Alliant les vertus du modèle scandinave et la richesse d'une nation pétrolière, l'économie norvégienne accumule les succès et se voit couverte de lauriers. Déjà classée au premier rang de la richesse par habitant dans le monde si l'on met de côté les paradis fiscaux , la Norvège vient d'obtenir, pour la cinquième année consécutive, la place de numéro un dans l'indice du développement humain.
Ce palmarès, établi par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), tient compte du revenu par habitant, de l'espérance de vie et du niveau d'éducation. Le rapport sera rendu public le 7 septembre et oui, la Norvège est classée en tête de l'indice du développement humain, a déclaré Kemal Dervis, administrateur du PNUD, vendredi 26 août à Oslo.
S'il s'agit là d'une bonne nouvelle pour le premier ministre de centre droit, Kjell Magne Bondevik, à l'approche des élections législatives du 12 septembre, cela pourrait ne pas lui suffire pour vaincre la coalition de gauche, donnée gagnante dans les sondages. Pour déjouer les tentatives d'exploitation politique, M. Dervis a tenu à préciser que prendre la tête de l'indice de développement de l'ONU n'est pas quelque chose qui, je crois, peut être réussi en un an, trois ans ou cinq ans. Ceci ne peut pas être interprété comme la réussite d'un seul gouvernement, a-t-il ajouté. C'est une réussite de la nation norvégienne sur une longue durée.
Une réussite qui doit quand même beaucoup à la richesse du sous-sol norvégien. A cet égard, la flambée actuelle des cours de l'or noir a pour effet d'enrichir le royaume s'il en était encore besoin, troisième exportateur mondial.
Créé au début des années 1990 en prévision de temps plus rudes, le fonds dans lequel sont versées la quasi-totalité des recettes pétrolières et qui est investi en actions et obligations, grossit rapidement.
RICHESSE ÉTERNELLE
Au premier semestre, sa valeur a augmenté de 21 milliards d'euros pour atteindre 149 milliards fin juin, une hausse qui résulte à la fois de l'arrivée des pétrodollars, des gains boursiers et de la dépréciation de la couronne norvégienne.
C'est un résultat qui nous satisfait mais il faut garder à l'esprit que les chiffres peuvent fluctuer d'un trimestre à l'autre, a déclaré Jarle Bergo, vice-gouverneur de la Banque de Norvège, qui a en tutelle la gestion du fonds.
Dans un rapport publié mi-août consacré à l'économie norvégienne, les experts de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) se félicitent de la gestion de ce fonds pétrolier : Dans beaucoup d'autres pays, les recettes pétrolières ont permis à un petit nombre de personnes d'amasser des fortunes colossales ou ont servi à amadouer les masses. La Norvège a évité ces deux écueils, expliquent-ils. Les recettes tirées du fonds pétrolier pourraient contribuer à maintenir le niveau de vie des Norvégiens longtemps après que les réserves pétrolières auront été épuisées.
Ils s'inquiètent toutefois du fait que les règles actuelles très strictes seul le rendement réel du fonds, fixé à 4 % de sa valeur, peut normalement être utilisé à des fins budgétaires générales soient transgressées. D'intenses pressions s'exer cent en faveur de l'utilisation immédiate d'une grande partie des avoirs du fonds, constatent-ils. Les conséquences d'un dérapage budgétaire non coordonné et imprévu sont claires : gaspillage de la richesse, pressions à la hausse sur le taux de change de la couronne et dégradation de la situation du secteur ouvert aux échanges internationaux.
D'où l'avertissement de l'OCDE : Il est indispensable que les autorités norvégiennes expliquent clairement que si les recettes tirées du fonds peuvent être utilisées indéfiniment, ses avoirs ne peuvent être dépensés qu'une seule fois et qu'ils le sont chaque fois que la règle budgétaire n'est pas respectée.
De façon plus générale, l'OCDE met en garde les Norvégiens et leurs dirigeants contre l'illusion d'une richesse éternelle pouvant conduire à un certain laisser-aller.
Elle en décèle des signes dans le fait que le nombre de personnes bénéficiant en Norvège d'une pension d'invalidité ou en congé-maladie atteint des niveaux nettement supérieurs à la moyenne, que les dépenses de santé sont particulièrement élevées ou encore que le coût des retraites progresse très vite.
Force est de reconnaître qu'il faudra réduire sensiblement les dépenses publiques en proportion du PIB -produit intérieur brut- dans d'autres domaines et/ou accroître la pression fiscale , estime l'OCDE.