posted the 05/14/2010 at 08:23 AM by
alfouxlf
Notre époque a cela d'étonnant qu'elle est perpétuellement dans la négation de la critique. Au développement raisonné et intelligent de l'initié, on préfère l'ectoplasme modulable à souhait qui hoche tranquillement de la tête en disant "J'aime" ou "J'aime pas". Autrement dit, la subjectivité toute puissante éradiquant la critique constructive. L'émotion plutôt que la raison.
Pourtant, on peut dire qu'un livre est mauvais, ou bon. On peut le démontrer. En abordant ce sujet, je me souviens que lors d'une discussion en classe, cette année, je me suis heurté à l'incompréhension de pas mal de mes camarades. Une de mes collègues m'a même dit, "Qui est-on pour juger ?". La réponse est simple, un initié. Par ma culture, le travail effectué sur des œuvres, ma capacité à réfléchir je peux dire qu'un Marc Levy est une merde infâme. Car, les personnages sont des stéréotypes grossiers (contrairement à un Djian qui les déforme avec malice), des histoires qui se confondent dans le pathos le plus mièvre qu'il soit doublées d'un style à peine digne de la prose d'un enfant de cinq ans.
En lisant il y a peu Comme un roman de Daniel Pennac, je suis tombé sur un passage expliquant merveilleusement bien cette distinction que l'on doit opérer entre les bons et les mauvais livres.
"Pour être bref, taillons très large : disons qu'il existe ce que j'appellerai une "littérature industrielle" qui se contente de reproduire à l'infini les mêmes types de récits, débite du stéréotype à la chaîne, fait commerce de bons sentiments et de sensations fortes, saute sur tous les prétextes offerts par l'actualité pour pondre une fiction de circonstance, se livre à des "études de marché" pour fourguer, selon la "conjoncture", tel type de "produit" censé enflammer telle catégorie de lecteurs.
Voilà, à coup sûr, de mauvais romans.
Pourquoi ? Parce qu'ils ne relèvent pas de la création mais de la reproduction de "formes" préétablies, parce qu'ils sont une entreprise de simplification (c'est-à-dire de mensonge), quand le roman est art de vérité (c'est-à-dire de complexité), parce qu'à flatter nos automatismes ils endorment notre curiosité, enfin et surtout parce que l'auteur ne s'y trouve pas, ni la réalité qu'il prétend nous décrire.
Bref, une littérature du "prêt à jouir", faite au moule et qui aimerait nous ficeler dans le moule."
Merci Daniel.
Breviaire des vaincus - blog sur la littérature et le cinéma -
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posted the 05/13/2010 at 04:59 AM by
alfouxlf
Lorsqu'on est jeune, fougueux, et un peu con sur les bords, on n'a bien souvent à la bouche que le mot romantisme. Les médias, collant toujours au plus près des aspirations du public, ne cessent d'ailleurs d'utiliser eux aussi ce concept du romantisme à tord et à travers. C'est que notre époque a tendance à galvauder les mots. Le romantisme, ce n'est pas un bouquet de roses rouges qu'on vient d'acheter chez les fleuristes moyennant quelques euros. Ce n'est pas un dîner aux chandelles qui coûte la peau du cul dans un restaurant. Le romantisme à la française, il faut donc relire Chateaubriand ou Musset, c'est la souffrance (car le désir est souffrance), la mélancolie, le mal de bide. Une phrase de Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe résume parfaitement ce qu'est ce romantisme made in hexagone :
" Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue."
Pour rester dans le même esprit, il faut savoir que les jeunes idiotes qui écrivent, en entourant le tout de cœurs boursouflés de naïveté, sur leur agenda "Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas" n'ont pas compris Les Pensées de Pascal. Car chez Pascal le cœur ce n'est pas cette pompe à sucre vissée dans votre buffet, c'est la foi. Pascal oppose la foi à la raison, la foi étant au-delà du raisonnement intellectuel, laborieux et minutieux.
Autre concept incompris, l'épicurisme. Si vous croisez quelqu'un, au cours d'une soirée ou chez le boulanger mais c'est plus rare, qui vous dit "Moi j'aime bien manger, boire, je suis un épicurien". Soyez certain d'une chose, ce couard n'a jamais lu Épicure. Il faudra alors lui conseiller de se procurer Les Lettres d'Épicure pour deux ou trois euros dans sa version poche. Le philosophie de l'antiquité définit sa notion de la fête comme un repas incroyablement austère. Un peu de pain, du fromage et au lit. Si l'on veut parler du plaisir de bien manger et de bien boire, il faut se définir comme un partisan de Dionysos et aller du côté de la mythologie.
Enfin, pour clore cette petite énumération, si votre ami récidive, histoire de légitimer les restants de culture qui lui collent encore au fond du cerveau, en vous disant qu'il est athée et donc cartésien faites moi plaisir. Collez lui donc un beau coup de pied au cul. Une des premières choses que démontre Descartes dès le début de son Discours de la méthode, c'est que Dieu existe.
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posted the 05/12/2010 at 10:41 AM by
alfouxlf