« La musique IA, est-ce vraiment ce que veulent les gens ? » : rencontre avec Nobuo Uematsu, le compositeur star de la saga Final Fantasy
ENTRETIEN - Le musicien japonais, rendu mondialement célèbre pour son travail sur cette licence du jeu vidéo, s’est confié au Figaro alors qu’il se produit samedi soir à Paris avec sa nouvelle formation, le groupe conTIKI.
C’est un évènement rare pour les fans de jeux vidéo japonais. Trois ans après son dernier passage en France, le compositeur japonais Nobuo Uematsu, rendu mondialement célèbre par son travail sur la saga de jeux vidéo Final Fantasy, se produit ce samedi soir à la Salle Pleyel de Paris dans le cadre d’une courte tournée européenne.
Mais les spectateurs ne doivent pas s’attendre à entendre toute la soirée les mélodies qu’il a composées pour l’éditeur Square Enix des années 1980 au début des années 2000. Son spectacle est hybride. On l’y entend, seul sur scène, réinterpréter des musiques de Final Fantasy avec son synthétiseur ; mais on assiste également à un conte musical narré par l’actrice Rie Tozuka, et à des chansons venues de Final Fantasy comme d’autres travaux bien moins connus du compositeur, interprétées par la chanteuse Sarah Àlainn. Cette dernière est connue pour avoir interprété la chanson de clôture du jeu de rôles Xenoblade Chronicles.
«Un peu de Final Fantasy, un peu de lectures, un peu de chansons originales bizarres, tout cela évite la lassitude pour le spectateur. Tout ce que je veux, c’est que le public soit content», explique au Figaro Nobuo Uematsu.
« Il n’y a pas plus grand plaisir pour un artiste que de voir le public réagir à sa musique »
Ce dernier se démarque de bien d’autres compositeurs de musiques de jeux vidéo en multipliant les concerts où il se produit sur scène, aux côtés d’autres musiciens.
«C’est simple, il n’y a pas plus grand plaisir pour un artiste que de voir le public réagir à sa musique», sourit-il. Après s’être prêté au rock avec les groupes The Black Mages puis Earthbound Papas, Nobuo Uematsu a créé en début des années 2020 le groupe conTIKI, où figurent le violoncelliste Nubia mais aussi deux anciens collègues de chez Square : Chihiro Fujioka et Michio Okamiya. Le premier a été directeur du jeu Super Mario RPG et le second a été coproducteur du jeu Final Fantasy Tactics, ainsi que membre du département publicité de l’éditeur japonais.
«On a commencé par se produire dans des bars pour jouer quelques morceaux. Mais c’est en 2023 que nous avons conçu un véritable spectacle de 90 minutes», poursuit le musicien.
«Nous l’avons d’abord joué en France et en Belgique, avant d’entamer une tournée au Japon», se souvient la comédienne Rie Tozuka.
«J’ai rejoint le groupe 2 ou 3 semaines avant le premier concert, pour remplacer au pied levé le guitariste Yasushi Yokokawa, qui avait un problème de paralysie des doigts. Nobuo m’a appelé pour boire un verre et me demander si je me sentais capable de retenir les morceaux en si peu de temps. Je ne peux rien lui refuser parce que c’est un honneur!», rit Michio Okamiya, qui faisait aussi partie du groupe de rock The Black Mages. «Avec le rock, et toutes les musiques fortes, vous pouvez faire des erreurs et personne ne s’en rendra compte. Avec les musiques d’un groupe comme conTiki, on ne peut plus cacher ses erreurs. C’est un défi que j’ai trouvé intéressant», ajoute Nobuo Uematsu.
Autre défi pour le musicien, celui d’avoir composé pour le producteur Thomas Böcker un conte symphonique pour enfants (Merreugnon Heart of Ice), qui sera joué le mois prochain à la Philharmonie de Paris.
«C’est une offre de travail que j’ai reçu, et qui m’a demandé beaucoup de travail et d’énergie. J’avais envie de composer de la musique pour les enfants», explique-t-il.
« Je ne veux pas être influencé par de la musique récente »
Nobuo Uematsu revendique d’être un autodidacte.
«J’aurais été incapable de rivaliser avec de véritables musiciens, j’ai donc compris très jeune que je devais me démarquer autrement. C’est pour ça que j’ai écouté d’autres types de musique que la musique japonaise, que je considérais déjà acquise naturellement», souligne-t-il. Il cite parmi ses références de jeunesse Stevie Wonder, les Beatles, Elton John, Michel Polnareff, Weather Report mais aussi les groupes de rock Yes ou Genesis.
