En 1989 Lou Reed ressuscite après une décennie plutôt médiocre, même si quelques fulgurances géniales ont traversé ses albums depuis 1979. Le fondateur du Velvet Underground publie
New York , album de génie dans lequel il adopte un chanté/parlé qui parfois rappelle le slam, ou plutôt que parfois le slam rappelle, c'est selon.
New York est l'occasion pour Lou le provocateur de faire sa profession de foi sociale, de dénoncer les dérives du racisme et du capitalisme et de toutes ces choses, de parler mieux que quiconque de sa ville natale, et mieux que jamais de lui-même. Dans
Dirty Blvd il décrit le quotidien pourri d'un pauvre gosse livré à lui-même battu par son père, et vise juste à chaque phrase.
Encore une fois j'ai tenté de le traduire, mais New York étant l'album à l'écriture la plus aboutie dans l'oeuvre de Loulou, c'est pas facile, c'est pourquoi je vous demande de considérer que le texte original est mille fois supérieur à cette traduction.
Dirty Blvd
Pedro gagne sa vie à l’hôtel Wilshire,
Il regarde Ă travers une fenĂŞtre sans vitre.
Les murs sont faits de carton,
Ses pieds couverts de journaux.
Son père le bat parce qu’il est trop fatigué pour mendier.
Il a neuf frères et sœurs,
Ils sont élevés à genoux,
Difficile de courir quand un cintre te frappe aux cuisses.
Pedro rêve d’être plus âgé et de tuer le vieux,
Mais les chances sont minces qu’il aille sur Le Boulevard.
Cette chambre coûte 2000 dollars par mois,
Tu peux le croire mec, c’est vrai.
Quelque part un propriétaire se marre jusqu’à se pisser dessus.
Personne ne rêve d’être docteur ou avocat ou quoi que ce soit,
Ils rêvent de dealer sur le Boulevard Crotté.
Donnez-moi vos affamés, vos fatigués vos pauvres — je leur pisserai dessus
VoilĂ ce que dit la Statue de la Bigoterie
Vos pauvres masses agglutinées, frappons-les à mort,
Et finissons-en et balançons-les juste sur Le Boulevard.
Dehors la nuit est claire, il y a un opéra au Lincoln Center,
Des Stars de cinéma arrivent en limousine.
Les projecteurs illuminent la silhouette de Manhattan,
Mais dans les rues chaudes les lumières sont éteintes.
Un petit garçon se tient près du tunnel Lincoln,
Il vend des roses en plastique pour un dollar.
La circulation est bloquée jusqu’à la 39e rue,
Les putes de la télé appellent les flics pour une pipe.
Et de retour au Wilshire, Pedro est assis en train de rĂŞver.
Dans une poubelle, il a trouvé un livre sur la magie,
Il regarde les images et fixe le plafond craquelé.
A trois, dit-il, j’aimerais pouvoir disparaître
Et m’envoler loin, loin du Boulevard Crotté.
Artiste : Loulou !
Album : New York
Année : 1989
Genre : Rock