Pour une fois, ce n’est pas votre serviteur habituel qui signera seul le test du site.
Forza Horizon 6 aura droit à un double verdict : le mien, et celui de Shanks qui se complètent globalement. Ca ne s’était plus vu ici depuis une bonne quinzaine d’années (depuis
Silent Hill Origins d'après les dires du divin chauve), et au fil de nos discussions autour du jeu, l’idée nous a semblé assez naturelle. D’autant que, de mon côté, cela faisait très longtemps que je ne m’étais plus prêté sérieusement à l’exercice du test. Autant dire qu’on ne ressort pas le volant pour rien
Liquidus
Conditions de test : RTX 5080 via GeForce Now combiné à l'abonnement Game Pass Ultimate
Playground Games ne cherche pas à tout réinventer avec ce sixième épisode, et c'est assumé. La formule reste connue avec un grand monde ouvert, des épreuves partout, une progression accessible, des récompenses régulières et cette conduite arcade toujours aussi maîtrisée. On est clairement en terrain familier. Mais cette fois, un élément change beaucoup de choses : le Japon, et je dois dire qu’il apporte au jeu une vraie aura. Pas juste un décor avec trois néons, quelques cerisiers et deux temples pour faire carte postale le genre de traitement qu'on redoutait franchement. Le cadre donne à la série une identité plus marquée. Entre les routes de montagne, les autoroutes, les quartiers urbains, les ambiances nocturnes et les tracés plus denses, Forza Horizon 6 retrouve une gueule que la série avait peut être un peu perdue à force de perfectionner sa propre formule.
C'est surtout en roulant dans Tokyo que quelque chose se réveille et va évoquer quelques vieux souvenirs à des vieux passionnés de jeux de bagnole puisque le jeu va notamment pouvoir nous évoquer de vieilles références comme le bon vieux Metropolis Street Racer sur Dreamcast, ainsi que son successeur Project Gotham Racing sur les consoles Xbox… et peut être un peu de Ridge Racer aussi. La ville, les lumières, les grandes artères, les virages urbains, cette ambiance japonaise à la fois moderne et fantasmée… tout cela rappelle une époque où les jeux de course avaient une vraie identité visuelle. Il y a d'ailleurs une petite ironie assez savoureuse là-dedans : Playground Games a été créé par des développeurs à la suite de la fermeture de Bizarre Creations, le studio derrière Metropolis Street Racer et Project Gotham Racing. Difficile de ne pas y voir une filiation indirecte.
Heureusement le jeu ne repose pas uniquement sur son décor. La conduite reste l'un de ses grands points forts. C'est arcade, évidemment mais jamais creux. On sent la voiture qui colle à la route, son poids dans les courbes, la puissance des accélérations, la nervosité des changements d'appui. Le jeu parvient à maintenir de vraies sensations derrière le plaisir immédiat. Le sound design accompagne très bien tout ça. Les moteurs ont de la présence, les accélérations claquent, les pneus donnent du relief aux trajectoires. On ressent la voiture tout le long des courses ou des balades qu’on peut faire.
Niveau bande originale, on retrouve les stations habituelles : électro, rock, hip hop, morceaux posés ou titres taillés pour la vitesse. L'épisode ajoute aussi des stations japonaises, dont Gacha City, dédiée à la pop locale et présentée par une animatrice japonaise. Ce n'est pas révolutionnaire, mais ça renforce l'immersion et donne au Japon une présence sonore, pas seulement visuelle. Petit regret personnel tout de même : le fan d'Initial D que je suis n'aurait pas été contre une dose d'Eurobeat. Quand on nous offre des routes de montagne japonaises, des descentes nocturnes et des virages serrés, ne pas glisser un peu de "Déjà Vu", c’est presque criminel.
D'autant que le jeu intègre les modèles directement issus de l'anime avec la Toyota AE86, la Mazda RX-7, la Nissan Silvia et j’en passe et la communauté s'est déjà emparée du sujet avec une application déconcertante entre reproductions fidèles des livrées, vinyles soignés, réglages calqués sur les configurations des personnages. Le travail est là, le décor est là, les voitures sont là. Bref, je pinaille un peu mais bon, je pense que la route est toute tracée pour une petite collaboration avec l’animé pour une extension, ils peuvent encore se rattraper. Bref.
