Comment le secteur de la téléphonie mobile va-t-il gérer l'offre de contenus érotiques destinés à ses consommateurs ? La question, moins futile qu'il n'y paraît, a fait l'objet d'un séminaire, mercredi 5 et jeudi 6 octobre à Milan, organisé par la société britannique d'intelligence économique Informa.
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La loi punit la diffusion d'images aux mineurs
Depuis 1994, l'outrage aux bonnes moeurs n'est constitué que si le message pornographique atteint les mineurs. L'article 227-24 du code pénal punit de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende (375 000 euros pour les personnes morales) le fait de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit un message à caractère violent ou pornographique, soit de faire commerce d'un tel message, lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur . Aucune différence n'est faite selon le support, que ce soit un journal, un film, un courriel, un SMS ou Internet.
Ainsi, les marchands de journaux tout comme les magasins de location de vidéo sont censés cacher les magazines et DVD érotiques, et vérifier l'âge des acheteurs et loueurs. A la télé, les films érotiques et pornographiques ne sont disponibles que sur des chaînes payantes et les décodeurs sont tous munis d'un système de verrouillage, demandant un code pour l'accès à ces programmes. Sur Internet, les fournisseurs d'accès proposent des logiciels de contrôle parental, permettant d'interdire certains mots-clés.
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La téléphonie mobile de troisième génération (3G) offre l'accès à d'innombrables services, y compris la navigation sur Internet. Les contenus érotiques ou pornographiques seront donc, d'ici peu, à la portée d'un grand nombre d'utilisateurs du portable. Les opérateurs doivent décider d'une stratégie pour prendre position sur ce marché de forte croissance, sans compromettre leur réputation en affichant de façon trop visible leur fréquentation de cet univers sulfureux.
A priori, rien ne destinait le téléphone mobile à devenir un support pour les contenus érotiques ou pornographiques. La plupart des appareils en circulation ont encore un écran minuscule, la définition de l'image est médiocre et le téléchargement de fichiers plutôt long. Pourtant, le portable a des atouts majeurs : petit et discret, il est personnel, contrairement à un téléviseur ou un ordinateur. On l'emmène partout avec soi, ce qui permet un achat impulsif. Par ailleurs, le portable est perçu comme un service payant, à la différence d'Internet, où les sites pornographiques rebutent souvent l'acheteur au moment de passer à l'acte d'achat.
Selon Daniel Winterbottom, analyste chez Informa et auteur d'un rapport sur le sujet, le marché des contenus pour adultes sur les portables va plus que doubler dans les cinq ans. Cette année, il se situera à environ 973 millions de dollars au niveau mondial -802 millions d'euros- , a-t-il calculé. Il va grimper à 2,3 milliards de dollars en 2010. Une goutte d'eau par rapport à la musique et aux jeux, les services les plus diffusés sur le téléphone mobile. Mais un segment de marché incontournable. Il y a encore deux ans, les opérateurs n'étaient pas prêts à accueillir ce genre de contenus. Maintenant, ils viennent nous chercher ! , affirme Julia Dimambro, fondatrice de Cherry Media, une société spécialisée dans les contenus érotiques pour mobiles.
Les accros au porno en ligne ont un profil bien défini : selon l'étude d'Informa, il s'agit d'hommes âgés de 18 à 30 ans, aisés et célibataires. Cette année, le nombre d'utilisateurs devrait s'établir à environ 65 millions dans le monde, pour atteindre 112 millions en 2010 , estime M. Winterbottom. Une cible restreinte, mais les plus fanatiques, estime-t-on, dépensent jusqu'à 200 dollars par mois.
Un gâteau qui doit cependant être partagé entre de nombreux acteurs. Les opérateurs d'une part, mais aussi les fournisseurs de contenus des petites sociétés ou des grands noms de la presse et de la télévision pour adultes, comme Playboy ou Private. Enfin, des agrégateurs et des facilitateurs servent d'intermédiaire entre les deux industries, celle des télécommunications et celle du porno. En règle générale, 70 % des revenus vont aux opérateurs et 30 % aux fournisseurs, même si on va de plus en plus vers une répartition paritaire , estime M. Winterbottom.
Les proportions sont inversées pour les contenus qui ne figurent pas sur le portail de l'opérateur. Selon Martin Harris, vice-président du facilitateur Bango, les revenus sont alors distribués à plus de 60 % au fournisseur, à plus de 30 % à l'opérateur et à environ 3 % à 5 % pour nous . Si les opérateurs peuvent difficilement éviter cette offre, ils sont confrontés à des problèmes. Comment protéger les enfants ? Est-il possible de vérifier efficacement l'âge des utilisateurs ? Comment bloquer les contenus illégaux ? Comment s'adapter à des environnements différents, tant culturels que législatifs, suivant les pays ?
DES CLIENTS JEUNES ET AISÉS
Des questions d'autant plus cruciales que les enfants représentent un marché de conquête pour le mobile en général. Le premier opérateur mondial, Vodafone, en 2007, affirme que, dans un avenir proche, les Européens auront leur premier portable à... 8 ans en moyenne !
Pour les contenus pour adultes, Vodafone se veut plus sensible à la responsabilité sociale qu'à l'appât du gain. Notre position est conservatrice : nous ne proposons jamais de contenus plus explicites que nos concurrents locaux et de toute façon nous n'offrons aucune vidéo explicite , explique Tina Southhall, responsables des standards de contenus. Vodafone ne fait aucune publicité pour les services pour adultes. Au Royaume-Uni, sur le portail Vodafone Live, il faut chercher les liens de connexion, qui ne sont pas listés dans le menu.
Wind, le troisième opérateur italien, a une stratégie plus agressive. Ses 500 000 abonnés à la technologie i-mode ont accès à plus de 200 sites. Environ 14 % de nos abonnés ont souscrit aux sites Eros : c'est la deuxième catégorie derrière les services de chat et messagerie , note Maximo Ibarra, directeur marketing de la division mobile.
Le revenu de l'abonnement mensuel (2 à 3 euros par site) revient à 80 % au fournisseur du contenu, tandis que Wind garde l'intégralité des revenus de téléchargement (1 centime d'euro par kilobit, soit environ 1 euro pour une vidéo). Pour le moment, l'opérateur offre du glamour (nus, strip-teases), mais le groupe mettra en place d'ici à la fin de l'année un système de contrôle parental, ce qui lui permettra de proposer des contenus plus hard.