Ancien président de Sony Interactive Entertainment America, Shawn Layden continue de tirer la sonnette d'alarme sur l'explosion des coûts de développement. Selon lui, le modèle économique du AAA a atteint ses limites et l'avenir de l'industrie passe par le retour des jeux AA, un segment qu'il souhaite désormais soutenir à travers une nouvelle initiative.
Shawn Layden rappelle que le coût de développement des jeux vidéo double pratiquement à chaque génération. Là où un projet pouvait coûter quelques millions de dollars à l'époque de la PS1, les productions les plus ambitieuses de la génération PS4 atteignaient déjà environ 150 millions de dollars, hors marketing. À ses yeux, voir les budgets des jeux PS5 grimper entre 300 et 400 millions de dollars n'a rien de surprenant... mais cela n'est tout simplement plus soutenable.
Les exemples récents illustrent cette inflation : The Last of Us Part II aurait coûté plus de 220 millions de dollars, certains épisodes de Call of Duty avoisineraient les 700 millions, tandis que les estimations autour de GTA 6 dépassent désormais le milliard de dollars. Si quelques mastodontes pourront rentabiliser de tels investissements, la majorité des studios ne peuvent pas suivre ce rythme sans prendre des risques considérables.
Pour Shawn Layden, cette fuite en avant pousse les éditeurs à privilégier uniquement les licences établies, les suites ou les adaptations de marques célèbres. Résultat : les projets plus originaux, qui faisaient selon lui le charme des époques PS1 et PS2, trouvent de moins en moins facilement leur financement.
Sa solution passe par un véritable retour du AA. Il évoque des productions réalisées par des équipes plus modestes, avec des budgets mieux maîtrisés et des développements plus courts. Des titres comme Lies of P, RoboCop: Rogue City ou encore Warhammer 40,000: Space Marine 2 démontrent, selon lui, qu'il existe une réelle demande pour des jeux plus ciblés, capables d'offrir une expérience complète sans nécessiter des centaines de millions de dollars.
Shawn Layden estime également que ce format pourrait favoriser davantage de créativité. À ses yeux, continuer à produire uniquement des équivalents de Grand Theft Auto, Call of Duty ou d'autres grandes licences ne permettra pas d'attirer un nouveau public, puisque les personnes qui ne jouent pas aujourd'hui ont déjà décidé que ces franchises ne les intéressaient pas. Seules de nouvelles idées pourraient réellement élargir le marché.
C'est dans cette optique que Shawn Layden travaille actuellement sur une structure destinée à soutenir le développement de jeux AA. Il reste discret sur la forme exacte du projet, mais laisse entendre qu'il s'agirait davantage d'un dispositif de financement ou d'investissement que d'un éditeur traditionnel. Son objectif est de faciliter l'accès aux capitaux pour des studios souhaitant créer des jeux plus modestes, sans devoir viser des productions à plusieurs centaines de millions de dollars.
Shawn Layden estime par ailleurs que le marché commence à montrer des signes de fatigue vis-à-vis des productions toujours plus massives. Il observe notamment un retour en force des jeux solo lors des récents événements comme le Summer Game Fest et souligne qu'une grande partie des joueurs ne termine même pas les très longues aventures proposées aujourd'hui.
Selon lui, les habitudes des joueurs ont également changé. Les joueurs qui ont grandi avec les consoles disposent désormais de davantage de revenus, mais de beaucoup moins de temps libre. Des expériences plus courtes, mieux rythmées et pensées pour être terminées pourraient ainsi mieux correspondre aux attentes d'une partie du public actuel.
Reste désormais à voir si son projet permettra réellement de redonner au marché AA la place qu'il occupait autrefois, à une époque où les prises de risques créatives étaient plus nombreuses et où les budgets restaient à taille humaine.