Une fois de plus,
Square Enix a démarré calmement sur 3DS, avec quelques petits titres « vite-fait » pour profiter d'un parc certes peu étendu mais en tout cas dénué de concurrence. Seulement le temps passe et l'éditeur phare se devait de proposer du concret, du lourd même, et c'est avec un plaisir mitigé qu'on accueille ce
Kingdom Hearts 3D : Dream Drop Distance . Oui, partir sur quelques a-priori n'est pas forcément bien vu mais il faut dire qu'il y a largement matière à , vu le passif de la licence chez
Nintendo .
Notre intéressé incarne, mine de rien, le quatrième épisode chez
Nintendo , les trois premiers n'ayant pas vraiment rencontré un applaudissement assourdissant, et ça ne risque pas d'être le cas avec cette tentative 3DS, en dépit de nombreuses qualités. Déjà , commençons par un point assez fâcheux. L'absence de numérotation pourrait laisser entendre au quidam que nous avons affaire à un simple spin-off. C'est faux, malheureusement (oui oui, c'est presque une mauvaise nouvelle ici). La simple présence de numéro signifie en fait deux choses : il existe deux épisodes ambitieux, les autres l'étant beaucoup moins. Rien de plus. Car dans les faits, chaque opus fait partie intégrante de la mythologie
Kingdom Hearts , afin que le fan ne puisse passer à coté, du moins s'il souhaite vraiment capter toutes les ficelles d'un scénario qui part dans tous les sens.
Donc que le nouveau venu retienne bien ce que la publicité télé ne vous dira pas : si vous n'avez joué à aucun autre épisode de la saga, vous n'allez absolument rien comprendre au scénario. Eh non, ce n'est pas les quelques bribes de mémo qu'on débloquera au fur et à mesure qui vous aideront, tant l'aspect résumé de la chose vous retournera le crâne plus qu'autre chose. D'ailleurs, on captera en passant qu'il est beaucoup plus facile de résumer le premier épisode que les suivants, preuve que Nomura commence un peu à s'y perdre dans ce fourre-tout qui demande tout de même de posséder cinq machines (en enlevant les remakes et la rétro-compatibilité de certaines consoles).
Et malheureusement pour
Nintendo , ce problème hante ce
Dream Drop Distance d'un bout à l'autre de l'aventure. Si les deux épisodes numérotés sont à la hauteur tandis que l'opus PSP fait office de préquelle assez réussie, les chapitres GBA, DS et maintenant 3DS semble constamment faire dans la redite, avec un scénario qui sent le prétexte à plein nez et qui se découpe une fois de plus en deux parties : 90% du jeu sert à mettre en place quelque chose qui semble ne jamais avoir été prévu au départ, et qui n'aura probablement aucun intérêt plus tard, tandis que les 10% restants (soit le dernier chapitre) servira de rapide transition pour
Kingdom Hearts III , ou un autre opus annexe si Nomura reste encore coincé trop longtemps sur son
Versus XIII .
C'est ainsi qu'on démarre un nouveau sujet assez peu exploité dans la licence : les rêves. Sous un prétexte assez bidon, on ira donc faire un tour dans une demi-douzaine de mondes pour, histoire de ne pas changer, fermer les diverses portes avec votre Keyblade. L'univers de Disney est d'ailleurs complètement sous-exploité puisque le trio Mickey-Donald-Dingo restera dans dans son coin pendant la majeure partie de l'aventure, tandis que la visite de quelques uns des univers ne mettra que trop peu les protagonistes associés en avant, l'histoire de chacun étant expédié comme un coup de vent vu que le principal message à retenir est que « l'amitié, c'est trop bien » et que « ce qui compte, c'est ce qui se trouve dans notre cœur ». Une tendance qui ne fait pas vraiment dans la maturité, chose que les développeurs ont essayé de corriger en intégrant de temps à autre une cinématique où l'un des restes de l'Organisation
XIII pointe le bout de son nez pour offrir le schéma ultra classique : j'arrive par un portail, je prononce une phrase super mystérieuse et je m'en vais. Mouais.
L'autre problème des différents mondes Disney, c'est l'incroyable manque d'ambition qui en ressort. Les décors sont ultra statiques, ça manque de mouvements et surtout de vie ! D'accord pour Fantasia qui tourne sur un trip uniquement visuel mais il est choquant de ne pas voir l'ombre d'un PNJ dans la ville de Traverse (chose que le premier sur PS2 savait proposer) et pire encore du coté du Bossu de Notre Dame, où on fait face en soupirant à des passages où Quasimodo montre sa joie à la foule, qu'on entend, mais qui n'apparaît pas à l'écran. Pour du temps réel, on peut essayer de comprendre mais lors d'une cinématique, c'est juste une marque de fainéantise. Ce qui est dommage au final vu que, il faut bien avouer, le jeu est techniquement superbe, jamais avare en effets et propose une bonne 3D relief.
