Tetsuo Hara est né le 2 septembre 1961 dans le quartier tokyoïte de Shibuya. Au départ intéressé par l'animation, il choisit de se lancer dans une carrière de mangaka. Par la suite, il suit des cours du soir à la célèbre école de manga « Gekiga Sonjuku », fondée par le réputé Kazuo Koike, l’auteur de "Lone Wolf & Cub", ou il en sort diplômé en 1981, à l’âge de 20 ans. Et au cours de ses années universitaires, avec le soutien des membres de son club de manga, Hara a réalisé et publié Tenshin Ranman dans un magazine fait maison, un essai raté qui traitait d'un détective à la recherche de méthodes pour appréhender un criminel.
Hara a ensuite réalisé Mad Fighter, tandis que Crash Hero a servi de fondation pour sa première vraie série The Iron Don Quichotte qui fut publiée dans le Shônen Jump. Une histoire mêlant arts martiaux et motard qui ne parvient pas à avoir du succès auprès de son public.
« Mad Fighter était inspiré d’un film que j’avais adoré : Mad Max. L’histoire de Crash Hero par contre, avait été écrite par quelqu’un d’autre. »
Tetsuo Hara s'est affirmé comme l'un des dessinateurs les plus talentueux de son temps et en raison de sa cornée conique, il est contraint de fermer un œil pour dessiner, ce qui altère sa perspective et nécessite de nombreuses corrections. C'est ainsi que la Shūeisha a associé le scénariste Buronson à son travail pour créer Hokuto no Ken. Son style de dessin inspiré d’artistes anglo-saxons évoluera au fur et mesure jusqu’à ce rapprocher d’un réalisme encore jamais vu dans les manga de l’époque.
« Pendant la publication de Don Quichote, nous nous sommes vite rendus compte que la série ne rencontrait pas le succès voulu. Au bout de la quatrième semaine de publication, M. Horie est venu me voir un soir dans mon atelier et, le saké ayant fait son effet après une longue soirée, nous étions tous deux dans un certain état d’ébriété. Il m’a alors jeté un livre en me disant : « Tiens, je suis allé faire un tour dans le quartier des bouquinistes a Tokyo et j’ai trouvé ça. Tu ne veux pas qu’on fasse une histoire sur les arts martiaux chinois ? C’est sur les points de pressions du corps humain, on n’aurait qu’à faire une histoire où les personnages explosent quand on appuie dessus, ça serait génial ! »
Nobuhiko Horie, responsable éditorial « Avant même de commencer Ken, j’avais déjà des idées en tête : cette histoire des points de pression, le fameux « Tu ne le sais pas encore mais tu es déjà mort. »,… Ainsi, nous avons commencé à réfléchir ensemble à tout le reste. J’ai présenté à M. Hara quelques idées de départ qu’il a ensuite mis en page et en image. Mais à cette époque nous étions très peu au sein du Jump, et je ne pouvais pas délaisser mon rôle d’éditeur très longtemps. Il me fallut donc chercher aussi un scénariste pour me remplacer, jusqu’à rencontrer M. Buronson. A partir de là, ce dernier prit l’histoire en main, me permettant de revenir à mon rôle de responsable, m’occupant simplement de la révision et de la relecture de la série. M. Hara, quant à lui, restait bien sûr focalisé sur le dessin. »
Influencé par les réalisateurs Spielberg et Georges Lucas ainsi que sur les films de Bruce Lee, l’auteur à d’abord voulu dessiner des hommes qui se battent et à rajouté progressivement plusieurs genres d’arts martiaux. Et avant l’arrivée de Buronson, sa première version publiée dans le Boy’s Jump Special Edition d’avril 83 nous raconte les péripéties de Kenshirō, un adolescent qui utilise l’art Ryūken Hiden Hokuto Shinken pour protéger son père et sa copine Yuki. Sa seconde version parue en juin 83 relate les aventures du couple Ryū et Yōko qui sont poursuivi par des assassins du Taishan pour avoir désobéis aux ordres d’assassinat, ils seront sauvés plus tard par un certain Ken. Ce n'est qu'après que Buronson s'est joint au scénario que ces deux auteurs ont créé Hokuto No Ken, se déroulant dans un cadre post-apocalyptique et marqué par une violence explosive, on y retrouve Kenshirô qui erre à la recherche de sa bien-aimée, et qui est l’héritier du Hokuto Shinken, un art martial meurtrier, une série devenue culte même encore aujourd’hui.
« j’étais extrêmement fan de Bruce Lee dans ma jeunesse, je regardais ses films en boucle. J’avais environ 15 ans lorsqu’il est mort, et l’annonce de son décès a provoqué un blanc en moi. Il manquait quelque chose à ma vie et j’avais un irrépressible besoin de me replonger dans ce genre d’histoires, pour retrouver le même frisson. Ne trouvant personne capable de combler ce vide, je me suis alors dit que ce serait à moi de le faire, non pas en film, mais en manga. L’entrée dans le monde professionnel, quelques années plus tard, m’a offert cette chance. Bruce Lee a provoqué un boom des films d’arts martiaux, mais comme tous les booms, il était destiné à s’effondrer. Pour moi ça ne pouvait pas s’arrêter comme ça, et je n’étais pas le seul à avoir ce genre d’attentes après sa disparition. Aussi, je pense que le public a compris ce que voulais faire passer, s’est reconnu dans mes motivations, et c’est ce qui explique le succès de Hokuto no Ken. »
« Mon père était très différent de moi : il était très sportif, faisait plein d’activités dont la pratique des arts martiaux. Moi, j’étais passionné par le dessin et je restais souvent enfermé dans ma chambre, à dessiner tout le temps. Je me faisais souvent traîner dehors pour faire du baseball, alors que le sport n’était vraiment pas ma passion. Mon père était vraiment quelqu’un de très musclé, de très impressionnant, qui aimait se battre au sens propre. Cela arrivait souvent qu’il rentre les poings ensanglantés et la veste déchirée au niveau des épaules… Il faisait un peu peur en fait ! De plus, il regardait beaucoup de films de yakuzas et me demandait même de les regarder avec lui. Tout ceci a sans doute eu une influence sur moi… »
Si la série est connue pour son animé « Ken le survivant » diffusée au célèbre Club Dorothée qui a attiré les foudres à l’époque pour sa violence, cette œuvre culte dépeint surtout des personnages puissant et charismatiques, et Hokuto no Ken n'est pas simplement un manga violent, la brutalité qu'il présente illustre la profonde souffrance éprouvée par ses personnages. C'est une œuvre incontournable qui aborde des thèmes d'amitié et de fraternité avec une intensité aussi puissante que les attaques de Kenshirô.
Après l'achèvement de Hokuto no Ken en 1988, Hara se tourne vers Keiichiro Ryū, un auteur connu pour ses récits sur les figures emblématiques du Japon. Ils commencent une collaboration qui s'étendra sur trois séries historiques dont keiji en 1990. En plus du nombre de spin of par d’autres auteurs, Hara est lassé par le système du Shônen Jump, il a ensuite collaboré avec Tsukasa Hôjo pour créer le magazine Comic Bunch dont il sort le préquel de Hokuto no Ken, Fist of the blue sky.