Pour ce qui est des défauts, le jeu conserve tout les travers habituels de la série. Sa structure reste très familière, parfois trop. On enchaine les courses, les défis, les activités secondaires et les récompenses avec cette générosité permanente typique de Forza Horizon. C'est agréable, mais ça finit par saturer parce que à force de tout donner très vite, le jeu dilue la valeur de ce qu'il offre et le joueur n'est jamais vraiment mis à l'épreuve. On gagne vite de l'argent, on débloque rapidement des voitures, et le système de récompenses aléatoires peut sortir de très grosses caisses assez tôt. Sur le moment, c'est plaisant mais ça enlève une partie du plaisir de la montée en puissance. C'est peut être mon côté vieux con qui parle, mais je repense aux heures passées sur Gran Turismo et autres à gratter les crédits, acheter une meilleure voiture, l'améliorer patiemment, puis viser les modèles les plus prestigieux. On avait le sentiment d'avoir mérité son garage. Dans Forza Horizon 6, les voitures deviennent parfois davantage des objets de collection que de vrais objectifs. C'est cohérent avec l'esprit festif de la série, mais ça réduit le poids de la récompense.
L'absence de voix françaises ne perturbe pas l'expérience, on ne va pas se mentir on ne joue pas à Forza Horizon pour assister à une tragédie shakespearienne entre deux courses de rue mais c'est tout de même dommage car ça touche à l'accessibilité et au confort. Le jeu raconte pas mal d'anecdotes sur le Japon, sa culture ou l'histoire automobile, et devoir lire des sous titres tout en conduisant renvoie au fameux syndrome GTA en devant choisir entre suivre la route ou suivre le dialogue et c'est d'autant plus regrettable que cette absence serait liée aux désaccords entre Microsoft et certains comédiens de doublage autour de l'utilisation de l'IA et de la protection des voix. Pour un jeu aussi grand public, c'est un point noir secondaire mais réel.
Un mot aussi sur les conditions dans lesquelles je fais le jeu. Je suis passé par GeForce Now avec un rig RTX 5080, et c'est clairement la bonne décision… C’est beau, c’est propre, c’est fluide… En revenant sur Series X, disons que j'ai vu un monde différent avec le mode performance qui souffre d'un rendu un peu flou et baveux qui trahit un jeu aussi beau, et le mode qualité à 30fps… disons que c'est une option qui existe...
Au fond, Forza Horizon 6 reste un épisode prudent. Il affine, embellit et renforce une formule déjà très solide, sans jamais la bousculer vraiment. Ceux qui attendaient une rupture resteront sur leur faim. Mais ça fonctionne. Le Japon donne au jeu une cohérence et une personnalité que je n'avais personnellement pas vraiment retrouvées depuis Forza Horizon 3. L'Australie reste pour moi le sommet de la série avec cette alchimie rare entre diversité des environnements et identité forte, avec la jungle, le désert, les plages et la ville, chacune avec sa propre personnalité. Forza Horizon 4 était techniquement impressionnant, mais l'Angleterre m'avait laissé froid. Le Mexique de Forza Horizon 5 avait de la gueule, mais donnait parfois l'impression d'un décor conçu pour les screenshots plus que pour créer une vraie atmosphère de conduite… C’était exotique, certes, mais il manquait quelque chose et je trouve que le Japon coche des cases que ni l'Angleterre ni le Mexique ne cochaient avec une culture automobile immédiatement identifiable, une esthétique nocturne reconnaissable, une densité urbaine qui change fondamentalement les sensations de conduite. Le cadre et le gameplay se parlent enfin de façon naturelle je trouve.
Shanks
Conditions de test : Xbox Series X via code review
Ce n’est pas donné à tout le monde mais la confiance envers ce Forza Horizon 6 était totale, au moins pour le statut de très bon jeu, tant Playground maîtrise parfaitement son sujet depuis le deuxième épisode. Et attendu de longue date, ce Japon fictif (surtout en terme d’échelle) ne déçoit ni dans la variété de ses biomes, ni dans son ambiance, et surtout pas dans le respect alloué envers le pays et son histoire (automobile) via des sortes de missions tourismes, mais en plus rapide.
