Nous sommes en 2003, The Legend of Zelda : The Wind Waker vient de sortir. Malgré des ventes encourageantes, et un total plus que correct (4.5 millions d'exemplaires écoulés mondialement) cet épisode n'a pas réussi à tirer la Gamecube vers le haut, et celle-ci s'essouffle bien plus rapidement que les anciennes consoles de la firme. Sony écrase une nouvelle fois toute concurrence avec sa Playstation 2, et la Xbox est une concurrente plus agressive que prévue. Nintendo est au fond du gouffre (moral, mais pas financier, ils continuent en effet de faire des bénéfices grâce à leurs puissantes licences). Les studios de Nintendo semblent faire un brainstorming général, Miyamoto créera même une nouvelle licence (Pikmin) en vain, rien ne semble pouvoir sauver la petite console cubique.
Dans un élan de dernier espoir, Nintendo fera appel à la Zelda Team pour produire un nouvel épisode principal de la série destiné à la Gamecube. Mais cette fois, l'audace sera mise de côté, en effet Nintendo essayera de mettre toutes les chances de son côté. De plus, les fans de la série ont montré une telle frustration par rapport à l'épisode précédent, réclamants corps et âme un épisode plus classique semblable à Ocarina of Time, que la Zelda Team n'a pu que répondre positivement à ces demandes. Ce Zelda sera le premier à être influencé par les fans, et espérons-le, le dernier.
A peine un an après la sortie de Wind Waker, l'E3 2004 se profile à l'horizon. Quelques déclarations font état d'un Wind Waker 2 qui sortirait sur Gamecube. Jolie ruse de Nintendo pour prendre tout le monde par surprise, la conférence de l'E3 voit la présentation de la Nintendo DS (prochain succès planétaire de la firme), mais surtout à la toute fin de la conférence, l'espoir semble renaître :
Oh my good, OH MY GOOOOD !
Explosion de joie de la salle, des cris dans tout les sens, applaudissements, ovations, certains journalistes n'hésitent pas à lâcher quelques larmes tellement l'ambiance de la salle et l'annonce que vient de faire Nintendo est énorme, la légende revient de la plus belle manière qui soit. Un trailer de qualité, un Link plus âgé et mature dans un univers réaliste, le retour d'Epona, des combats à cheval, bref la licence revient et frappe un grand coup. Meilleur surprise de l'E3 2004, le monde entier attend maintenant d'en savoir plus sur ce nouvel épisode qui s'annonce merveilleusement bien. Le jeu est prévu à la base pour une sortie en 2005. Malheureusement, ce nouvel épisode aura bien du mal à accoucher.
Le jeu fait parler de lui par périodes, brièvement. Nintendo n'envoyant que quelques images du jeu sur toute une année. L'E3 2005 sera la prochaine étape. Cet évènement permettra à cet épisode d'adopter son nom définitif, The Legend of Zelda : Twilight Princess. Nintendo voit les choses en grands, tout un escalier de l'E3 est aux couleurs de Zelda, un trailer est montré durant leur conférence et en prime le jeu est jouable sur le salon. Que demande le peuple ?
Un très beau trailer, accompagné d'une très belle musique orchestrale.
Les premiers retours sur ce Zelda sont très bons, forcément puisque c'est un Zelda pur et dur. Depuis cet évènement, Nintendo abreuve régulièrement les fans d'images, de scans, d'informations et surtout de buzz autour de cet épisode. En effet on nous rappel régulièrement (que ce soit Reggie, Aonuma et compagnie) que ce Zelda sera le meilleur jamais fait par Nintendo. Les fans n'en peuvent plus d'attendre !
Octobre 2005, ces fans sont à bout, le jeu devrait logiquement sortir sous peu…Malheureusement, Nintendo annonce un report du jeu pour 2006. C'est un coup très dur pour les millions de fans dans le monde, d'autant plus que la raison donnée fait planer le doute :
Nintendo ne serait pas totalement satisfait de la qualité de son titre.
