’suis fier de voir que ma fille est à la minute où j’ecris, en train de poursuivre son visionnage de l’arc Greed Island