On pourrait presque parler de jeu intouchable si le public n’était pas devenu aussi exigeant et quelque part, il en a le droit après autant de jeux et d’extensions, et si l’expérience reste aussi grisante que hypnotique même encore une fois pour des nouveaux-venus dans le genre, avec d’ailleurs le mérite de revenir à une progression vraiment CLAIRE (dommage qu’il n’en soit pas de même pour les menus), pour les autres, c’est le manque de surprises ou en tout cas pas là où on les attendait. Les petites épreuves style job de taxi, c’est rigolo, la personnalisation du garage, c’est complet mais à l’intérêt très discutable quand on veut s’attarder sur l’essentiel, et bien entendu que l’on adore toujours autant les épreuves Horizon Rush, sorte de cerises sur un gâteau qui ne possède jamais assez de cerises.
L’ennui est que Playground semble être arrivé depuis un moment au bout de sa formule (contenu, online, météo, saisons…) et lorsqu’une originalité est trouvée, elle est généralement réservée aux extensions, là où se trouveront peut-être les attendues motos. Qui sait. Mais en attendant, pourquoi ne pas avoir parfait encore plus la franchise, même pas avec du révolutionnaire, mais en revenant sur ce qui a été perdu en cours de route, pourtant réclamé par la communauté ? Où sont les clubs ? En quoi l’ajout de stations radios, très cool ok (y a l’opening de Mashle, sachez le), empêche le retour de la station Spotify qui à l’époque avait été accueillie à bras ouverts ? Comment Xbox a t-il osé ne pas débloquer la situation autour de l’absence de doublage FR (peut-être l’épisode qui en avait le plus besoin sans que ce ne soit préjudiciable) ? Et puis à un moment, pourquoi je peux faire voler la moitié d’une forêt avant d’être mis à l’arrêt par une simple boîte aux lettres ?
Oui c’était excellent. Mais pitié, soyez plus audacieux avec une telle stature, au point de toute façon de ne même plus avoir de concurrence.

On passe un bon moment, mais ça n'apporte rien du tout, faut le savoir. Ensuite, on s'amuse tout de suite et les codes de horizon sont présents et respectés, si on aime la formule, on aimera forcément ce jeu là aussi.
Pour les phases de balade avec le côté visite touristique, mettez la conduite automatique, comme ça vous pourrez lire les sous titres.
L'aspect "jeu qui donne tout tout de suite" n'est pas un soucis pour moi, je joue à ce jeu pour avoir des tonnes de voitures différentes sans avoir besoin de faire des choix justement. Ajoutez à cela le fait que la progression est plus claire oui, on débloque les courses au fur et à mesure, j'ai moins eu cette impression de "trop" dès le début.
Il n'y a qu'un seul "petit boulot", sérieusement? Ils auraient pu en mettre d'autres, je vous raconte pas comment c'est super long pour arriver au niveau max.
Les radios sont "ok", mais j'ai pas été transcendé plus que cela. Concernant les maisons et leur personnalisation, c'est tellement anecdotique que j'en parlerai même pas.
Au final, ça reste un bon jeu si on adhère à la formule, mais à aucun moment vous ne serez surpris.
Le souci n’est pas de “ne pas vouloir lire” ou de refuser l’anglais. Le souci c’est qu’un Forza Horizon repose précisément sur le plaisir de rouler, d’observer la route, de gérer son allure et de profiter du décor en mouvement. Si pour suivre les anecdotes culturelles ou les dialogues, il faut laisser le jeu conduire à ta place, c’est que l’accessibilité n’est pas optimale.
Là on contourne le problème, ça ne le règle pas.
Ah mais je suis d'accord, c'est le seul moyen que j'ai trouvé. J'ai aussi été ennuyé par le manque de VF, j'avais oublié qu'il y avait des missions "guide touristique" comme à chaque fois.
On pourrait aussi parler de la "narration" qui n'est pas folle, ils tentent des trucs à chaque fois avec des personnages, mais on se sent tellement pas impliqué.