Une Zelda Team en difficulté sur le développement d'un jeu de la licence ? Un report inattendu, pour cause de qualité déficiente ? Alors qu'on nous annonce qu'il sera le meilleur Zelda de la série ? La confusion naît chez les fans, mais l'histoire dérangée de cet épisode ne s'arrête pas là .
D'étranges rumeurs naissent, et se font très insistantes. Elles feraient état d'une compatibilité avec la prochaine console de salon de Nintendo, annoncée également à l'E3 2005, dont la manette est restée secrète. Où nous emmène Nintendo avec tout ça ?
Le jeu est un temps programmé pour printemps 2006. De nouvelles déclarations arrivent, Miyamoto himself annonce que son jeu proposera un contenu hardcore. De quoi recréer le buzz chez les fans, qui commencent à s'user de cette interminable attente. Les rumeurs, un temps démentie, finissent malgré tout par se confirmer : Reggie annonce que Twilight Princess sera compatible avec la Révolution (nom de code de leur nouvelle console).
Mais le malheur ne s'arrête pas là , début 2006 Nintendo annonce le report de son jeu à l'automne de cette même année. Les fans sont dans l'incompréhension totale et ne comprennent plus ce qui est en train de se passer avec cet épisode. Plus d'images depuis un moment, des déclarations douteuses, des reports…
Les joueurs désespèrent.
l'E3 2006 arrive, avec lui la présentation en grande pompe de la nouvelle console de salon de Nintendo : la Wii. Après moult présentation de jeux, Reggie est fier de présenter une démo jouable lors de la conférence de Twilight Princess version Wii. On nous apprend également qu'il serait le premier épisode à sortir en même temps qu'une nouvelle console de salon, une bien maigre consolation…La version Gamecube est passée sous silence, sa sortie étant programmée pour quelques temps après la version Wii. Les joueurs l'ont comprit, Nintendo reconnait l'échec de son cube, et veut définitivement l'enterrer.
Les combats sur dos d'Epona sont une des maigres trouvailles de l'épisode.
Fin 2006, la Wii sort et avec elle le nouvel épisode de la légende. Evidemment, il est le jeu phare de la sortie de la console et démarre donc bien commercialement parlant. Les tests de la presse tombent, et c'est une ovation magistrale, les 19/20 fusent (Même Gamekult, connu pour être un site qui casse, lui a mit l'excellente note de 9/10). L'attente en valait finalement la peine apparemment…Force est de reconnaître que, pas tout à fait.
Niché au coeur d'idylliques pâturages, à la pointe sud du royaume d'Hyrule, se trouve le village de Toal. La vie y est principalement tournée vers l'élevage de chèvres. Parmi les bergers, il y a le meilleur cavalier du village, un jeune homme qui rêve d'en devenir un jour le chef. Ce jeune homme s'appelle Link…
Link a gagné le respect des autres habitants et est considéré comme un leader par les enfants du village. En plus de ses tâches de berger, il prend des leçons d'escrime auprès de Moï, le maître d'arme du village, et est devenu très apprécié des enfants en leur montrant les techniques qu'il a apprises. Mais un jour, lors d'une de ses démonstrations, un singe fait soudain son apparition "Hé ! C'est le singe qui n'arrête pas de jouer des tours aux villageois ! attrapons-le !" crient les enfants en se lançant à la poursuite du quadrumane. Link pénètre alors à son tour dans la forêt à la suite des enfants. Là , il se voit contraint d'affronter de multiples monstres dans sa quête pour libérer l'un des enfants, retenu prisonnier dans une cage avec le singe.