Le compositeur confie n’écouter aujourd’hui que la musique de sa jeunesse.
«Je n’écoute pas de nouveautés, surtout pas la radio, et pas de musiques de jeux vidéo. Je ne veux pas être influencé par de la musique récente. Et puis vous savez, j’ai encore tellement à tirer de la musique que j’écoutais jeune... je n’ai pas fini cette quête. Je n’en ai pas fini avec Miles Davis , par exemple.» Est-il inquiet de l’émergence de la musique IA ?
«Cela ne m’intéresse pas», tranche-t-il.
«Mais je me demande, est-ce que c’est vraiment ce que veulent les gens ? Si ça se trouve, pour quelqu’un qui n’écoute de la musique qu’en fond sonore quand il fait son jogging, peut-être que cela peut suffire, mais qu’en est-il de l’écoute de la musique qui vous met les larmes aux yeux ? Ou de s’intéresser aux musiciens, à qui ils sont, comment ils se sont rencontrés, dans quel contexte ils ont vécu... Ça, l’IA ne le permet pas encore, à défaut de contexte ou d’histoire.»
Les premières années de Nobuo Uematsu en tant que musicien ont été difficiles.
«De 22 à 26 ans, j’envoyais mes cassettes démo mais personne ne répondait. Je n’avais pas de travail, donc je ne pouvais littéralement pas manger à ma faim. Il n’y a que Square qui a fini par vouloir de moi. Hironobu Sakaguchi [cocréateur de l’entreprise et futur réalisateur et producteur des premiers Final Fantasy] a eu une très bonne oreille !», sourit-il. De ces années de galère, Nobuo Uematsu, 67 ans aujourd’hui, a gardé le besoin de travailler sans cesse.
Infatigable travailleur
L’autodidacte a été salarié de Square Enix à partir de 1986, où il a composé certaines des musiques les plus célèbres de l’histoire du jeu vidéo. Il en part en 2004 pour créer son propre label. Il a notamment composé les années suivantes les bandes originales des jeux de Hironobu Sakaguchi, lui aussi parti de Square, comme Blue Dragon, The Last Story, Terra Battle, Fantasian ou Lost Odyssey (qui ne s’est pas assez vendu au Japon pour donner lieu à de nouveaux concerts, confie-t-il), tout en continuant de travailler ponctuellement avec son ancien employeur. Il a ainsi signé ces cinq dernières années les chansons de Final Fantasy VII Remake et Rebirth.
En 2024, Nobuo Uematsu a décidé d’arrêter de composer des BO entières sans pour autant totalement stopper la musique de jeux vidéo. L’an passé, il affirmait avoir envie de travailler avec des studios de jeux indépendants.
«Rien n’est encore fait mais des choses sont en discussion», confie-t-il, avant d’ajouter en riant «donnez-moi du travail !» à l’adresse des studios de jeux français.
«Mais j’aimerais que ça soit conTIKI qui interprète la musique que je compose», insiste-t-il.
Le sexagénaire confie mener «une vie très tranquille» rythmée chaque jour de la même manière, même le week-end.
«Je me lève vers 5 ou 6 heures, je mange, je sors mon chien, je gère mes mails, et je travaille toute l’après-midi avant de ressortir mon chien, prendre un bain et boire une bière. C’est ma routine !», sourit-il. Cette dernière est toutefois brisée par ses tournées à travers le monde. Le volet européen de conTIKI 2026 s’achève d’ailleurs ce samedi avec le concert parisien.
«Je sais parfaitement ce que je vais faire en rentrant au Japon. Tout est planifié», conclut l’infatigable musicien.
Une très belle interview de l'une plus grandes légendes des musiques de l'histoire du jeu vidéo

Tout simplement
Comme mon ost préférée est celle FF6 j'approuve,
mais faut avouer qu'il a perdu son "mojo" et n'a plus rien composé de génial depuis bien longtemps... depuis FF7 je dirais, ça remonte... mais il n'a plus rien à prouver évidemment.
Michiru Yamane et son ost Symphony of the night...
Sinon chez Konami fin 80/ début 90 il y avait des tas de compositeurs de génie, sur les Gradius, Castlevania, Salamander, les jeux Tortues Ninjas etc...
Mais son avis reste intéressant quand même