
***Des Irakiens sunnites manifestent le 3 juin 2005 à Bagdad, pour protester contre l'arrestation effectuée par erreur de l'un de leurs leaders, et contre le plan Eclair.****
L'opération Eclair, lancée dimanche 29 mai par les forces irakiennes et soutenue par les Américains, a donné ses premiers résultats dans la capitale irakienne, où le nombre d'attentats a diminué malgré la poursuite, vendredi 3 juin, des violences dans le nord du pays. Depuis dimanche, le nombre d'attentats a largement diminué à Bagdad par rapport aux précédentes semaines particulièrement meurtrières.
Plus de 700 terroristes ont été arrêtés et 28 autres tués, et d'énormes quantités d'armes ont été saisies depuis le début de l'opération, a déclaré jeudi un responsable du ministère de l'intérieur sous le couvert de l'anonymat. L'opération, à laquelle participent 40 000 soldats et policiers, a donné lieu à l'installation de quelque 675 points de contrôle et barrages dans et autour de la capitale irakienne, divisée en 22 secteurs.
De nombreux raids de jour et de nuit ont été effectués par les forces irakiennes, soutenues par l'armée américaine, afin de stopper les attaques des insurgés et de démanteler les réseaux qui préparent les voitures piégées.
Réussissant à passer à travers les mailles du filet, des insurgés sont parvenus à commettre un attentat vendredi à Bagdad. Ainsi, quatre personnes ont été blessées dans l'explosion d'une voiture piégée vers la mi-journée dans l'ouest de la ville, selon le ministère de l'intérieur. L'attentat visait un convoi de l'armée américaine, qui n'a subi aucun dommage.
DÉPLACEMENT DES ATTENTATS VERS LE NORD
Sous pression à Bagdad, les insurgés ont déplacé leurs attaques dans le nord du pays. Preuve de ce déplacement, dix personnes ont été tuées et douze autres blessées, jeudi soir, dans un attentat-suicide à la voiture piégée près de Balad, à 70 km au nord de Bagdad, selon l'armée américaine.
Vendredi, un attentat-suicide à la voiture piégée a eu lieu près d'un point de contrôle de l'armée irakienne à Tikrit, au nord de Bagdad, a-t-on appris de source policière. Un kamikaze à bord d'une voiture piégée s'est fait exploser vers 15 heures (13 heures à Paris) près du point de contrôle sur la route menant à l'ancien palais de Saddam Hussein, transformé en base américaine, a déclaré un officier de police sous le couvert de l'anonymat. Neuf personnes ont été blessées, sept soldats, une femme et un enfant, dans cet attentat commis dans la partie orientale de la ville, a-t-il dit. Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad, est le fief du président déchu Saddam Hussein.
Toujours vendredi, un responsable turcoman de la province de Taamim, le général Sabah Bahloul Goralton, a été assassiné à Kirkouk, au nord de Bagdad, a indiqué un responsable de la police. Le militaire était l'adjoint du directeur des affaires internes du Conseil de province.
MANIFESTATION SUNNITE CONTRE L'OPÉRATION ÉCLAIR
Après la prière du vendredi, quelques centaines de fidèles sunnites ont manifesté à Bagdad contre la présence américaine et la brève détention d'un de leurs leaders politiques, tandis que certains de leurs imams se sont élevés contre l'opération de sécurité en cours dans Bagdad et ses environs.
Les manifestants ont crié des slogans anti-américains dans le patio de la mosquée Abou-Hanifa, dans le centre de Bagdad, brandissant des drapeaux irakiens et des bannières du Parti islamique irakien.
L'arrestation de Mohsen Abdel Hamid est du terrorisme à l'américaine, proclamait l'une des banderoles brandies par les manifestants, en référence à la détention pendant plusieurs heures par des soldats américains du chef du Parti islamique irakien, lundi dernier. Américains, rentrez dans votre pays, proclamait une autre banderole écrite en anglais.
Un membre du bureau politique du parti, Cheikh Iyad Al-Ezzi a conduit la prière pour dénoncer l'opération de sécurité, baptiséeEclair, lancée dimanche dans Bagdad et ses environs. Dans cette opération, on arrête nos fils pour le simple fait qu'ils sont sunnites, a-t-il affirmé, estimant que celle-ci avait culminé par l'agression contre [un] symbole, Mohsen Abdel Hamid.
Il a mis en garde contre une marginalisation des sunnites et appelé à l'unité entre toutes les composantes religieuses et ethniques du pays.
Côté chiite, un imam du courant radical de Moqtada Al-Sadr a évoqué le même thème en mettant en garde contre les risques d'un partage territorial du pays du fait de l'exacerbation des conflits entre communautés religieuses et groupes ethniques.