Pourtant, la forêt avait toujours été un endroit sûr…
Le jour suivant est très important pour Link. Sur les recommandations de Moï, le chef du village lui a donné pour mission d'aller remettre un cadeau au Château d'Hyrule, et c'est aujourd'hui qu'il doit se mettre en route. Mais alors que Link revient de son travail à la bergerie, Epona, sa jument, se blesse. Cette blessure provoque la colère d'Iria, l'amie d'enfance de Link. Furieuse, elle emmène Epona avec elle. Iria soigne bientôt la blessure d'Epona à la source de l'esprit, mais sa colère ne diminue pas malgré tous les efforts de Link pour la calmer. Colin, un jeune garçon qui idolâtre Link, intervient et explique à Iria les évènements de la veille. Quand elle entend ce récit, sa colère disparaît…"Reste prudent et fais attention à toi, d'accord ? Reviens saint et sauf." dit Iria, montrant ainsi ses véritables sentiments à l'égard de Link.
Mais à ce moment là …
Des monstres chevauchant de gigantesques sangliers font violemment irruption et se ruent sur Link et ses compagnons ! Pris par surprise par cet assaut et désarmé, Link est assommé par l'un des monstres. Quand il revient à lui, il réalise que les monstres ont disparus…
…Et qu'ils ont emmené avec eux Colin et Iria...
J'ai traité toutes les légendes à travers ma rétrospective, il faut bien avouer que c'est le contexte de base le moins appétissant de la série.
Mais trêve de pessimisme que vaut finalement le jeu en main ? Une fois encore, le gameplay reste inchangé, reprenant 100 pour-cent la recette de Wind Waker. Sauf pour la version Wii qui se voit ajouter des fonctionnalités pour coller à la manette à détection de mouvement : cette fois il vous faudra mimer les mouvements d'épée pour les reproduire à l'écran ! C'est nouveau, c'est frais, on aime. Après quelques temps on se rencontre qu'on agite la Wiimote n'importe comment, et Link fait les combos qui lui plaisent, on perd donc un peu de charme et de technicité, là où chaque combo était totalement maîtrisable avec un bon vieux stick. Le tir à l'arc et le grappin ont vu leur jouabilité changer également, cette fois vous aurez à viser l'écran pour décocher votre flèche ou votre grappin à l'endroit voulu. Ca rajoute en immersion, surtout que la Wiimote est ornée d'un haut parleur qui recréer, avec plus ou moins de mal, le bruit d'une flèche dans le vent. Ce haut parleur émettra d'ailleurs toute sortes de son (quand vous ramasserez des rubis, ouvrirez un coffre, résoudrez une énigme etc…), mais force est de reconnaître que ça grésille, c'est pas forcément bien optimisé, bref on s'en serait passé. Le nunchuk de son côté permettra l'attaque circulaire, moyennant un mouvement du poignet avec ce dernier, sympathique.
La ville de départ du jeu est, comme à l'accoutumée, un tutorial géant. Jonchée de scènes de plateformes, de choses à soulever, de petites quêtes nous obligeant à grimper, nager, à faire des roulades, à se servir d'objets etc…Le fan de la première heure y verra un moment assez long et peu passionnant. Il faudra attendre les premiers évènements perturbateurs pour enfin se plonger dans l'aventure.
Hyrule plongé dans le crépuscule.
Qu'on se le dise, ce nouvel épisode obtient un zéro pointé en prise de risque. Hyrule est de retour, Link mature aussi, Zelda et la Triforce sont également présents. Mais le maxi best of de la série ne s'arrête pas là , puisqu'on finira par apprendre que Ganondorf est bien présent, Epona aussi (et ce dès le début du jeu), les gorons et Zora sont de nouveau de la partie, bref la Zelda Team caresse le fan dans le sens du poil.
