Plusieurs employés actuels de Rockstar Games basés au Royaume-Uni, ainsi que des membres du syndicat interne, affirment que le studio fait face à de sérieux problèmes de gestion du personnel. Ces témoignages, relayés dans une enquête de Game Developer, pointent du doigt des pratiques jugées problématiques autour des salaires, des bonus et des conditions de travail.
Selon les membres du Rockstar Game Workers Union, le système de rémunération serait particulièrement opaque. Une part importante des revenus des employés dépendrait de bonus variables, attribués sans critères clairs ou cohérents, pouvant fortement fluctuer d’une année à l’autre. Résultat : certains salariés estiment être payés en dessous des standards du marché malgré leur implication sur des projets majeurs comme le très attendu GTA 6.
Le raisonnement donné est souvent nébuleux, inconsistant entre les départements, parfois même inconsistant entre membres d'une même équipe, et repose parfois sur des critères complètement subjectifs ou formulés rétrospectivement. Imaginez ce que vous ressentiriez si un cinquième de votre salaire pouvait être retenu sans aucune justification ou sur la base d'un seul facteur surprise.
Les critiques portent également sur la progression de carrière, décrite comme difficile et imprévisible. Les employés interrogés évoquent un système jugé trop discrétionnaire, où les critères d’évaluation changeraient régulièrement, rendant les promotions incertaines et parfois subjectives. Cette situation pousserait certains salariés à s’adapter en permanence aux attentes de leur hiérarchie.
Autre point sensible : les conditions de travail et la question du “crunch”, ces périodes de surcroît massif d’heures supplémentaires en fin de production. Les syndicats affirment que certaines pratiques seraient intégrées dans les contrats des employés britanniques via des mécanismes permettant de déroger aux limites légales du temps de travail. D’après ces témoignages, certaines formes de compensation liées aux heures supplémentaires seraient présentées comme une alternative au crunch, ce que les représentants syndicaux contestent.
Une partie du problème avec le crunch est qu'il n'existe pas de définition consensuelle, et maintenant il semble que l'entreprise considère qu'offrir une compensation spécifique et limitée comme incitation aux heures supplémentaires signifie que cela ne qualifie plus comme crunch.
Les employés évoquent aussi des inégalités persistantes, notamment un écart de rémunération entre les genres qui, selon eux, se serait aggravé, ainsi que la suppression de certains dispositifs liés au travail de nuit. Le retour progressif au travail en présentiel est également critiqué, les syndicats estimant que la flexibilité introduite après la pandémie permettait un meilleur équilibre de vie.
De leur côté, les membres du syndicat soulignent que certaines équipes ne seraient quasiment jamais soumises au crunch, tandis que d’autres y feraient face de manière récurrente, créant une forte disparité interne. Ils estiment également que la culture du travail à distance a été progressivement réduite malgré des promesses initiales de maintien de la flexibilité.
Enfin, les représentants syndicaux considèrent que la structuration collective des employés commence déjà à produire des effets positifs dans l’industrie, notamment sur les politiques salariales dans certains studios. Ils défendent l’idée que l’organisation collective pourrait encourager davantage de transparence et d’équité.
Contactée, la maison-mère Take-Two Interactive affirme de son côté proposer un environnement de travail compétitif et axé sur la collaboration, avec des politiques de rémunération et d’avantages jugées conformes aux standards du secteur. L’entreprise indique également être ouverte au dialogue avec les représentants syndicaux concernant une éventuelle reconnaissance officielle.