À mon tour de jeter un pavé dans la mare.
L'avenir du physique après 2028 fait débat, et chacun théorise sur la stratégie de Sony. Puisque chaque sortie de console ou de jeu pousse la communauté à décortiquer la technique pixel par pixel, penchons-nous sur un élément crucial : le support de stockage. Le Blu-ray n'est-il pas devenu totalement obsolète ?
Rappelons que la grande promesse de la PS5 était l'éradication des temps de chargement et le streaming instantané de mondes gigantesques. Dès lors, comment les développeurs parviennent-ils à ce miracle technique ?
Pour réussir ce tour de force dans
Ratchet & Clank: Rift Apart (notamment lors des sauts instantanés d'une dimension à l'autre), Insomniac Games n'utilise pas de magie, mais une architecture matérielle et logicielle entièrement pensée autour du SSD de la PS5.
La PS5 utilise un SSD NVMe personnalisé capable de lire 5,5 Go de données par seconde. Mais le SSD seul ne suffit pas. Sony a intégré un processeur secondaire dédié uniquement à la décompression des données (le puce Kraken).
Le secret :
Les fichiers du jeu sont stockés de manière ultra-compressée. Quand Ratchet traverse un portail, le SSD envoie les données compressées à la vitesse de l'éclair, et la puce Kraken les décompresse en un clin d'œil directement dans la mémoire RAM (GDDR6). Le processeur principal (CPU) de la console n'est même pas fatigué par cette tâche.
Partant de là, une évidence s'impose : il est techniquement impossible d'exploiter la pleine puissance de la console en lisant nativement un jeu depuis le Blu-ray. Ratchet & Clank: Rift Apart l'a prouvé dès 2021 en mettant en lumière la rupture totale entre les limites du support physique et la modernité de l'architecture de la PS5.
Aujourd'hui, il n'est plus possible pour un jeu moderne de tourner en lisant ses données en temps réel directement depuis un disque Blu-ray.
Pourquoi la lecture directe depuis le Blu-ray est impossible aujourd'hui ?
C'est une pure question de
débit (vitesse).
- Un
lecteur Blu-ray standard (même de dernière génération comme le Blu-ray 4K de la PS5) lit les données à une
vitesse maximale d'environ 27 à 50 Mo/s.
- À l'inverse, le
SSD de la PS5 lit les données à
5 500 Mo/s (soit plus de 100 fois plus vite).
Les moteurs de jeu modernes (comme l'Unreal Engine 5 avec sa technologie Nanite ou le Decima Engine d'Horizon) font du streaming d'actifs en temps réel. Ils ont besoin de charger instantanément des gigaoctets de textures et de géométries au millième de seconde à mesure que le joueur tourne la caméra. Si un jeu moderne essayait de lire ces données directement depuis le laser du Blu-ray, le jeu se figerait à chaque pas, les textures mettraient des minutes à s'afficher, et les temps de chargement dureraient une éternité.
Les technologies et moteurs du passé (L'époque où on le faisait)
Il fut un temps où les moteurs de jeu étaient précisément conçus pour optimiser la lecture directe sur disque (CD, DVD, puis Blu-ray).
La duplication de données : Pour éviter que la lentille du lecteur Blu-ray ne fasse de trop grands bonds physiques (ce qui ralentissait la lecture), les développeurs dupliquaient les mêmes fichiers (comme un modèle d'arbre ou une texture de route) des dizaines de fois à différents endroits du disque.
Les moteurs phares de cette époque :
L'Id Tech 5 (utilisé pour le jeu Rage en 2011) avait introduit le MegaTexture, une technologie qui gérait le streaming de textures massives directement depuis le disque.
Le Naughty Dog Engine (sur PS3 avec Uncharted et The Last of Us) était le roi absolu de cette technique. Il chargeait les données en continu ("streaming") depuis le Blu-ray pendant que tu jouais, supprimant ainsi les écrans de chargement visibles.
Existe-t-il des jeux récents qui le font ?
Aucun jeu PS5 ou Xbox Series X ne tourne depuis le disque. Si tu supprimes le jeu de ton SSD, tu ne peux pas y jouer, même si le disque est inséré.
La frontière s'est dessinée à la génération précédente :
Sur PS3 : C'était la dernière console où beaucoup de jeux lisaient en direct. Certains imposaient une petite installation (comme GTA V), mais beaucoup lisaient directement les données pour économiser le disque dur (qui était très lent à l'époque).
Sur PS4 / Xbox One : L'installation complète est devenue obligatoire. Les jeux étaient trop lourds pour le débit du Blu-ray.
Aujourd'hui, le Blu-ray dans le jeu vidéo a le même rôle qu'une cartouche rétro : il contient les données d'usine pour éviter d'avoir à télécharger 100 Go sur internet, mais le matériel moderne (le SSD) exige que tout soit transféré en mémoire flash pour pouvoir fonctionner.
Si l'on regarde vers l'avenir, s'accrocher au disque semble presque anachronique. Ce support, déjà dépassé techniquement, est en totale rupture avec les méthodes modernes de développement et les nouvelles habitudes de consommation.
qu'il s'agisse des jeux connectés, des patchs réguliers ou des modèles free-to-play. Dès lors, une question se pose : ce combat pour le physique n'est-il pas déjà perdu d'avance ?