Seulement, il en ressort un aspect Fan-service extrêmement prononcé, comme si Nintendo avait eu peur de faire une fausse note avec cet épisode en sortant quelque chose de plus original (comme les derniers épisodes en date), résultat ils se sont rabattus sur le déjà existant et ont plombé eux-même leur légende. Les personnages sont peu travaillés, une psychologie légère et une histoire pas passionnante pour un sous. Le summum du mauvais personnage revient, avec étonnement, à Ganondorf qui n'a juste rien à faire dans cette histoire. On le voit une fois dans une scène, sans trop comprendre pourquoi il apparaît dans le jeu, la prochaine fois que vous le voyez ce sera quand ? Pour le battre à la toute fin du jeu. L'ennemi principal de la série n'est ici qu'une coquille vide, servant à appâter les fans les plus aveugles. On est bien loin du Ganondorf très travaillé et ayant une véritable âme dans Wind Waker.
La princesse Zelda est ici reléguée au second rang, on ne se prend pas d'affection pour le personnage, une nouvelle fois elle ne vaut pas grand chose face à Tetra (toujours tirée de Wind Waker). Alors certes, les personnages sont super classes, il n'y a rien à redire (comme le prouvent les artworks qui décorent cet article) mais l'intérieur de ces personnages est désespérément vide. Pourquoi Epona ? Ce jeu n'a pas de lien avec Ocarina of Time, la monture aurait du être différente, quitte à donner un sentiment nostalgique aux fans d'Ocarina of Time. Ici la jument n'est qu'un outil destiné à faire plaisir aux joueurs.
"J'ai accepté de participer au jeu, mais seulement parce qu'on m'a augmenter mon salaire" - Ganondorf .
C'est là que le bât blesse. Les fans ont tellement critiqué Wind Waker et Majora's Mask, criant au retour d'un épisode plus classique, que la Zelda Team s'est sentie forcée de complètement brider sa créativité légendaire, et de se rabattre uniquement sur leurs acquis. Ca plus la crise que traversait Nintendo à cet époque (encore une fois pas financière, mais la Gamecube est un joli bide qui se fait devancer par la Xbox, une console toute neuve d'un constructeur qui vient d'arriver sur le marché !), je pense que Nintendo a fait pression sur l'équipe de développement pour faire le Zelda que les fans attendaient, plutôt que le Zelda que l'équipe voulait créer. Tout au long du développement on nous disait " ce sera le meilleur épisode jamais créé !", Reggie qui enfonce le clou "C'est le plus beau jeu jamais créé par Nintendo", d'autres déclarations "ce sera le Zelda ayant le plus de donjons !", "ce sera le Zelda le plus long de la série, 70h de jeu prévu !". Nintendo n'a compté qu'en chiffres bruts, se focalisant uniquement sur le visible.
-Des graphismes soignés, de ce côté là rien à redire. La modélisation de Link et de tout les personnages secondaire est exemplaire pour de la Gamecube, l'univers est grand, joli et artistiquement superbe. Mais l'alchimie ne prend pas. Le monde d'Hyrule est désespérément vide, les villages sont extrêmement peu nombreux et tous désertiques. Encore une preuve du fan-service de ce jeu, on retrouve une nouvelle fois le village Cocorico ! Mais cette fois massacré, avec une musique pas marquante pour un sous.
