Qui aurait pu penser un jour qu'il faudrait attendre la fin de vie d'une console
Nintendo pour enfin voir débarquer un premier
Zelda exclusif. Car
Twilight Princess , critiqué ou adulé selon les fans, ne reste encore aujourd'hui qu'un héritage Game Cube, malgré ses quelques features à la Wiimote « histoire de ». Oui, il aura fallu patienter quasiment cinq ans pour voir enfin un épisode propre à la Wii et surtout à sa Wiimote Plus, pour une expérience un minimum renouvelée et une aventure toujours aussi grisante, ou presque.
Nintendo ne nous avait pas menti durant les nombreux mois qui ont précédés la sortie : malgré l'absence de vraie chronologie pour lier les différents épisodes de la saga, ce
Skyward Sword tend à se placer comme l'épisode mettant en avant les origines de la légende, même si on est loin du trip voulu et que passer à coté de cet opus ne posera probablement aucun problème pour apprécier les suivants. D'ailleurs, en parlant d'appréciation, difficile de placer l'introduction de notre intéressé comme l'une des plus agréables qui soit. Que les choses soient claires : éviter de démarrer l'aventure avec un manque de sommeil derrière vous pour avoir les idées au clair et ne pas piquer du nez au bout d'une heure. C'est long et c'est très bavard. Il se passe bien des choses intéressantes qu'on évitera de spoiler à ceux qui n'ont pas maté la vidéo résumant les premières dizaines de minutes mais sachez que la qualité de cet épisode sera loin de cette mise en bouche assez ennuyeuse, qui aurait pu être expédiée un peu plus rapidement.
Certes, certains irréductibles défenseurs de la sainte légende auront tendance à sous-entendre que ce genre de longue introduction sert à l'apprentissage et à la mise en place du background. C'est vrai pour le premier cas, peut-être un peu trop poussé par moment, mais il aurait été surtout plus agréable que cette phase se contente aux premières minutes, à l'instar des premiers pas dans le village Kokiri d'
Ocarina of Time . Ici, l'impression d'être dans la prise en main perdure un peu trop longtemps, se ressent d'ailleurs dans le premier donjon et même le suivant, le tout sans parler de notre nouvelle acolyte.
Nintendo l'a bien compris, la marché casual a une importance capitale dans le potentiel de billets pouvant être engrangés et on assiste donc à un afflux d'aides livrées par Fay, notre nouvelle Nav'i. Barbante à plus d'une reprise, notre « amie » s'amuse à nous interpeller pour parfois pas grand-chose, cherchant à nous livrer quelques indices déjà suffisamment visibles sauf aux yeux du quidam qui prendrait pour la première fois un épisode en main. On subit, en souhaitant parfois lui balancer une Wiimote en plein visage mais les non-habitués apprécieront, surtout que les pierres Sheikas sont de retour pour garantir de ne jamais être complètement perdu.
Pour ce qui est du background, comme souvent avec certains productions
Nintendo , c'est loin d'être ce qu'il y a de plus démentiel. L'histoire est très sympa à suivre, certaines cinématiques valent enfin quelque chose coté mise en scène, mais il serait temps que la production trouve un chara-designer digne de ce nom pour éviter d'avoir à se coltiner des personnages qui ne ressemblent à rien. Il suffit d'ailleurs de voir le méchant pour se rendre compte à quel point les responsables ont un mal fou à créer un second Ganon et on se contentera donc d'un ennemi un peu trop axé dans la folie façon Joker ou Kefka, sans le charisme qui va avec. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'une fois de plus, certains des personnages les plus marquants sont totalement secondaires, comme pour
Wind Waker et
Twilight Princess . La touche Aonuma en quelque sorte. Enfin, coté technique, on assiste sans surprise à un très bon travail et une variété qui fait plaisir aux yeux, des yeux qui auront souvent un peu mal si vous avez le malheur d'y jouer sur un écran HD. Routine made in Wii, tout ça...
Ce
Skyward Sword n'ayant donc pas l'étoffe, Wii oblige, pour s'imposer comme une claque technique, les développeurs ont pu s'attarder sur une évolution du gameplay, où Link s'offre enfin une agilité digne de ce nom. Évidemment, on n'est pas non plus dans un
Ninja Gaiden , mais notre elfe à collant pourra enfin faire quelques nouvelles action comme enfin nager avec davantage de dextérité, courir ou encore grimper à l'horizontale contre un mur qui nous bloquerait le passage. Aucune révolution, hormis pour la série elle-même, mais ce genre de point montre l'envie des développeurs de proposer un gameplay toujours plus profond. Détail à retenir, certaines de ces actions mettent en place l'arrivée d'une jauge de fatigue. On n'a donc plus à chercher d'oreille de lapin pour passer plus rapidement d'un point A à un point B mais la contrepartie sera de laisser notre héros souffler de temps à autre, ce qui n'est de toute manière pas trop préjudiciable tant l'aventure se prête à une exploration poussée.
L'un des points les plus importants de ce nouvel épisode vient évidemment de l'apport de la Wiimote Plus, cette version upgradée de la Wiimote de base qui permet une détection de mouvements enfin à la hauteur de ce qu'on était en droit d'attendre il y a cinq ans, l'occasion pour le joueur de pouvoir enfin simuler parfaitement les mouvements à l'épée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça marche plutôt bien, malgré quelques coups inutiles dans le vent dès qu'on bouge la télécommande. Quel que soit le sens de nos coups ou la vitesse désirée, tout répond à merveille, de quoi se prendre pour une espèce de chevalier et voir l'avenir de la série sous un nouvel angle (avant de se souvenir que le prochain sur Wii U se jouera probablement de manière beaucoup plus classique). Ce « changement » dans le gameplay est loin d'être innocent puisque de nombreux ennemis devront maintenant être frappés de telle ou telle façon pour que l'on puisse percer leur défense. Les finish et attaques circulaires sont toujours au rendez-vous, de même que les coups de boucliers simulés à l'aide du nunchuck et on retrouvera même un mouvement hérité de certains épisodes 2D, à savoir balancer de petites vagues d'énergie avec son épée (en ayant au préalable chargé son énergie en la pointant vers les cieux).
