Depuis son arrivée à la tête de Sony, Hiroki Totoki accélère une transformation profonde du groupe japonais. Après avoir longtemps incarné l’excellence dans l’électronique grand public, Sony entend désormais placer le divertissement (jeux vidéo, cinéma et musique) au centre de sa stratégie. Cette évolution s’est notamment encore illustrée récemment avec la décision de céder l’activité téléviseurs à une coentreprise associant Sony au chinois TCL.
Pour certains au Japon, cette opération symbolise la disparition progressive d’une époque où les téléviseurs, les Walkman et autres produits Sony représentaient le fleuron de l’industrie électronique nippone avec d'autres concurrents du pays, dont plusieurs sont désormais morts ou dépassés.
Hiroki Totoki, lui, regarde davantage vers l’avenir que vers le passé. Entré chez Sony à la sortie de l’université en 1987, il a connu de l’intérieur les différentes vies du groupe. À ses débuts, l’idée que Sony puisse devenir avant tout une entreprise de divertissement lui aurait même semblé improbable.
Pourtant, le constat est désormais difficile à ignorer : le cinéma, la musique et le jeu vidéo représentent plus des deux tiers des revenus annuels de Sony. Le groupe s’appuie notamment sur des marques et licences extrêmement fortes, de Spider-Man à Jumanji, sans oublier l’importante croissance de l’animation japonaise.
La stratégie consiste notamment à faire circuler les grandes licences entre les différents médias. Les jeux vidéo peuvent devenir des séries ou des films, tandis que les productions cinématographiques et l’animation peuvent à leur tour alimenter l’écosystème vidéoludique. Le succès de The Last of Us a montré le potentiel d’une telle approche, et Sony travaille notamment sur une adaptation télévisée de God of War avec Amazon.
C’est cette logique de synergie que Hiroki Totoki souhaite développer : faire en sorte qu’une même propriété intellectuelle puisse vivre sur plusieurs supports et générer de la valeur sur le long terme. Le rapprochement entre jeu vidéo et anime fait également partie des pistes privilégiées par le dirigeant.
Cette transformation n’est toutefois pas menée sans risques. Sony a déjà connu une période particulièrement difficile lorsque son activité électronique a été fragilisée par l’arrivée de l’iPhone, la crise financière de 2008 et la concurrence de groupes comme Samsung. À cette époque, la situation financière du groupe était suffisamment préoccupante pour que ses obligations soient dégradées au niveau spéculatif par une grande agence de notation.
L’expérience explique en partie la prudence de Hiroki Totoki. Pour lui, la priorité d’un dirigeant reste d’assurer la survie de l’entreprise, notamment dans un contexte marqué par les tensions commerciales, les difficultés d’approvisionnement et l’augmentation du coût de certains composants.
Le jeu vidéo est directement concerné par ces bouleversements. Le développement de la prochaine génération de PlayStation, souvent appelée PS6, doit composer avec la pression exercée sur l’industrie des semi-conducteurs par l’explosion de la demande liée à l’intelligence artificielle. Alors que certains observateurs imaginaient encore une arrivée relativement proche, Sony n’a toujours pas communiqué de date officielle pour sa prochaine console. À noter que l’annonce de l’arrêt des jeux physiques prévu pour janvier 2028 a également terni l’image de marque de PlayStation auprès de ses fans les plus inconditionnels.
En parallèle, le groupe veut continuer à renforcer son catalogue de contenus. L’arrivée prochaine de GTA 6 constitue évidemment un événement majeur pour l’industrie, tandis que Sony cherche également à exploiter de nouvelles opportunités dans la robotique et ce que Hiroki Totoki décrit comme la « physical AI ».
L’intelligence artificielle représente cependant aussi une menace pour le nouveau modèle de Sony. La technologie permet désormais de produire de la musique, des images et des vidéos avec une facilité croissante, ce qui pourrait bouleverser une partie des industries créatives.
Hiroki Totoki ne considère pourtant pas l’IA comme nécessairement incompatible avec la création humaine. Sony expérimente déjà cette technologie dans certains de ses jeux, notamment pour automatiser des tâches particulièrement longues comme l’animation de certains éléments visuels. Pour le patron de Sony, l’enjeu sera surtout de savoir comment utiliser l’IA pour renforcer le travail des créateurs plutôt que de chercher à les remplacer.
Cette philosophie résume finalement assez bien la nouvelle direction prise par Sony. Le groupe ne renie pas complètement son passé dans l’électronique, mais il ne veut plus en dépendre comme autrefois. Après avoir construit sa réputation avec les téléviseurs, les baladeurs et une multitude de produits emblématiques, Sony veut désormais capitaliser sur ce qui est devenu l’un de ses plus grands atouts : ses univers, ses licences et sa capacité à les faire vivre sur plusieurs supports.
Pour Hiroki Totoki, le véritable défi sera donc de transformer cet héritage en un écosystème cohérent, capable de continuer à évoluer dans un marché où le jeu vidéo, le cinéma, la musique, l’anime et l’intelligence artificielle sont de plus en plus liés.
géant veut dire fadasse, grand publique, froid et calculateur, et dénué d'esprit artistique... il est beau l'avenir de sony
Jouer à un Jeu/ Regarder un film/Écouter de la musique
Ils ont perduré cette approche jusqu’à aujourd’hui.
Par contre, ce qui pourrait changer, si on va au bout de la logique, c'est l'absence de support "physique" (donc même arrêter les consoles) pour devenir juste éditeur/développeur/créateur de contenu.