La citadelle d'Hyrule regorge de vie, ça bouge dans tout les sens et il y a un grand nombre de PNJ (personnage non-joueur) à l'écran, chouette ! Ca rappel l'ambiance du bourg clocher dans Majora's Mask. La déception est grande, vous ne pourrez parler qu'à environ 5 pour-cent de cette population. Oui, tout comme les personnages fan-services, tout ce beau monde n'est là que pour décorer. Rendant la citadelle désespérément vide à son tour (et donc très ennuyante car aucune interaction possible). Vous vous souvenez tous de Majora's Mask et Wind Waker, qui contenaient chacun une ribambelle de quêtes annexes intéressantes qui gonflait vraiment la durée de vie du jeu. Ici vous n'en aurez quasiment pas. Et les seules qui s'offriront à vous consisteront à chercher des insectes aux 4 coins d'Hyrule, ou des spectres et de les ramener au personnage en question. Deux quêtes bêtes et méchantes. A cela vient s'ajouter la quête des cinquième de coeur ! Et oui pour une raison qu'on ignore encore, Nintendo a cette fois mit des cinquième de coeur. Et quitte à bien rater cette quête pourtant culte des Zelda, on aura l'aide d'une voyante dans Hyrule qui nous indiquera où ils se trouvent ! Alors les plus blazés me diront "et bah si tu veux pas aller la voir, tu vas pas la voir !" oui, c'est une solution. Mais pour moi un tel personnage n'aurait jamais du exister. La quête est extrêmement longue et difficile, c'est ce qui la rend intéressante, je ne veux pas qu'une quelconque voyante vienne l'entacher. On parlera aussi de l'équilibre foireux du jeu, donnant des rubis à tirlarigo sans qu'on sache quoi en faire, si à la limite une fois l'ultime armure acquise vous pourrez l'utiliser, mais elle est un tel gouffre financier (vous rendant invincible mais vous chopant vos rubis vitesse grand V) que l'un dans l'autre, ça ne sert à rien. La cerise sur le gâteau ? La plaine d'Hyrule est découpée en section, coupant par la même occasion le sentiment de liberté capitale à la série. Un beau gâchis complètement incompréhensible pour un jeu Wii (ayant un format DVD bien plus conséquent que les mini-DVD Gamecube).
-Des donjons nombreux, on ne peut nier que c'est la vérité. 9 donjons seront ainsi dispersés sur la carte d'Hyrule. Mais là où ceux des anciens épisodes semblaient avoir une véritable existence, justifiée aux yeux de l'aventure de l'univers du jeu et du joueur, ici on a plus l'impression que les donjons ont été créé construit dans Hyrule dans l'optique que Link aille y faire un tour pour exploser le boss. En gros on ne ressent rien dans la plupart des temples, si ce n'est le sentiment que "Zelda se doit d'avoir des donjons". Alors dans leur globalité ils sont bien construits, proposant des énigmes certes vieillissantes mais toujours efficaces. Le fan de la première heure n'aura pas de mal à atteindre le boss des différents lieux.
-Du contenu hardcore ? Ce jeu en est dénué. Malgré que Miyamoto semble convaincu que cet épisode en propose, les fans ont répondu "non", tout simplement. Alors petite définition du terme Hardcore, en bref ça veut dire qu'il proposera un contenu riche à la hauteur des joueurs de la première heure, qui plus est un contenu qui donne un peu de fil à retordre à ces fans assoiffés. Non, non et re-non. Le jeu est très simple, je ne suis pas mort une seule fois (je ne sais même pas à quoi ressemble le titre et la musique du gameover), les donjons ne m'ont pas résisté, les boss non plus (alors eux par contre gardent la qualité des anciens opus, ils sont sympa à battre et dans la plus pure tradition de la série), sans compter le combat final assez risible avec un Ganondorf qui semble déprimé, il n'a pas l'air de croire en ses convictions. Si on voulait tourner ça de façon humoristique, on pourrait dire que Ganondorf a été contacté par Nintendo pour être présent dans ce nouvel épisode de la série, et qu'une fois qu'il a lu le script il se soit dit "mais merde…Mon rôle est archi-naze !" et que résultat il a joué sans grande conviction son rôle de grand méchant. Un peu comme si un grand acteur jouait dans un navet, il fera le service minimum. La richesse du jeu est fantomatique, se contentant de quêtes annexes bas de gamme pour gonfler artificiellement la durée de vie. Aussi un mot sur les objets que vous aurez durant l'aventure, ils sont nombreux mais ne serviront qu'une fois et dans le temple où on les trouve. En somme ils sont aussi là pour décorer et ne servent à rien.
-Le meilleur Zelda jamais créé, Twilight Princess en est bien loin. Avant de me faire lyncher par les fans de cet épisode, je tiens à dire que ce n'est pas un mauvais jeu, loin de là . Il écrase sans difficulté beaucoup de jeux, et je n'irai pas jusqu'à dire que c'est un mauvais Zelda. C'est juste qu'il est trop bridé pour pouvoir porter le lourd prestige de la série. Entrons un peu plus en détails dans le "scénario" du jeu.