Coté gameplay, le titre reprend les principaux codes de la saga et à ce propos, on notera que le Circle Pad est loin d'être obligatoire puisque proposant uniquement une fonction lock via la touche Zr (qu'on peut remplacer simplement par L et R en simultané) et bien entendu la fonction caméra avec le joystick droit. Seulement, le level design se montre assez simple et demande assez rarement de bouger la caméra soi-même, idem en combat où le lock et le radar font suffisamment bien leur boulot. Pour le reste, peu de changement donc puisqu'il s'agit toujours d'un action-RPG proposant des combats très rythmés, avec attaques, combos, coups spéciaux et magies. Le tout couvert des habituels gain d'expérience, de niveau et de munnies, la monnaie locale permettant de se ressourcer chez le mog du coin.
La principale nouveauté reste l'aspect Pokémon-like qui risque d'en offusquer beaucoup. En effet, Donald et Dingo étant relégué au rang de PNJ invisibles scénaristiquement parlant, il faudra se contenter de créatures à l'aspect douteux. Jusqu'à trois bestioles peuvent nous accompagner (pour seulement deux à l'écran) afin qu'elles puissent servir de renfort dans les combats, quand elles ne restent pas coincé dans le décors. Le plus intéressant restant la possibilité d'actionner des attaques ultimes une fois leur jauge remplie. Mais c'est loin d'être tout, puisque nos nouveaux amis pourront gagner des points de compétences à force de combattre, mais également en les câlinant, en les nourrissant et en s'amusant avec eux au travers de trois mini-jeux répétitifs.
Nintendogs , j'entends ton nom.
Les réfractaires à l'élevage de bébêtes seraient tentés de passer à coté de cette section. L'erreur ! Car les points de compétences en question sont utilisés dans un menu propre à chaque créature, servant à débloquer tout un tas de chose pour notre héros : défense sur certains éléments, boost d'attaque, nouvelles magies, gain d'HP, compétences inédites... Sachant qu'il faut du temps pour acheter tous les bonus d'une créature, que chacune en propose des inédits et qu'il y a un paquet de ces bestioles à adopter (en les créant via formule et matériaux), vous comprendrez qu'il va falloir passer du temps à faire des câlins, quitte à briser le rythme du jeu. Heureusement, il reste toujours la possibilité de débloquer des compétences rares en trouvant des coffres et en affrontant certaines créatures dans des défis annexes.
Retour du coté de la progression. Conscient du manque de niveau pour proposer une durée de vie digne de ce nom, l'équipe a trouvé une idée tout simplement mauvaise : le fait de passer automatiquement d'un personnage à l'autre. Car oui, Sora n'est pas le seul personnage jouable, le torturé (mentalement) Riku étant de la fête, mais pas avec vous. Non, les deux compères évoluent en fait dans deux dimensions parallèles... qui proposent en fait les mêmes mondes, mais d'un point de vue plus ou moins différent. Donc concrètement, voilà comment ça se présente : vous jouez avec Sora et faîtes vos petites affaires pendant qu'une jauge descend inexorablement. Une fois cette dernière vide, pouf, vous passez au personnage de Riku qui évolue à part et vice-versa. Un peu comme si vous jouiez deux parties différentes, en passant de l'une à l'autre au bout de plusieurs dizaines de minutes à chaque fois.
Ce concept qui partait d'une bonne intention (?) se montre pourtant imparfait. En l'absence d'objectif indiqué sur la map (en bas de l'écran), il sera difficile de vous y retrouver en revenant dans l'action après être passé d'un personnage à l'autre, pire encore si vous avez eu le malheur de sauvegarder pour y revenir trois jours plus tard. Mais tout n'est pas non plus mauvais car ce concept de double-dimensions est parfois bien exploité. Bon pas forcément dans le monde du bossu (quasiment le même niveau pour les deux personnage), mais plus dans celui de Pinocchio, où Sora et Riku évolue dans deux passages complètement différents. Et puis bon, il faut avouer que le concept a un sens du coté du scénario, même si les rebondissements associés ne vous feront pas tomber de chaise.
Dénué de vrais énigmes mais proposant quelques fonctions originales à effectuer au tactile selon les situations (jet d'objet, briser des chaînes, mini-jeu de rythme...), les niveaux peuvent autant se traverser à vitesse grand V qu'en prenant son temps. C'est d'ailleurs pour cela que vous pouvez soit terminer le jeu en une vingtaine d'heures (en ligne droite), soit y passer plus de quarante si vous souhaitez vous occuper à fond de vos bestioles, trouver tous les ennemis cachés des niveaux, gagner toutes les coups des tournois de monstres, s'échanger des défis entre joueurs... et au final débloquer l'habituelle fin cachée et le twist qui va avec. Bref, un titre qui se montre complet, mais qui divisera la communauté, une fois de plus.
Conclusion : Oui,
Kingdom Hearts 3D est très joli, jouable et plutôt long. Mais voilà , à trop faire la course aux épisodes annexes pour nous faire patienter jusqu'au vrai
Kingdom Hearts III (si tant est qu'il arrive un jour, et espérons sur consoles HD), la licence plonge peu à peu dans la routine, preuve en est avec ce nouvel opus offrant un scénario qui n'avance pas, ou alors trop peu. Passé ce détail qui ne touchera que les fans (les autres ne comprenant rien à l'histoire), on ne retiendra qu'un sympathique titre plombé de trop nombreux défauts, certains servant surtout de prétexte (le drop), d'autres en totale inadéquation avec le reste de la série (l'élevage de créatures).
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