Le conflit entre Kadokawa et son principal actionnaire, le fonds activiste Oasis Management, continue de s’intensifier autour de la gouvernance du groupe japonais. Alors que la question du maintien ou non de la direction actuelle sera tranchée lors de la prochaine assemblée générale, une prise de parole de Hidetaka Miyazaki a particulièrement retenu l’attention des joueurs et de l’industrie.
Depuis mars 2026, Oasis Management, basé à Hong Kong, a massivement renforcé sa position en rachetant des actions de Kadokawa, dépassant même Sony (10,11%) pour devenir le premier actionnaire avec environ 13,76% du capital. Le fonds a lancé sa campagne “A Better KADOKAWA” en mai, appelant les actionnaires à s’opposer au renouvellement du président Takeshi Natsuno lors de l’assemblée générale annuelle.
De son côté, le conseil d’administration de Kadokawa défend fermement son président, mettant en avant ses choix stratégiques récents, notamment la restructuration du groupe et la gestion de la cyberattaque de 2024. Cette opposition frontale a renforcé les tensions entre les deux camps.
Au cœur du débat, un acteur majeur attire toutes les attentions : FromSoftware, considéré par Oasis comme l’actif stratégique le plus important de Kadokawa. Le fonds critique notamment le modèle économique du studio, estimant que ses collaborations avec des éditeurs externes comme Bandai Namco Entertainment ou Activision Blizzard entraîneraient une perte importante de revenus, une partie de la valeur étant captée par ces partenaires.
Oasis estime également que FromSoftware disposerait désormais des ressources nécessaires, notamment grâce à des investissements passés de Sony Interactive Entertainment (14,09%) ou Tencent (16,25% via Sixjoy Hong Kong Limited), pour envisager une transition vers l’auto-édition. Une hypothèse que Kadokawa rejette, rappelant que les accords d’édition varient selon les licences et les régions, et qu’un basculement global vers le self-publishing ne peut pas se faire du jour au lendemain.
Dans les faits, FromSoftware fonctionne déjà avec un modèle hybride : auto-édition au Japon sur des titres comme Dark Souls, Elden Ring ou Armored Core VI, tandis que l’édition internationale est confiée à des partenaires différents selon les licences. Par exemple, Bloodborne appartient à Sony, Sekiro est édité à l’international par Activision, et d’autres projets comme Demon’s Souls ont connu des partenaires distincts selon les territoires.
Interrogé sur la situation par DenFamiNicoGamer, Hidetaka Miyazaki a livré une réponse rare. Il affirme être globalement satisfait de l’environnement de développement actuel chez FromSoftware, soulignant que l’équipe peut “créer librement les jeux qu’elle souhaite sans interférence excessive”. Il insiste toutefois sur le fait qu’il s’agit de son opinion personnelle et non d’une position officielle de l’entreprise.
Ces propos ont rapidement circulé dans la communauté, car Miyazaki s’exprime rarement en dehors des annonces officielles. Sans commenter directement le conflit actionnarial, ses déclarations ont néanmoins été interprétées comme un signal rassurant pour les joueurs : à court terme, l’indépendance créative du studio ne semble pas remise en cause.
Cependant, la situation reste évolutive. Kadokawa a déjà indiqué ne pas être opposé au développement du self-publishing à long terme, mais insiste sur une transition progressive. De son côté, FromSoftware conserve une forte autonomie dans ses décisions de production, ce qui laisse penser que les changements immédiats resteront limités.
Enfin, la réputation d’Oasis Management dans le secteur est scrutée avec attention. Le fonds avait déjà adressé plusieurs lettres à Satoru Iwata entre 2013 et 2014, proposant notamment des stratégies de monétisation agressives inspirées du mobile. Certaines de ces propositions, comme l’idée de microtransactions autour des actions de jeu, avaient suscité de vives réactions dans l’industrie.
Aujourd’hui, même si certaines critiques d’Oasis sur la stratégie globale de Kadokawa trouvent un écho, de nombreux observateurs restent prudents concernant leur vision appliquée au jeu vidéo. Le vote de la prochaine assemblée générale, prévu le 24 juin, sera donc déterminant pour l’avenir de la gouvernance du groupe… et potentiellement pour l’équilibre autour de FromSoftware.