Hyrule est plongé dans un crépuscule ambulant, Link se fera absorber par cet étrange monde. Ne pouvant y survivre dans sa forme humaine (et ayant la marque de la Triforce du courage, comme par magie. Fan service si tu m'entends) il se transformera en loup. C'est l'une des grosses nouveautés de cet épisode, et pourtant la déception est de mise. Le gameplay diffère légèrement bien entendu, et ça permet de le renouveler un peu. Seulement les phases en loup sont d'un ennui. Vous devrez à chaque fois vous farcir le même évènement, c'est à dire récupérer les perles de lumière pour permettre à cette région d'Hyrule de retourner à la normale. Ces scènes sont pas du tout passionnantes, parfois longues, et n'apportent rien de concret au jeu. Pourtant il y aurait eu manière à faire un double monde (double monde, ah, Zelda 3 ! Fan service m'entends-tu ?) intéressant, montrant l'opposition du monde du Crépuscule à celui d'Hyrule. Mais il n'en est rien.
Midna porte à elle seule tout l'intérêt du jeu.
Vous serez accompagné tout au long de votre aventure par Midna (désolé je bloque sur le nom Français, Midona, que je n'aime pas. Je préfère l'original). Gros point fort de cet épisode, elle est un compagnon de haute volée. Cette petite créature a un passé et une histoire très étoffée, une personnalité bien trempée, et tout au long de l'aventure on aura des doutes sur le fait qu'elle soit bien de notre côté, et on se prendra clairement d'affection envers elle. On apprendra plus tard qu'elle est la princesse du crépuscule, mais qu'elle a été bannie du monde de son monde, à l'image de son peuple, par le vil Xanto (aidé de Ganondorf). Ce dernier est au départ pressenti pour être le big ennemi du jeu, finalement il n'en est rien, remplacé à la dernière minute par Ganondorf dans son rôle de bouche trou royal. De toute manière, Xanto n'est clairement pas un personnage qui marquera la série, il a l'effet coquille vide de cet épisode, et son combat contre Link n'a rien d'anthologique.
On continue dans la déception avec l'OST du jeu. Koji Kondo s'est éloigné de la création musicale, étant l'un des bonhommes important de Nintendo il est devenu superviseur de son équipe sonore. Et ça se ressent malheureusement, Toru Minegishi et Asuka Ota n'arriveront pas à créer des musiques cultes comme le faisait leur patron, se contentant de prendre d'anciens thèmes et de les remixer. Alors forcément, ça ne donne pas une mauvaise OST, mais elle en devient extrêmement banale. De plus, nous sommes en 2006 et ils nous servent des musiques Midi du plus mauvais effet. Le top of the top étant descerné aux musiques du monde du crépuscule, juste laides. Je comprend parfaitement qu'ils aient voulu instaurer une ambiance musicale particulière pour ce monde, mais ils ont fait quelque chose de tellement abstrait que ça agace plus qu'autre chose. Tout n'est bien sûr pas à jeter, voici les musiques qui m'ont le plus plu :
J'aime le côté calme et zen de cette musique.
Ici c'est le sentiment de solitude et de mystère qui me plaît.
L'une de mes musiques préférées du jeu. En l'écoutant je ressens vraiment l'aura des anciens Zelda.
Une musique enivrante qui arrive à un moment assez triste du jeu, un moment apprécié par les joueurs.
Le thème de la plaine d'Hyrule, pas mauvais du tout.
Et ma musique préférée du jeu. Elle dégage quelque chose de mystique et d'indescriptible. Ca plus l'environnement dans lequel elle est jouée, c'est un morceau d'art.
Celle lĂ c'est juste pour montrer la catastrophe du format Midi. La voix horrible, qui passait encore sur Nintendo 64, n'a pas de raison d'ĂŞtre en 2006.