Zelda oblige, le jeu n'est pas radin coté équipement et propose tout un tas d'objets, dont évidemment quelques inédits. Dans l'ensemble, on trouvera donc une espèce de parachute de fortune, les habituelles mais indispensables bombes, le « retour » du filet à papillon, le fouet, le scarabée volant et les classiques lance-pierres, arc et grappin. On aura même la possibilité d'utiliser notre épée comme d'un radar dans la recherche d'objets et quêtes secondaires, et la Lyre incarnera le nouvel instrument à la mode. Là encore, la quasi-totalité de ces items utilisent la détection de mouvements, de manière assez naturelle et sans surprise avec une précision accrue par rapport Ã
Twilight Princess . L'un des bons points à signaler, c'est que contrairement à ce dernier qui n'offrait pas toujours des objets de la plus grande utilité au monde (on pense à l'espèce de roue-engrenage), ici, chacun trouvera son utilité à de très nombreuses reprises, que ce soit au cœur des donjons bien sûr, mais également dans la progression et l'obtention d'objets en tout genre.
Largement mis en avant à travers de nombreuses vidéos officielles, les phases à dos de piaf gréant sont en revanche l'un des points faibles du jeu. C'est jouable, ça offre une certaine sensation de liberté et ça permet d'apprécier les décors mais c'est bien moins intéressants à pratiquer que les phases à dos d'Epona, ou celles à bord du bateau dans
Wind Waker , pourtant imparfaites. La raison est simple : contrairement aux deux cas précités, il ne se passe quasiment rien dans les airs et on se contentera dans à peu près 90% des cas de se rendre à l'objectif souhaité, que ce soit la terre ferme ou une île flottante.
En revanche, là où on reste dans le domaine du chapeau bas, c'est dans la capacité habituelle des équipes de
Nintendo à savoir livrer des donjons incroyablement bien construits (si on excepte la relative simplicité des deux premiers). De véritables leçons de level-design, où on prend toujours autant de plaisir à trouver la solution qui n'est jamais trop difficile et demandant généralement de faire preuve de bon sens et d'observation. Le chemin pour atteindre les donjons est également tout aussi retors, ce qui n'est pas commun dans la saga, et comme dit plus haut, si les objets sont désormais bien moins nombreux que dans
Twilight Princess , leurs multiples fonctions trouvera toujours une utilité et renouvellera un peu l'expérience tant une bonne partie des puzzles utilisent la patte du Motion Gaming, comme ces clés des boss à placer dans le bon sens pour ouvrir une porte. En parlant des boss, et sans spoiler une fois encore, sachez que certains feront partie des plus cultes de la série. Du bon boulot.
Les Zelda n'ont jamais été des modèles de difficulté si on excepte les deux premiers, et
Skyward Sword ne déroge pas à la règle avec une aventure assez simple d'accès, et surtout assez peu de chances de voir le Game Over. Seul un manque de compréhension dans l'art et la manière d'éliminer certains ennemis et boss pourra être susceptible de voir baisser rapidement votre barre de vie. Heureusement, pour les non-habitués qui n'aiment pas perdre trop rapidement et tout simplement pour ceux qui aiment fouiner, les développeurs ont offert tout un tas de quêtes secondaires évidemment basées sur la recherche, motivant grandement à revenir dans les précédentes zones avec de nouveaux objets pour voir grandir notre espace de jeu et découvrir tout un tas de secrets, dont les indispensables quart de cœur.
Notons d'ailleurs que si la plaine d'Hyrule était le centre du monde dans
Ocarina of Time , c'est ici la ville de Célesbourg qui sera sujette à de nombreux allers-retours. Cœur de l'aventure, elle permettra de démarrer de nombreux aspects totalement secondaires à l'histoire principale avec notamment la chasse aux insectes ou la forge pour pouvoir modifier l'ensemble de notre équipement avec des objets ramassés durant notre périple. Un point très appréciable qui donne enfin l'impression de devenir plus puissant sans passer par le gain de nouveaux items, le genre de chose qui manquait à la saga et qu'on espère vivement voir de retour dans les prochains épisodes. A contrario, et on terminera ainsi, certains changements sont assez « choquants » pour la série, comme l'absence de cycle jour-nuit (il faut maintenant dormir pour passer de l'un à l'autre) ou la présence d'un inventaire limitée. Pas de quoi choquer pour autant, c'est juste un changement d'habitude à prendre.
Conclusion : Attendu depuis un (trop) long moment, Skyward Sword nous fait le coup du double-effet. Les premières heures sont décevantes et auraient mérité davantage d'attention, tandis que la suite est digne des meilleures épisodes de la saga, et en font un titre à posséder impérativement pour tout fan. Un prologue plus réussi, un background à la hauteur et surtout un support plus puissant (vivement la Wii U) lui aurait permis d'atteindre les plus hauts sommets. Pour l'heure, il s'agit « juste » d'un des titres les plus marquants de la Wii. Rien que ça.
VIDEO