LA TÂCHE est minutieuse. Légèrement voûté, le physique osseux, le vieil homme vérifie de ses mains aux veines saillantes que les milliers de billes d'acier microscopiques s'acheminent correctement vers les boîtes. Les gestes sont lents, un peu décalés par rapport à la cadence de la machine, mais personne parmi la vingtaine d'ouvriers ne semble s'émouvoir de la présence du vieillard. « Takato-san a 72 ans », répond sans sourciller le patron de l'usine. Au Japon, qui doit faire face à une grave crise démographique, c'est devenu un phénomène sociologique normal : le recul de l'âge de la retraite est à l'ordre du jour, et certaines personnes âgées commencent même à être réembauchées pour combler le manque de plus en plus apparent de main-d'oeuvre jeune.
En vingt-cinq ans, la part des plus de 65 ans dans la population japonaise a doublé, à plus de 14 %. La France, elle, a connu la même évolution, mais en cent quinze ans. Voilà plusieurs années déjà qu'économistes et autres experts s'inquiètent du vieillissement de la population. Mais, à ce jour, aucun gouvernement n'a réellement retroussé ses manches. Or 80 % des japonais se disent extrêmement préoccupés par cette question qui, anticipent-ils, aura de graves conséquences sur le niveau de leurs retraites, mais aussi les dépenses de santé et la fiscalité.
La baisse s'accélère
Un livre blanc, aux accents particulièrement sombres, a été publié hier appelant « à la mise en oeuvre urgente de mesures efficaces ». D'autant que, selon un dernier recensement dévoilé en octobre, « la chute de la natalité est plus rapide que prévu », s'affolent les auteurs : en 2005, le taux de fécondité a enregistré une baisse record en tombant à 1,25 enfant par femme. De fait, depuis le dernier décompte, la population est passée de 127,84 millions fin 2004 à 127,76 millions de personnes. Si rien n'est fait, s'alarment les auteurs, l'Archipel ne comptera plus que 60 millions d'habitants en 2100. Et la croissance du Japon, dont ce pays est si fier - attendue à un rythme de 2,6 % par an, rêve difficile à atteindre pour bon nombre de ses partenaires de l'OCDE -, pourrait être entravée, faute d'enfants. « Prévoyez des aides aux jeunes parents, pour qu'ils puissent concilier vie professionnelle et familiale ! » préconisent les auteurs, dans un pays où les structures destinées à accueillir les enfants en bas âge sont inexistantes ou presque, où il est difficile, voire impensable d'employer une nounou à domicile. Dans un pays, enfin, où lorsqu'on est femme, il faut choisir entre avoir des enfants ou travailler.
Environ 70 % des femmes actives japonaises démissionnent quand elles deviennent mères. « Sinon c'est le système D, explique l'une des conseillères de l'ambassade du Japon à Paris. La mère de ma meilleure amie prend le shikansen (train à grande vitesse, NDLR) tous les lundis matin de Nagoya vers Tokyo pour garder ses enfants toute la semaine et reprend son train dans l'autre sens le vendredi soir. » Les contraintes sont telles pour les jeunes couples qui veulent avoir des enfants que beaucoup y renoncent et optent... pour un chien.
je pourrais pas avoir deux semaine deux congés par ans,mme si je sui bien payé .