La musique du monde du crépuscule, une horreur.
Je parle dans chaque rétrospective des scènes marquantes de l'épisode en question, mais ici j'ai bien du mal à en amener. Même les scènes qui auraient été poignante en temps normal ne le sont pas ici. Pourtant, la découverte du temple du temps (avec la musique originale de Ocarina of Time) aurait du être un grand moment, mais encore une fois on sent que c'est fait pour le fan plutôt que pour l'histoire. Je ne comprend pas le but de ce temple du temps (qui est en plus un des donjon du jeu) si ce n'est pour satisfaire les vieux. Dans Wind Waker, la découverte d'Hyrule était un moment magique car le contexte le voulait, le jeu prenant place mille ans après Ocarina of Time, et toute l'aventure étant neuve. Ce retour était justifié par le scénario, résultat cette scène a marqué les fans. Ici on ne ressent rien. Même la première transformation de Link en loup m'a laissé de marbre. Il reste une scène un peu étrange du jeu, racontant un peu l'histoire de la Triforce et du nouveau pouvoir de ce jeu. Cette scène a des penchants de Majora's Mask, et c'est surtout la seule scène qui se permet d'être originale et créative :
Une scène assez flippante.
Autrement, il reste le combat final, qui même s'il est risible de par sa difficulté zéro, est extrêmement bien mis en scène, avec un vrai impact (et des musiques pas dégueux. Sauf celle de Ganon en mode bestial, très laide). La scène suivant ce combat final est également plutôt réussie, Xanto mettant fin à l'existence de son maître, et Ganondorf mourant debout, la classe absolue :
Le sacrifice de Midna renforce encore plus la magie du personnage.
Mourir debout, ça pue la classe.
La dernière scène qui m'a plu, c'est la toute dernière du jeu entre les deux génériques. Midna, qui a retrouvé sa forme, s'en retourne dans son monde par le portail du crépuscule (avec l'aide du miroir que vous avez restauré durant le scénario). Mais elle le brisera en mille morceaux juste avant de s'évaporer dans son monde, bloquant ainsi à jamais le passage entre crépuscule et monde de lumière. J'ai beaucoup aimé cette scène.
L'âme qui habite chaque Zelda depuis la création de la série a semble-t-elle fuit cet épisode comme la peste. La magie est absente, l'émotion également, le joueur joue ici à un maxi best of des Zelda, sauf que ce dernier n'a prit que le côté technique de la série, oubliant que c'est la partie Magique qui lui donne tout son sens. Nous nous retrouvons donc face à un Zelda fade, qui peine complètement à s'immiscer à la hauteur de ses ancêtres. La Zelda Team sous pression, du aux grandes difficultés de la Gamecube, et tiraillée par les fans qui ont montré leur colère sur les deux épisodes précédents, donnera naissance à un épisode complètement bridé sous tout rapports. Un espèce de fantôme de la légende, que l'on espère ne plus jamais revoir dans la série.
Je vous donne rendez-vous demain, pour l'article qui conclura ma rétrospective. Je parlerai dans celui-ci de mon ressenti général sur la série, ce qu'elle m'a apporté, ce qu'elle signifie pour moi. On essayera d'entrevoir ensemble le futur de la série, avec l'annonce du prochain Zelda qui se fera le lendemain de cet ultime article. Je ferai aussi un genre de petit "backstage" pour montrer un peu l'emploi du temps que m'a demandé cette rétrospective, comment j'ai fais pour les mettre sur pieds, et comment j'ai les yeux desséchés à cause d'elle. Je donnerai également la parole à certains membres dans mon article, pour qu'ils nous parlent de leurs souvenirs de la série et pourquoi ils y sont attachés. J'espère que vous viendrez nombreux pour terminer cette rétrospective comme il se doit, et compter ensemble l'ultime compte à rebours qui nous séparera du prochain chapitre de la Légende.